04/11/2016

Conflits d'intérêts - Gain commercial ou santé ?

Eclairante information récente sur les pratiques de producteurs de boissons sucrées, inadmissibles en termes éthiques mais qui malheureusement ont leur logique au plan commercial et du marketing. On sait que les conflits d’intérêts en rapport avec la santé et la médecine sont multiples. C’est notamment pourquoi, au cours des dernières décennies, on a examiné plus attentivement les liens des médecins avec l’industrie pharmaceutique, qui fait preuve de beaucoup de créativité pour promouvoir la prescription de ses produits.

S’agissant des grandes firmes de boissons, une publication dans l’American Journal of Preventive Medicine décrit comment les deux géants Coca et Pepsi ont versé ces dernières années des millions de dollars à une centaine d’organisations de promotion de la santé ou d’aide humanitaire. On aimerait se féliciter de cette générosité ; l’ennui c’est que les investigations des auteurs de l'article montrent que ces soutiens financiers s’avèrent être un moyen de dissuader les organisations bénéficiaires de s’associer aux démarches de lutte contre le problème global majeur qu’est l’obésité.

De plus et simultanément, les firmes en question consacrent  de grosses sommes au lobbying pour contrer toute législation cherchant à réduire la consommation de boissons sucrées.  A cet égard, on peut rappeler qu’en 2012 Michael Bloomberg, l’actif maire de New York de l’époque, avait voulu limiter la contenance des bouteilles de sodas (mesure potentiellement efficace), mais un tribunal avait jugé que c’était une limitation indue à la liberté du commerce  - preuve de la faiblesse aux yeux de ce tribunal des arguments, pourtant solides, de santé publique. Il y a là des incohérences qui doivent préoccuper les professionnels de santé, les politiques et le public en général.

 

18/10/2016

Stratégie énergétique - Le négationnisme de l'UDC - et de certains PLR

Sombre spectacle que la conférence de presse récente où l’UDC a lancé le référendum contre la stratégie énergétique qui vient d’être adoptée (par un Parlement majoritairement de droite). Image d’un véritable négationnisme, refus d’admettre que la situation requiert que l’on regarde au-delà de ses intérêts à très court terme. Plus personne (de sérieux) ne nie plus que le changement climatique est un fait et qu’il est impératif d’agir rapidement, notamment dans le sens d’une moindre dépendance des énergies fossiles. L’obstination de ce parti (avec des envolées du genre « on va vers le communisme ») rappelle la campagne plus que discutable de la Grande Economie contre l’initiative « Economie verte » sur laquelle nous avons voté le 25 septembre – campagne marquée par des simplismes et des exagérations qui décrédibilisent totalement les officines qui les ont commises. En passant, je note que le Pasteur J.-F. Ramelet, qui rédige un billet éthique dans « Tribune », journal du PLR vaudois, y a dit son clair désaccord avec ces excès.

En vedette lors de la conférence de presse de l’UDC, il y avait un PLR genevois. Le radical « canal historique » vaudois que je suis (centriste, oui, mais à l’époque c’était permis) le regrette infiniment. Le plus grave est que, avec ce type de postures et d’allégations, le PLR montre combien il sous-estime le sérieux des enjeux vitaux de la planète et les intérêts des générations futures. A la Trump ?… (je ne parle pas ici des vulgarités sexuelles de ce monsieur, mais de sa qualité intellectuelle).  

 

29/06/2016

Conflits d'intérêts...

Des situations légalement possibles mais éthiquement inacceptables !

 

 

A fin mai, les médias s’émouvaient d’apprendre que le groupe de cliniques Hirslanden est contrôlé par un milliardaire sud-africain dont les investissements diversifiés incluent le luxe, des chaînes de télévision… et le tabac (notamment BAT, bien présent en Suisse)(1).

