24 Heures

10.06.2008

Bon vent à la Chambre cantonale consultative des immigrés !

 

Le Conseil d’Etat a nommé, dans sa séance du 28 mai, les vingt-trois personnes

 

constituant la Chambre cantonale consultative des immigrés. La CCCI a un rôle essentiel dans la mise en oeuvre de la loi cantonale sur l’intégration des étrangers et la prévention du racisme du 23 janvier 2007. Elle étudie les moyens d’améliorer l’intégration des étrangers et la lutte contre le racisme. Elle sensibilise le Gouvernement sur ces questions et émet des avis sur les projets de modifications des lois règlements dans ces domaines.

 

 

Pour la première fois, les associations de personnes étrangères ont été

 

consultées dans la procédure de nomination des membres de la CCCI. Les diversités

 

ethniques du canton ont évolué ces dernières années. C’est pourquoi les représentants,

 

notamment d’origine africaine et d’Amérique latine, sont plus nombreux au sein de la

 

Chambre que par le passé.

 

 

La section vaudoise de la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) se félicite de cette mise en place. En toute modestie, elle est heureuse que ce soit sa vice-présidente, Me Gloria Capt, députée, qui soit chargée de présider la Commission. Elle veut croire que, avec l’efficace collaboration de Magaly Hanselmann, coordinatrice en matière d'intégration des étrangers et de prévention du racisme, la CCCI contribuera substantiellement à ce que notre canton soit à la pointe des réalisations en matière d’intégration des étrangers et de prévention et lutte contre xénophobie et racisme – et en général contre toute forme de  discrimination. Suivant en cela à vrai dire le peuple vaudois, si l’on en croit la manière très claire dont il a refusé (à plus de 80% !), lors de la votation du 1er juin, l’initiative sur les naturalisations dites « démocratiques ».

 

 

Quelques raisons donc de croire et d’espérer.

 

 

Dr Jean Martin , président de la LICRA

29.04.2008

A l’approche de l’EURO, l’accent sur l’éthique dans le football !

 

 

Le 28 avril, à l’invitation du comité d’éthique du FC Lausanne-Sport, symposium au Musée Olympique sur l’éthique dans le football. Occasion d’entendre et de rencontrer des personnalités concernées : le professeur de médecine Jacques Cornuz, président du comité d’éthique susmentionné, son collègue Denis Müller, de l’Université de Lausanne (qui publie chez Labor & Fides « Le football, ses dieux et ses démons »), le Juge d’instruction vaudois Jacques Antenen. D’autres dont le football est la vie, si je peux dire : Claude Ryf, le footballeur connu, aujourd’hui entraîneur de l’équipe suisse des moins de 18 ans, William Gaillard, porte-parole de l’UEFA, Yvan Cornu, responsable des arbitres de cette même Union.

 

 

J’y participai au vu de mon intérêt pour le sport et de mes engagements dans les problématiques éthiques (biomédicale et sociale) ; aussi parce que la LICRA dont je suis membre est partenaire d’actions contre le racisme et la discrimination dans le sport, discrimination qu’on peut voir sur les terrains de football et autour (spectateurs, parents), dans les vestiaires, dans la rue. On veut croire que l’EURO qui arrive sera exemplaire du point de vue du respect des joueurs quels qu’ils soient.

 

 

Entre autres apports, l’exposé de Claude Ryf a montré une fois de plus l’épaisseur humaine – au meilleur sens du terme -  d’entraîneurs de haut niveau. Qui sont loin de se résumer à d’anciens artistes du ballon rond prodiguant des indications tactiques avec des injonctions de gagner coûte que coûte… S’ils sont dans les positions qu’ils occupent, c’est que la plupart ont fait la preuve de qualités de psychologie, de compréhension de la vie, des choses et des gens, en un mot d’humanité - et d’humanisme - au-delà du commun. Claude Ryf a souligné l’importance pour le footballeur de pointe de la tolérance aux frustrations ; utile à tout un chacun mais essentiel en compétition. La priorité, a-t-il dit, est de respecter la personnalité du joueur grand ou petit. Mon commentaire : sans doute ne peut-on forcer personne à aimer son voisin mais le premier impératif de la vie en société est le respect.

