22/05/2018

Immortalité numérique… et biologique ?

Un des avatars de la digitalisation galopante de la société est ce qu'on peut appeler l'immortalité numérique: la persistance à très long terme (pour toujours...) des données que nous produisons maintenant par nos mails, de multiples réseaux sociaux et banques de données. Les technologies nouvelles apportent des possibilités inouïes dans la vie quotidienne, en médecine et dans tant de domaines, mais ont aussi des effets auxquels on ne s’attendait guère. Dans Les grandes questions de bioéthique au XXIe siècle, LEH Edition, Bordeaux) qui vient de paraître, le professeur poitevin Roger Gil écrit « La firme Google est totalement engagée dans la perspective de l’immortalité numérique, avec depuis 2012 Ray Kurzweil, figure emblématique du transhumanisme (…) L’immortalité numérique est aussi un moyen d’affranchir l’homme d’un corps qui l’emprisonne. Et elle n’a nul besoin de faire des hypothèses sur l’existence et le destin de l’âme. » Et Gil de relever les démarches en cours vers l’immortalité  biologique – qui sera un peu plus longue à advenir, sans doute, mais la pulsion est la même.

La question majeure, que peu débattent, est d’imaginer ce que sera une société où s’amoncellent des informations sans but ni intérêt de bon sens. Nos données personnelles, complètement anecdotiques, s’amoncellent pour nourrir le Big Data, des montagnes de scories, des mausolées que nos prédécesseurs auraient bien vite oubliés ou dont ils n’auraient pas eu conscience ni connaissance (pour leur grand bonheur). Quant à l’immortalité biologique, c’est un cauchemar. Entre autres conséquences, les enfants ne seront plus bienvenus, prenant de la place, utilisant des ressources que les immortels souhaiteront garder pour eux-mêmes.  Brave New World…

29/03/2018

Grands-parents pour le climat – on avance !

Le mouvement  « Grands-parents pour le climat », lancé en 2014 en Suisse romande, entend sensibiliser les seniors et par eux la société en général, dans une perspective intergénérationnelle, aux enjeux majeurs du dérèglement climatique - et agir pour des mesures évitant (ou pour le moins freinant !) les conséquences dramatiques qui vont s’ensuivre.

Forte maintenant de plus de 400 membres, l’association agit notamment  au niveau local et régional par des sections qui développent des initiatives ancrées dans le terrain ; ainsi dans la région francophone Berne-Jura-Neuchâtel, dans le « Jura-Yverdon-Broye-Echallens » vaudois et à Genève. Une section valaisanne est en train d’être lancée. A été réalisée une conférence-type qui peut être présentée à des seniors comme à d’autres audiences.

Les Grands-parents pour le climat travaillent en coordination et collaboration avec d’autres préoccupés par les défis environnementaux, les pollutions etc. Entre autres, au niveau national, avec le mouvement des « Aînées pour la protection du climat », dans le cadre de la faîtière « Alliance climatique ». Aussi en rapport avec des atteintes au milieu de vie, y compris par exemple par des actions visant à l’interdiction du glyphosate (interpellation de parlements cantonaux ; Tribune récemment publiée dans un grand quotidien par trois médecins membres des GPclimat), ou en s’opposant à des forages. L’association participe activement  à plusieurs évènements/festivals  en rapport avec la qualité de vie. Un accent particulier est mis sur le désinvestissement des énergies fossiles - non-renouvelables, en s’adressant à des caisses de pension et d’autres investisseurs. Noter aussi que le mouvement suisse entretient des relations avec les associations-sœurs dans d’autres pays, Belgique, France, Royaume-Uni, Norvège, ainsi qu’en Amérique du Nord.

19/01/2018

Le monde nouveau (pour moi) de l’hyperconnection - une dépendance

 

Je viens de passer une semaine sur Lanzarote, l’île aux 300 volcans. Six jours de randonnée avec une grande diversité dans la flore, les couleurs, les reliefs. J’y ai trouvé des enseignements frappants de géographie humaine, de la manière dont l’humain s’est accommodé de son milieu et y a développé des façons de (sur)vivre. Mais j’aimerais ici dire comment je me suis senti « étranger », dans un groupe sympathique d’une douzaine de personnes. Par exemple en les voyant se précipiter sur leurs ordinateurs portables au retour de chaque activité. « Parce que, tu comprends, je reçois une centaine de mails par jour, il faut que je m’en occupe sans attendre. »  Beaucoup regardent  les paysages pour l’essentiel à travers leur smartphone.

Nous avons la joie d’avoir des petits-enfants. Ceux qui ont entre 10 et 16 ans passent énormément de temps sur leurs écrans et tablettes. Où j’ai été un peu amer l’été dernier, c’est de constater lors d’un voyage au Sud de l’Europe comment ils peuvent rester toute une journée (ensoleillée) dans leur chambre de notre Airbnb, sans intérêt apparent pour les monuments ou les sites naturels de l’endroit. Quand je voyage, en train, en voiture ou en avion, une de mes « passions » est d’être à la fenêtre pour découvrir les régions traversées; des jeunes que je vois semblent ne pas imaginer qu’on puisse regarder par la fenêtre.

Je trouve de grandes satisfactions à marcher, spécialement loin de tout. Pour quelques jours ou même deux ou trois semaines, ma doctrine était « (si) pas de nouvelles, bonnes nouvelles »… (j’envoie - encore - des cartes postales, qui arrivent après moi). Ici, je me promène souvent seul et ai dû réaliser qu’on  pouvait trouver critiquable d’être sans téléphone portable. Un marcheur solitaire que j’ai lu regrettait qu’ « on n’ait plus le droit de se perdre». Du côté positif, on pense bien sûr à ceux qui jusqu’il y a, disons, un quart de siècle, ont perdu la santé, la vie ou le lien avec leurs proches parce qu’ils n’ont pu signaler où ils étaient.

Aujourd’hui : ce qui frappe, c’est l’indispensabilité existentielle qui devient celle du smartphone - avec ses potentialités d’avoir dans la main pratiquement toutes les connaissances  existantes. Récemment, j’observais comment mes compagnons, d’une part, tapaient sur leur appareil dès qu’était mentionnée une question (plante, géographie, histoire), et d’autre part étaient véritablement « perdus » quand ils ne l’avaient pas sur eux. Le problème est bien proche - pour ne pas dire plus - de la dépendance.

Implications pour la suite ? Il ne peut être question d’arrêter l’évolution, mais de réfléchir (un peu quand même) au fait que, dans la vie quotidienne, nous devenons des cyborgs, combinaisons homme-machine (y compris grâce aux merveilles de la médecine : pacemakers, greffes de matériaux artificiels, prothèses).

Une conséquence est que notre appréhension du monde, la connaissance de notre environnement, ne sera plus directe comme elle l’était depuis toujours mais sera de plus en plus médiatisée par des auxiliaires technologiques. Logiquement (?), nos cinq sens seront moins utilisés, perdront de leur utilité (s’atrophieront ?) : à leur place des senseurs multiples vont saisir la réalité extérieure mais aussi notre réalité intérieure - paramètres biologiques - bien mieux que nous. Et ce n’est pas seulement les sens qui perdront de leur importance mais aussi la mémoire puisque google peut sans effort tout nous dire en un clic.

Suis-je complètement dans l’erreur ? Je le souhaiterais.