13/05/2022

Un essai au titre "choquant" mais digne d'être lu et réfléchi

Je parle du livre de David van Reybrouck. Contre les électionsParis : Actes Sud, 2014.

Van Reybrouck (1971) est un intellectuel et enseignant belge. Il s'est fait connaître par des études historiques majeures sur des parties de l 'Afrique (Congo; Le Fléau). Esprit universaliste, il s'intéresse aux difficultés que connaît le modèle démocratique. Au vu du titre (et fier de notre culture civique ?), je n'ai d'abord pas été attiré par son idée forte : la désignation par tirage au sort des parlements ou autres organes liés au fonctionnement d'un pays. Mais les appels croissants à instituer des assemblées citoyennes (y compris la Convention sur le climat mise en place par le Président Macron en 2019) m'ont décidé.

L’auteur commence par discuter la crise de la légitimité démocratique : 1) L'abstentionnisme ; 2) l'inconstance de l'électorat, passant "d'un bord à un autre" de manière rapide ; 3) le fait que de moins en moins de gens adhèrent à un parti politique (partis qui restent néanmoins des pôles de réflexion et discussion). Au-delà, on constate une crise de l'efficacité du politique.

C'est un ouvrage très bien informé des exemples historiques de tirage au sort, depuis la Grèce ancienne, ainsi que des propositions et réalisations de désignation, de cette manière, d'organes à caractère délibératif en Europe et Amérique du Nord. ll est bien structuré, didactique. NB : l'auteur ne plaide pas pour un passage systématique au tirage au sort; il argumente qu'un panachage d'organes élus et d'autres tirés au sort apporterait des bénéfices substantiels. On peut être surpris de quelques formulations vives, carrées (« Les élections sont le combustible fossile de la politique » !). Il reste que ce livre mérite largement d’être lu - et médité.

31/03/2021

Dans des situations de type Covid: Pas possible de faire tout juste !

Comme chacun, je suis les mouvements d'opinions autour des décisions du Conseil fédéral. Les gouvernements (fédéral et cantonaux) font de leur mieux dans une situation où, malgré les meilleurs efforts, les certitudes et les prévisions fiables sont rares. En réalité, mes collègues de santé publique - j'ai été longtemps médecin cantonal  - et leurs chef-fe-s politiques "apprennent en avançant". C’est la seule manière.

Depuis un an, je pense beaucoup à leur mission, sans aucune envie d’être à leur place. Ce serait bien si tout un chacun admettait la difficulté de la tâche. Au Service de la santé publique, je n'ai pas vécu d'enjeux de la dimension covid. Nous en avons eu quelques-uns, moins graves et moins longs, j’ai aussi observé ailleurs, et j’ai appris une chose. Dans des situations impliquant des dangers graves mais incertains, il n'est simplement pas possible pour les pouvoirs publics de « faire tout juste »: s'ils prennent des mesures majeures en craignant une urgence très sérieuse mais qu'il ne se passe rien (on n'est pas dans ce cas avec le covid !), alors les critiques fuseront selon quoi ils ont paniqué, ont trop fait et trop vite, ont gaspillé les deniers publics. Par contre, si un danger sanitaire majeur se concrétise, avec des conséquences graves dans plusieurs secteurs, les critiques seront que l'autorité a tardé à prendre la mesure du danger, n'a pas adopté les bonnes stratégies, n'a pas vu passer le ballon...

Comme ancien qui n'est plus concerné, je souhaiterais un peu de compréhension de nos concitoyens. Les critiques sont utiles, quand elles sont justifiées.

 

 

03/12/2020

Un nouveau recteur, jeune, pour l'UNIL

Interview de Frédéric Herman, 42 ans, recteur désigné de l'Université de Lausanne, récemment dans 24 heures. Bien intéressant de voir les priorités d'une nouvelle génération d'enseignants et chercheurs accédant à de hautes fonctions de direction. Extraits:
 
A la question "Est-il encore temps de former les décideurs de demain sur des questions comme le climat ou est-ce trop tard ?", réponse: "Il faut agir maintenant. Je suis passé par des institutions techniques (prestigieuses) comme Caltech et l'EPFZ. Ce que j'ai appris à l'UNIL, c'est le lien entre sciences naturelles et sciences sociales et humaines. Je pense que la clé est dans des changements de comportements qui mènent aux prises de décisions."
 
Sur l'héritage de la rectrice sortante Nouria Hernandez: "Beaucoup sera maintenu, à commencer par ce qui a été fait pour la durabilité. Elle a beaucoup œuvré pour l'interdisciplinarité, en créant plusieurs centres dédiés. Les accents mis sur l'égalité me tiennent également à cœur (...) Je m'apprête à prendre les rênes dans des circonstances particulières. Ce doit être une occasion de repenser le monde."
 
Pratiquement: Le projet que j'ai proposé table sur les forces de l'université sur les questions économiques, juridiques, sociales, environnementales mais aussi sanitaires et médicales. Nous sommes armés pour former la génération qui doit faire face à la crise et à ses conséquences et devra répondre aux soucis de demain."