 

 

William Gaillard a décrit les engagements de l’UEFA dans la lutte contre racisme et intolérance. Les Roms (tziganes) sont l’objet de mépris et de rejet à beaucoup d’endroits ; ainsi en Europe centrale et de l’Est. Au point que des communautés roms ont demandé à l’UEFA de les aider à créer des ligues qui leur seraient réservées. Ce n’est pas la bonne solution, a été la réponse, cela ne fera qu’accroître votre marginalisation. Plutôt, l’UEFA s’est engagée auprès des instances du football de ces pays, par exemple pour faire reconnaître largement la qualité de footballeurs roms ou descendants de Roms dans leurs équipes les plus connues. Cela demande du courage, de la part de dirigeants qui passent un message pas forcément bien accueilli et des joueurs en cause, qui  pourront voir leur popularité baisser...

 

 

Il a donné d’autres exemples d’efforts de l’UEFA, sous l’impulsion de son Président Michel Platini, qui vraiment vont dans le bon sens ! Encourageant. Compte tenu de la grande popularité du football, on peut penser que de telles démarches sont susceptible d’obtenir des résultats que gouvernements et organisations de défense des droits de l’homme peinent à concrétiser.

 

 

Ensuite, des ateliers se sont penchés sur le développement de chartes d’éthique dans le sport, sur les possibles incitatifs pour promouvoir le fair play, sur la violence dans les stades, sur ce que le football pourrait apprendre d’autres sports (rugby par exemple). Au final, journée hautement intéressante ; merci d’avance à ses animateurs de poursuivre et étoffer leur action !

 

 

 

 

 

18.03.2008

Latifa… et autres histoires vraies qui font réfléchir

 

 

Latifa, jeune femme de nationalité française, a vécu huit ans en Suisse avec un ami romand. Ils se sont alors mariés ; Latifa est tombée enceinte mais son mari a « pris peur » et a fait pression pour que la grossesse soit interrompue. L’entente du couple s’est dégradée et, après deux ans de mariage, s’est ensuivi un divorce. Latifa a souhaité rester dans le pays où elle vivait de longue date mais rien n’est simple. Démarches auprès de l’autorité compétente, dont le jugement finit par tomber : puisqu’elle était maintenant divorcée, elle ne peut plus rester en Suisse. D’autre part, note-t-on, après deux ans de mariage « le but du séjour est atteint »… - Kafka se serait régalé.

 

 

C’est une des histoires entendues, lundi soir 17 mars au Casino de Montbenon, par celles et ceux qui ont répondu à l’invitation du FEEL (on rappelle que ce nom – heureusement de mieux en mieux connu - est celui du Forum des étrangères et étrangers de Lausanne). Sous le titre « Mes faits divers », une brochette de personnalités (dont plusieurs responsables du domaine de l’accueil et de l’intégration des personnes venues d’ailleurs, un membre de la Municipalité de Lausanne, un ancien rédacteur en chef de 24 Heures), lisaient les témoignages factuels de personnes qui, tout en ayant de bonnes raisons de vivre chez nous (par exemple en étant marié – sans qu’il s’agisse de complaisance – avec une(e) de nos concitoyen(ne)s), passent par des vicissitudes diverses. Sobre, bien fait, informatif, pas vraiment encourageant (même si, on veut le croire, les choses se passent parfois mieux voire bien). Avec aussi, relevons-le, des témoignages de Suisses disant « Nous subissons leur invasion ».

 

Ceci avec une animation musicale de deux talentueuses jeunes filles et, en préambule, un « Micro-trottoir » réalisé dans notre capitale par Lionel Baier – film bref dont on espère qu’on le verra sur nos écrans de télévision.

 

La Semaine lausannoise d’actions contre le racisme propose de multiples manifestations du 17 au 20 mars, il est recommandé d’en profiter !

29.02.2008

Oui, l’EURO est une chance de faire oeuvre de prévention du racisme !

 

Entendu sur la RSR ce matin vendredi : l’UEFA se préoccupe de la survenue de gestes et paroles raciste sur les stades, à l’endroit de joueurs venus d’autres parties du monde (cela peut aussi arriver entre spectateurs…). Et, à l’occasion de l’EURO qui nous arrive dans moins de cent jours, elle veut prendre des mesures pour éviter de telles « démonstrations » -  susceptibles à l’évidence de jeter une ombre sérieuse sur la compétition.

 

Plus que contenir les débordements, il convient bien sûr de prévenir. La section vaudoise de la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme), que j’ai le privilège de présider, s’y emploie depuis plus de trois ans : dans le cadre du tournoi annuel de football scolaire, puis comme partenaire de la grande manifestation décentralisée « Graines de foot » (en 16 endroits du canton), organisée par l’Association cantonale vaudoise.

