11/02/2017

Intégrisme religieux - ou comment certains utilisent ce terme

Modeste recommandation pour qui apprécie bon sens, préfère les positions équilibrées sur des sujets de société et regrette le mauvais usage des mots: écoutez sur le net la Matinale de samedi 11 février, vers 8 h. 30, de  Jacques Poget sur Espace 2.

Bon dimanche.

26/01/2017

Le cheminement en France de la réflexion sur la fin de vie

 

A propos de: Véronique Fournier, La mort est-elle un droit?, La Documentation Française, 2016

 

Le Dr Véronique Fournier a créé le Centre d’éthique de l’hôpital Cochin, à Paris, et elle préside depuis 2016 le Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie. Dans cet ouvrage, elle décrit le cheminement en France, depuis la fin du XXe siècle, des idées et démarches à propos de fin de vie -  jusqu’à 2016 et la loi dite Claeys Leonetti. Révision légale qui, quant aux point essentiels, dispose que les directives anticipées du patient s’imposent aux médecins et soignants et ouvre, sous conditions, un droit du patient en fin de vie à bénéficier d’une sédation profonde et continue jusqu’au décès – sédation terminale.

L’auteure rappelle que ces préoccupations se sont aiguisées depuis les années 1970 avec les avancées de la réanimation médicale. Elle considère les questions éthiques et philosophiques de même que le processus politique - tout en prenant du recul par rapport aux combats très marqués d’idéologie chez nos voisins. Elle souligne comment accorder plus de place au respect de l’opinion de l’autre, et faire un effort concerté de tolérance, au meilleur sens du terme, serait susceptible d’apaiser une scène politico-sociétale qui a pris des airs de guerres de religion. En effet, ne devrait-il pas être admissible, et même salué, au pays droits de l’homme, que des individus majeurs soient en mesure de prendre des décisions concernant leur mort comme ils en prennent à propos de leur vie. Etant entendu que, en aucune manière, la décision de l’un (cas échéant, demander une assistance à mourir) ne saurait être au détriment de la volonté différente de l’autre. Fournier consacre un de ses cinq chapitres à décrire comment cela est mis en oeuvre dans un nombre croissant de pays, dont la Suisse.

Noter que la question divise aussi la communauté des soins palliatifs  : un partie d’entre elle s’oppose à toute mesure où elle perçoit une « pente glissante » vers l’euthanasie, alors que d’autres voient comment soins palliatifs classiques et, par exemple, la sédation terminale maintenant admise peuvent véritablement être complémentaires, devenant des « soins palliatifs intégraux », et contribuer à une meilleure prise en charge, pour patients et proches. Fournier relève que la résistance est jusqu’ici souvent plus forte dans les milieux soignants - la crainte d’être de plus en plus souvent témoins de fins de vie « décidées ».  Ceci alors que les études d’opinions montrent qu’une majorité de Français se disent ouverts à un droit de décider de sa propre mort.

 Devant l’histoire récente de clivages, l’auteure n’ose guère espérer pour bientôt, en France, l’avènement d’un consensus social. Regrettable - mais le pire n’est jamais certain.

29/11/2016

Interpelantes questions de bioéthique

 

Je viens de participer au Séminaire annuel de la Société suisse d’éthique biomédicale, société très interdisciplinaire fondée en 1989, qui se tient traditionnellement dans l’historique couvent de Bigorio, devenu un centre de rencontres, au-dessus de Lugano.

Au programme, présentations de travaux de recherche des participants et une demi-journée consacrée au thème de la procréation médicalement assistée (PMA). Avec un exposé sur la notion de « nature » dans le Message, à l'époque, du Conseil fédéral sur la loi sur la PMA (entrée en vigueur en 2001). Stimulants échanges sur le fait que quand on parle de nature humaine, on ne parle en réalité pas seulement de biologie et qu’il n’est guère possible de la distinguer de l’éventail d’influences constituant la culture. Depuis le début de mon engagement en santé publique, je vis avec la notion des rôles spécifiques de la nature et de la culture, de leurs relations et tensions ; or l’idée m’a traversé que (presque) toute la nature pourrait être culture, parce que toujours influencée par cette dernière… Surtout si on pense aux connaissances en nombre croissant de l’épigénétique - modifications durables des gènes liées à des facteurs environnementaux (milieu physique mais aussi social et psychosocial). Le flou, la porosité des limites, s’insinue dans les concepts qui semblaient les plus distincts...

Constats à cet égard : La conformité à la nature n’a rien à voir avec le bien ou le mal ; la notion d’ « ordre naturel des choses » ne permet évidemment pas de disqualifier l’homosexualité, par exemple, puisqu’ elle existe naturellement dans de nombreuses espèces dont l’être humain.

Un sujet qui m'a concerné alors que j'étais médecin cantonal: une pédiatre de Winterthour a débattu de la question de savoir comment répondre à des parents qui refusent les tests de dépistage (en principe de routine) chez leur enfant – avec l’exemple du prélèvement d’une goutte de sang du talon du nouveau-né, pour effectuer neuf dépistages actuellement. C'est le droit des parents de refuser mais il se peut qu'ils rendent un bien mauvais service au nouveau-né.

Thème très à la mode, l’amélioration de l’homme : avons visionné le film « In time », de Andrew Niccol : dans un certain futur, les humains vivent grâce à une réserve de temps dont ils disposent (qu’on peut passer d’une personne à l’autre) ; les gens simples en ont peu, la classe aisée en a en grande quantité (des centaines d’années). Evocation d’aspects d’une telle société : ceux qui peuvent vivre très longtemps ont très peur de l’accident, de la maladie maligne ou d’autres menaces sur leur longévité - de plus, l’ennui les guette. D’où cette phrase: « Les pauvres meurent mais les riches ne vivent pas ». Grande question que de savoir si c’est la mortalité qui donne du sens à notre vie - je le pense pour ma part.

Beaucoup d’enjeux difficiles, dont on doit se demander de quoi ils auront l’air demain. Cela me fait penser à la phrase d’un de mes enseignants, aux Etats-Unis il y près de cinquante ans : « la complexité a un grand avenir ». Au moins une chose dont on peut être certain.