Business is business. Les cliniques privées ont le droit de faire des bénéfices et de rémunérer leurs actionnaires. Mais ce n‘est pas faire preuve de mauvais esprit que de relever que, dans ce cas, le conflit d’intérêts est total pour le propriétaire : il a besoin que ses investissements dans le tabac rapportent et, plus ils rapportent, plus cela donne de travail à ses cliniques. Et on se souvient que le tabagisme est le principal facteur de risque de maladie  évitable  dans nos pays.

C’est un lieu commun de relever qu’il y a des quantités de choses qui ne sont ni morales, ni estimables, ni utiles et qui néanmoins sont légales. Quant au principe cela ne me pose pas de problème majeur, je ne recherche pas une « société parfaite » qui courrait un grand risque d’être totalitaire. Mais, même attaché à la liberté entrepreneuriale, on souhaiterait que les producteurs de prestations et ceux qui les financent réfléchissent aux effets (aux synergies) délétères de leurs « offres ».  

 Des dissonances grossières au sein de l’éventail de ces offres doivent préoccuper le public comme  les capitaines d’industrie ; ainsi un manque frappant de cohérence entre ce que fait la main droite (traiter des malades) et ce que fait la gauche (promouvoir l’usage du tabac et donc la mauvaise santé - la mort prématurée pour une dizaine de milliers de Suisses par an). Demander une certaine décence.  On ne moralisera pas facilement ni complètement le milieu financier, c’est clair, mais il importe d’interpeler ses opérateurs quant aux dilemmes éthiques suscités par leur activité – c’est dans ce sens que des Hautes Ecoles créent des chaires d’éthique des affaires.

Compte tenu de leurs traditions et règles, l’enjeu pour les professions médicales et soignantes est alors de savoir comment on peut être, sous une forme ou l’autre, employé par une organisation dont le succès se mesure à la quantité de produits pathogènes qu’elle parvient à vendre.  Certains dans le passé ont courageusement fait preuve de « désobéissance civile professionnelle » (en France par exemple, affaire du Mediator).

Il y a des signes encourageants. Au moment même où était discuté le « cas » Hirslanden, l’assureur Axa Wintherthur décidait de se désengager de l’industrie du tabac, ayant conclu qu’il ne lui était pas possible avec de tels intérêts financiers de se présenter comme « un assureur santé responsable » (2).  Depuis une quinzaine d’années, plusieurs centaines d’institutions, y compris des Ecoles de médecine et des universités, ont pris la même décision. Dans un domaine bien particulier, la multinationale Pfizer a décidé récemment de mesures pour empêcher que ses spécialités (médico-pharmaceutiques !) soient utilisées pour des exécutions capitales (3).

Il y a une génération, la problématique de l’investissement responsable était présente dans des milieux limités, peu influents, religieux par exemple - on demandait  à son gérant de fortune d’éviter l’industrie de l’armement. Il faut se féliciter de ce qu‘elle a pris une autre envergure aujourd’hui. Parce que l’argument « l’argent n’a pas d’odeur »  est de moins en moins acceptable et que (lentement) les politiques et certains entrepreneurs sont sensibilisés à des défis majeurs. Dans la foulée des débats sur le changement climatique, le journal The Guardian a lancé un mouvement pour inciter les grands groupes financiers à désinvestir le domaine des énergies fossiles, ce qu‘ont fait récemment les fondations liées à la famille Rockefeller.

Une éthique des affaires ne devrait pas être une utopie (même si les témoignages sont nombreux que, dans les hautes sphères du business, est répandue une certaine culture dans laquelle le bluff voire la tromperie, et certainement les compromissions éthiques, font partie de la pratique courante).

 

  1. Wie der südafrikanische Rupert-Clan in der Schweiz mit Zigaretten un Spitälern Millionen verdient. www.argauerzeitung.ch, 24 Mai 2016. Et : Talos Ch. Hirslanden financé par un magnat du tabac. Tribune de Genève, 23 mai 2016.

      2.Le Temps (Lausanne), 24 mai 2016, p. 19

  1. Revue médicale suisse, 25 mai 2016, p. 1070-71.