 

Le responsable d’une section junior me racontait il y a peu comment il a remis à l’ordre quelques-uns de ses joueurs qui au cours d’une soirée avaient fait du grabuge dans le village, leur demandant fermement d’écrire une lettre d’excuses aux personnes importunées. Dans le cas particulier, il ne s’agissait pas de xénophobie mais d’incivilités « ordinaires » si je peux dire. Mais cet exemple illustre comment mon interlocuteur a assumé sa responsabilité. Parce que la mission est multiple : bien sûr qu’on demande aux entraîneurs et autres responsables de faire en sorte que leurs élèves deviennent très bons aux plans technique et tactique. Mais il importe de donner assez d’attention aussi aux valeurs et qualités humaines. Y compris quand on lance toutes ses forces dans la bataille pour gagner ou remonter le score et que cela eut amener à « en vouloir »  à l’adversaire… Dans tous les domaines, il y a des situations de concurrence où chacun défend fortement ses positions. C’est OK si cela se passe à la loyale, si toujours on reste respectueux de l’adversaire même quand on a des raisons d’être très frustré par le cours du jeu et son résultat ! Sans grossièretés verbales, sans gestes méprisants.

 

En cette année où notre pays accueille l’EURO, la LICRA a plaisir ainsi à s’associer aux efforts de l’UEFA. Nous voulons croire que, sur les stades de chez nous où se déroulera « Graines de foot » comme sur ceux qui verront les équipes nationales s’affronter pour devenir champion d’Europe, les rencontres seront marquées, malgré l’importance de l’enjeu, par l’amitié et la compréhension.

 

                      

 

06.02.2008

Respect...

 

La radio évoque ce matin la démarche des parents de l’étudiant tessinois battu à mort le weekend dernier lors du Carnaval de Locarno. Ils ont fait savoir hier que, si comme chacun ils veulent croire à une sanction exemplaire des responsables de la mort de leur fils, ils demandent qu’il n’en soit pas fait une affaire de « méchants étrangers » (si je peux utiliser cette expression). On se souvient que ces personnes sont originaires des Balkans.

 

Il ne s’agit en aucune manière ici de minimiser le fait que, dans certains groupes, le passage à l’acte violent intervienne plus souvent (beaucoup trop souvent) que dans d’autres - que dans notre culture autochtone en particulier. Mais on salue le courage et l’abnégation de ces parents qui, frappés dans ce qu’il ont de plus cher, ne veulent pas d’une instrumentalisation de leur drame pour alimenter racisme et xénophobie. Respect.  

26.11.2007

Tests génétiques chez des migrants (II)

 

Suite – voir inclusion au présent blog du 21 septembre
Utile « Mise au point » dimanche 25 au soir sur TSR 1 à propos de ces tests, dont on parle aussi chez nous suite aux débats vifs liés à la loi passée il y a peu par le Parlement français - avec toutefois, dit la presse hexagonale, quelques garde-fous qui en limiteraient les possibles utilisations délétères… (?). A noter aussi que le Comité consultatif national d’éthique français, institution éminente, a émis (en urgence) un Avis à ce sujet exprimant de fortes réserves.
Selon l’enquête de « Mise au point », qui décrit notamment deux situations qui posent question dans des familles résidant chez nous, il s’avère que la possibilité de ces tests existe bien en Suisse, depuis une directive de l’ODM (Office fédéral des migrations) de 2004. Ce qui mérite d’être noté c’est que cette directive n’a trouvé de base légale que dans la loi fédérale sur l’analyse génétique humaine entrée en vigueur en 2007… Surprenant, non, dans notre impeccable Etat de droit ? Et elle s'applique seulement aux ressortissants d'une trentaine de pays, presque tous africains. Il y a, nous apprend-on, environ 40 tels tests par an concernant des dossiers de migrants potentiels et ces tests ne sont faits que sur une base volontaire. Mais… le refus du test entraînerait la non-entrée en matière sur la demande. Intéressante façon de voir l’autonomie de la personne ou de ses représentants légaux : vous n’êtes pas obligé de faire l’examen mais si vous le ne faites pas on ne s’occupe plus de vous.
Le Bulletin des médecins suisses publie le 21 novembre un article sur le sujet (page 2022). Le thème reste d’actualité.

04.11.2007

Les activités de la LICRA-Vaud


 Président de la section vaudoise de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme, je donne ci-dessous des éléments du rapport qui sera présenté le 14 novembre prochain à notre Assemblée générale (Buffet de la Gare de Lausanne à 18 h.), avec ensuite une conférence du Prof. Georges Kreis, président de la Commission fédérale de lutte contre le racisme.

