12/03/2019

Un guide stimulant en vue de la retraite

A propos de: Jean-Pierre Fragnière, La retraite - Quels projets de vie ?

Lausanne : Editions Socialinfo, 2019, 154 pages.

L'auteur, spécialiste des enjeux liés à ce qu’il appelle la « société de longue vie », a enseigné les sciences sociales, particulièrement la politique sociale, à la HES de travail social de Lausanne et aux Universités de Genève et Neuchâtel.

Son dernier ouvrage est un tour d’horizon-bilan-guide sur la retraite, cette période devenue de plus en plus importante : en termes de croissance du nombre de retraités, de leur santé, bonne le plus souvent - qui leur permet de s’adonner à de multiples activités des registres culturel et sportif ; au vu aussi de leurs besoins majeurs quand vient la maladie et la dépendance. 

« Avons-nous conscience, demande l’auteur, d’être engagés dans un débat qui se fonde sur une histoire de plusieurs succès » : allongement de l’espérance de vie, autonomie accrue pour beaucoup – notamment les femmes et les personnes handicapées, possibilités de formation, amélioration de la couverture médico-sanitaire et sociale.

Il n’est pas exagéré de parler de la retraite comme d’une nouvelle vie, qui appelle quatre questions : 1) De quelles images de la vieillesse suis-je habité, me permettent-elles de construire l’avenir ?; 2) Quel contenu donner aux jours et aux années qui s’offrent ?; 3) Comment gérer les risques inhérents à ces transformations – porteuses de formes nouvelles de vulnérabilités auxquelles il faut faire face : 4) Quel sera mon statut dans un environnement qui ne va pas manquer d’étiqueter mes choix et mes attitudes ?

A propos de laisser sa place : « En période de croissance et de mobilité ascendante, la question se résout assez naturellement. Dans les temps marqués par une ‘panne de l’ascenseur social », la fin de carrière résonne des invitations à s’effacer, à faire place nette. Et la même musique peut accompagner les tentatives de conserver une part d’activité (…) Cette période est aussi habitée par la question de la transmission du savoir acquis, du savoir-faire, de l’expérience ». Le retraité doit apprendre à accueillir, conseiller et partager.  Une bonne formule de Vauvenargues : « Les conseils de la vieillesse éclairent sans échauffer, comme le soleil d’hiver. »

Il s’agit aussi de réduire les forces qui tendent à placer les diverses générations dans des ghettos. Le problème grave, universel peut-on dire, de la croissance des inégalités est souligné. A ce propos : « la pratique des solidarités est la condition de l’existence des autonomies. »

Noter cet encouragement à relativiser les choses (dans le bon sens) : « L’approche de ce temps de la vie invite à accepter des solutions approximatives, à cultiver une tolérance solide face aux hésitations et aux échecs. [Pour établir ses projets de retraité,] rédiger et réécrire plusieurs brouillons. » NB : « Parler de retraite ne saurait en aucun cas correspondre à un projet de retrait. »

Affirmer que « La retraite » perce tous les secrets d’une vie bien vécue après la cessation de l’activité de l’âge adulte serait prétentieux. Mais ce livre apporte une réelle contribution dans ce sens, de manière structurée en sections courtes et claires, agréable à lire, vivante. 

 

 

09/03/2019

Les scientifiques, leurs voyages et le climat

horizons, magazine suisse de la recherche scientifique, est publié par le Fonds national et les Académies suisses des sciences. Il est consultable in extenso sous www.revue-horizons.ch
 
Dans son dernier numéro, des articles montrant la nécessaire évolution des attitudes par rapport à la frénésie de participations à des congrès, symposia et autres séminaires - souvent outremer par vol intercontinental - qui a caractérisé les dernières décennies.
 
- p. 25-28, "La recherche doit réduire ses émissions de CO" et "L'empreinte écologique de la recherche", sur les efforts entrepris pour diminuer ces émissions,
 
- p. 32-33: article sur la biologiste Gisou van der Goot, de l'EPFL qui s'engage pour le climat.
 
Il y a quelques années encore, la simple idée de limiter ces déplacements coûteux - à plusieurs égards - aurait suscité des cris d'orfraie de la communauté des chercheurs. Aujourd’hui, il n'est pas illusoire de penser qu'on verra une modification, peut-être rapide, des modes d'échange avec des collègue scientifiques - et ceci nettement moins souvent par des rencontres "physiques".

05/03/2019

Semaine de la Durabilité dans les Hautes Ecoles de Suisse

Cette semaine, en Suisse, les étudiants et leurs institutions s’engagent vivement pour cette cause. Dans une quinzaine de Hautes Ecoles se déroulent du 4 au 9 mars les activités de la Semaine de la Durabilité (Sustainability Week Switzerland – www.sustainabilityweek.ch), dont le lancement pour l’Unil et l’EPFL a eu lieu le 28 février à Dorigny.

Les enjeux du dérèglement climatique sont tels qu’on reste perplexe, interloqué. Bertrand Kiefer tout récemment dans la Revue médicale suisse: « En 2019, le climat, la finance folle et la croissance des inégalités feront un peu parler d’eux. Bien loin cependant de leur réel impact (…) Dans ces débats, les universitaires se sentent la responsabilité de mettre des nuances. Mais ces nuances composent une pièce de théâtre pour enfants, déroulant une histoire bisounoursée ».

L’expérience des commissions d’éthique m’a souvent laissé songeur devant l’extrême attention portée à tous les détails imaginables d’une question posée, sans en aucune manière se pencher sur les enjeux généraux (parce que c’est trop « gros », trop multifactoriel, pas de notre ressort ni dans nos compétences…). Le philosophe suisse Mark Hunyadi plaide avec force pour que l’on passe de l’éthique usuelle pointilliste (où « c’est comme si nous luttions pour la liberté de choisir la couleur des briques de notre propre prison »- sic),  à une Grande éthique voyant large et loin.

Or, c’est un tel changement qu’impliquent les mobilisations pour le climat… Les mieux disposés (je pense à des amis politiques de haut niveau et autres notables) vous écoutent, consentent qu’il y a un problème, mais le saut logique qui consisterait à mettre en cause le « système » reste simplement inimaginable.  Avec entre autres l’excuse classique du « On ne peut pas être sage tout seul »… Il faudra bien pourtant, une fois.

Les médecins et soignants sont évidemment concernés, au vu des impacts délétères du dérèglement climatique, pour les personnes individuelles et leur bien-être comme pour la santé publique – la mise au point la plus affûtée étant le « Compte à rebours » de Lancet, une des meilleures revues médicales du monde, régulièrement mis à jour.