 

Sport : Une deuxième fois, nous avons été en 2007 partenaire de l’important tournoi junior « Graines de foot », de l’Association cantonale vaudoise de football, en mai et juin. Nos relations avec Georges Guinand, responsable de la section juniors, sont très bonnes. Un article de la LICRA a paru, comme l’an dernier, dans la revue Flash Foot Juniors et notre logo est apparu, de façon bien visible, sur les terrains.

 

Comme déjà dans le passé, une équipe LICRA emmenée par notre président central Elie Elkaim a participé au Tournoi « Tous-O-Foot – Stop Racisme », organisé par l’Alliance culturelle Kasaï. C’était le samedi  1er septembre à Dorigny. Occasion de renouer contact avec des responsables de plusieurs associations de personnes venues d’ailleurs.

 

Balelec : Stand LICRA lors du festival Balelec, le 25 mai sur le site de l’EPFL, avec un franc succès. Beaucoup de questions sur les formes de discrimination ; la manière ludique adoptée a permis d’atteindre des personnes peu sensibilisées à ce thème. Cette animation, élaborée par Emilie Graff,  notre secrétaire générale, et testée à Balelec, a été reconduite lors du Montreux Jazz (voir ci-dessous). Elle consistait en une « pêche aux canards » ; un de ces derniers, « déguisés » de manière à faire penser à des communautés qui peuvent souffrir de racisme et discrimination, était tiré par le/la participant/e, à qui était alors posée une question (en rapport avec le canard pêché) évoquant des situations de « racisme ordinaire ». On testait ainsi  des préjugés plus ou moins répandus.

 

Montreux Jazz Festival : Pour la première fois, la  LICRA a tenu en juillet un stand à cette manifestation de large renommée internationale. Comme à Balelec, le concept du stand était « La mar(r)e aux canards ». La participation des festivaliers a permis à de nombreuses reprises des discussions et échanges d’opinion constructifs. C’est durant une dizaine de fins d’après-midi et soirées que notre présence active a ainsi été manifestée.

 

Ateliers dans les écoles : Ce programme a pris un vrai dynamisme grâce à l’action de son nouveau responsable. La LICRA a obtenu confirmation de l’ouverture du Département vaudois de la formation et de la jeunesse en ce qui concerne le fait de proposer ces ateliers aux établissements scolaires ; des contacts sont pris dans ce sens.

 

Autres : Secrétaire générale et président ont participé à diverses manifestations au nom de la LICRA. Ainsi lors du Festival Uninvited, le 20 avril 2007 à l’Université de Lausanne, festival de cinéma sur le thème de la tolérance, et lors d’une Table ronde organisée par Amnesty à Lausanne le lundi 3 septembre.

 

Nous avons pu bénéficier pour nos projets de l’aide du Service fédéral de lutte contre le racisme, auprès de qui notre réputation apparaît bonne; une illustration en est le fait qu’une description d’une action LICRA sera partie d’un prochain ouvrage décrivant des projets de lutte contre le racisme réalisés en Suisse en 2006 - qui sera publié sous l’égide du Conseil de l’Europe.

 

Quelques perspectives : Nous allons poursuivre nos efforts sur les créneaux investis dans le passé récent. Ainsi, début 2008, la secrétaire générale participera à plusieurs séances de formation de responsables et entraîneurs de football junior, dans le cadre de l’ACVF, où elle fera une animation sur la prévention du racisme.

 

La LICRA est engagée dans la préparation de la Semaine lausannoise contre le racisme 2008. Nous y co-organiserons le 19 mars une soirée-débat sur le thème « Conflits dans les espaces de loisirs nocturnes » (par exemple, manifestations de racisme dans les discothèques).

 

Toutes infos auprès de Emilie Graff, secrétaire générale (emilie.graff@licra.ch), ou sur notre site web www.licra.ch.

 

 

 

 

05.05.2007

Ces bons chrétiens anti-minarets

 

La presse bruisse de l’initiative de l’UDC et de l’UDF qui veut interdire la construction de minarets. Voilà un exemple encore de ces questions sur lesquelles on risque fort de trouver en Suisse une majorité pour soutenir des mesures en contradiction frontale avec les règles fondamentales du droit tel qu’il est issu de l’Occident judéo-chrétien (Montesquieu, la Révolution française, plusieurs instruments internationaux que la Suisse a ratifiés).

 

 

On invoque la réciprocité : pas de minarets chez nous tant qu’on ne pourra pas ériger des clochers ailleurs ! Cet argument  attrayant n’est que la tentation, toujours funeste, d’appliquer la loi du talion : « Œil pour œil, dent pour dent ». S’agissant de réciprocité, que dire d’une réalité forte d’aujourd’hui : les personnes disposant d’un passeport rouge à croix blanche peuvent voyager dans le monde entier, sans aucune difficulté, quand et comme ils le veulent. Alors que les quatre cinquièmes des habitants de la planète (mis à part une minorité aisée, nababs, scientifiques, industriels, quelques artistes) n’ont simplement aucune chance de poser le pied - légalement - dans notre pays… Quel est le commentaire des nationalistes patentés devant la liste des non-réciprocités crasses, concrètes, qui caractérisent  notre monde ? Répondront-ils en présentant nos légendaires tolérance et générosité ?

 

Est-il permis de poser une autre question : ne serait-il pas intéressant d’avoir des indications sur la profondeur des convictions chrétiennes des porte-parole éloquents de groupes s’engageant pour un pays qui entend garder son indépendante pureté? Il n’est pas rare, dans tous les quartiers de la vie politique, de donner un seyant costume spirituel, éthique, charitable, à des menées dont les motivations sont différentes. Et l’histoire, au cours du deuxième millénaire comme celle toute récente, a montré comment on a instrumentalisé « Dieu avec nous » et comment les jeunes gens commis à des guerres ont été anoblis « soldats de Dieu ». De telles dérives idéologiques intoxiquent les collectivités comme ceux de leurs membres qui sont envoyés lutter contre l’Empire du Mal (expression qui sans doute serait considérée par tous comme un scandale si elle n’émanait pas du guide désorienté d’une grande république libérale…). Il faut savoir que la très respectée revue médicale Lancet a fait état d’un total de victimes en Irak de l’ordre du demi-million - et on nous décrit ces jours les drames de millions de réfugiés.

 

La volonté d’interdire les minarets est de la même veine - je vais déplaire une fois encore à certains collègues parce que je critique les méthodes de quelques mentors d’outre-Sarine. On  généralise complètement abusivement au motif qu’il y a des fanatiques ; il y a en a quelques-uns mais les preuves ne sont pas rares qu’il en existe parmi les Suisses aussi. Pratiquement : la mise en place de minarets est une affaire de police des constructions, cela devrait être évident pour chacun. Mais tous les arguments sont bons pour attiser le rejet – et trop souvent la haine – de l’autre, du différent. Au nom du christianisme ? Si la réponse est oui, je n’en suis pas.

 

01.04.2007

Etrange, étranger...

 

1. Ces deux mots ont le même fondement étymologique. Compréhensible que, à des époques où les voyages étaient peu fréquents, bien difficiles, dangereux, on ait peu vu chez soi de contemporains exotiques. J’ai eu la chance de passablement voir le monde, et ai toujours admiré celles et ceux qui l’ont fait dans des conditions tout autres que durant la seconde moitié du XXe siècle.

 

2. Relu ces jours Ella Maillart. Cette femme est vraiment quelqu’un(e), avec cette fantastique soif de découvrir. Pour finir par trouver que « Il ne faut pas chercher la paix immuable dont nous avons soif dans le monde relatif qui nous entoure (…) cette paix est en nous, dans la partie de nous-même qui dépasse le monde relatif ». Après tant de périples, « une notion, un goût de l’essentiel accompagnaient la plupart de mes instants et les complétaient » ; « cela ne me fait rien de ne rien savoir, car je suis presque entièrement libérée de moi-même » (dans les dernières pages de « Croisières et caravanes », Payot, 1995). J’ai un souvenir vif de son exposé lors du Noël de la Policlinique médicale universitaire de Lausanne, il y a une quinzaine d’années, évoquant comment, finalement, elle avait « trouvé son Réel ».

 

3. Cette belle parenthèse fermée, parler un peu d’étrangers et de nos rapports avec eux. Personnellement, je suis subjectif et durablement marqué par le fait que, au cours de huit ans de travail outremer au début de ma carrière, puis  à  de nombreuses occasions ensuite, j’ai toujours trouvé tellement enrichissants les contacts avec des gens d’ailleurs, ou venus d’ailleurs. Oser s’ouvrir, ne pas juger ce qui semble « étrange ». Se souvenir qu’aucun comportement social ou culturel n’est dénué de sens, même si celui-ci n’apparaît pas au premier abord ou a l’air déraisonnable, désorienté.

 

4. Nos concitoyens juifs vivent chez nous depuis des centaines d’années et ne sont donc pas des étrangers. Reste que, selon le sondage de l’institut GfS dont parlent les journaux d’hier samedi, ils suscitent encore des fantasmes péjoratifs dans l’esprit de trop d’autres Suisses. La persistance des ces préjugés, après tant d’exactions commises à leur égard dans de multiples endroits et sociétés au cours des siècles, m’a toujours laissé perplexe, scandalisé, désemparé quant à ce qui peut l’expliquer - malheureux de penser qu’il y a là le besoin si fréquent de désigner des boucs émissaires (intéressant en passant de se souvenir qu’un des régimes qui a le moins mal traité les Juifs a été l’Empire ottoman, après qu’ils aient été maltraités et souvent chassés d’Europe occidentale par des souverains chrétiens – à recommander à ce propos l’excellent « La Senora », de Catherine Clément).

 

5. D’où le besoin de rester très attentif aux manifestations de racisme et d’antisémitisme dans notre société ; par la parole et l’action de chacun refusant l’intolérance et la discrimination,  par des associations comme la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA), dont j’ai l’honneur de présider la section vaudoise.

 

6. Souligner ici l’importance de donner aux faits et aux choses leur juste place, en évitant des exagérations - dans quelque sens que ce soit. Je n’ai pas lu jusqu’ici le rapport sur la Suisse de M. Doudou Diène, rapporteur spécial de l’ONU sur le racisme, personnalité dont je pense qu’il fait preuve de courage. Mais je crois aussi qu’il faut considérer les propos de Thierry Meyer en page 20 de 24 Heures du 31 mars : « Qui prétend aujourd’hui que le racisme n’existe pas en Suisse, que la xénophobie n’y a pas cours ? Personne, si ce n’est quelques esprits obscurs. Mais (…), loin des slogans électoralistes de tel ou tel parti qui ne se préoccupe d’intégration que lorsqu’une affaire criminelle défraie la chronique, il existe une Suisse majoritaire qui œuvre à préserver un intégration mariant l’adoption des us et coutumes du pays d’accueil et le respect des origines ». Cela aussi est vrai (je pense par exemple à une autre association dont je suis proche, Appartenances, oeuvrant dans plusieurs villes sur Vaud et Genève).

23.03.2007

Raciste, moi ?

Une semaine pour promouvoir la compréhension et lutter contre le racisme

Le 21 mars est la Journée mondiale contre le racisme, Lausanne fait sa part. Suis allé d’abord à la séance de signature de Mix et Remix pour la deuxième édition de  « Raciste,moi ? », publié sous les auspices de la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme, dont je me trouve présider la section vaudoise). Pas besoin que je m’étende sur la manière tellement forte et « ramassée » dont Mix et Remix fait passer des messages forts, qui nous rendent meilleurs si nous les suivons. Que je note que je lui ai demandé d’où venait son drôle de nom de plume « pluriel »… (il me l’a dit mais je ne suis pas ici son biographe autorisé…).

Juste après, vernissage à la Bibliothèque municipale de Chauderon de l’exposition Malcolm X, centrée sur une bande dessinée de l’Américain Randy Burke, qui était présent. Première manifestation de la semaine lausannoise contre le racisme dont vous observerez différentes facettes en vous promenant en ville. Bravo à notre capitale de montrer comment elle est ouverte sur le monde et respectueuse de la diversité de ses propres habitants, cosmopolite au meilleur sens du terme. A recommander entre autres : la projection du film « Malcolm X », de Spike Lee, vendredi 30 mars à 20h.30, au Casino de Montbenon. Tous renseignements sur le site du BLI (Bureau lausannois pour l’intégration des immigrés www.lausanne.ch/integration).

Dans la foulée, coup de chapeau à la FAREAS trop souvent critiquée, à tort, et à son patron Pierre Imhof (24 Heures du 19 mars, p. 25), pour l’organisation à Bex d’un match de football entre une équipe locale et la sélection de la FAREAS - formée de requérants. Bienvenue au club, ai-je envie de dire : en effet, la LICRA-Vaud  a été partenaire à plusieurs reprises depuis deux ans de tournois de foot juniors, notamment l’an dernier (et à nouveau dans deux mois) de « Graines de foot », en collaboration avec l’Association cantonale vaudoise de football. Pour promouvoir la tolérance et la compréhension sur les stades et autour d’eux !

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