20/03/2017

Climat, stratégie énergétique - Le bal des myopes

 

Récemment, deux évènements d’importance en rapport avec notre avenir. D’abord au Conseil national à propos de la ratification de l’accord de Paris de 2015 sur le climat : on a vu les climato-sceptiques, comme l’intellectuel en chef Roger Köppel et l'armailli en chef Toni Brunner, monter à la tribune et il s’en est fallu de peu que les objectifs prévus ne soient modifiés à la baisse ; ceci alors que le point de non-retour en matière de climat (par rapport à une situation équilibrée) est déjà dépassé !

Et puis, le 4 mars, nouveau vote serré au congrès du PLR pour la Stratégie énergétique 2050, menacée par un référendum. Stratégie que les PLR sensibles à l’avenir de nos enfants ont finalement fait admettre, non sans que la présidente du parti elle-même s’y soit opposée… Cette stratégie confirme l’abandon progressif du nucléaire mais certains continuent à le présenter comme une énergie souhaitable - alors que les accidents graves accidents des trente dernières années ont montré le contraire. Dans l’esprit du moment, on donne dans les faits alternatifs et la post-vérité à la Trump. Véritable bal des myopes.

Il est impératif pour nos législateurs et décideurs de penser plus et mieux aux intérêts des générations qui nous suivent Pour survivre, il faudra changer, n’importe qui dans son bon sens devrait le comprendre. Dans l’immédiat : redire que l’Accord de Paris sur le climat est un début indispensable et soutenir vigoureusement la Stratégie énergétique mise en votation le 21 mai prochain.

 

 

22/02/2017

Diminuer le sucre dans notre alimentation - Améliorer la santé a parfois des exigences

Le Conseil d’Etat présente (24 heures du 18 février 2017) un projet visant à faciliter l’accès aux soins dentaires pour les enfants et les personnes qui ne sont pas en mesure de les payer. S’agissant du financement, il propose d’introduire une taxe sur les boissons sucrées. C’est là une démarche pertinente, qui ne mérite en rien des quolibets sur une « sérieuse atteinte » à la liberté de se comporter à sa guise. En plus de la carie dentaire, la consommation de sucre est un facteur majeur de la grave l’épidémie d’obésité que connaissent nos pays – obésité qui fait le lit de nombreuses complications et est une vraie urgence de santé publique. Aux Etats-Unis et ailleurs, des mesures pour rendre moins facile, moins routinière, l’absorption de quantités excessives de produits sucrés (par exemple en diminuant leur concentration) ont été introduites avec succès. L’idée du Conseil d’Etat va dans le bon sens et découle d’une logique comparable aux taxes sur le tabac ; il est normal d’imposer en conséquence ce qui cause d’importants frais médicaux.  On peut ne pas aimer ces augmentations de prix mais elles ont une efficacité démontrée. Je note qu’une autre possibilité mise en oeuvre est de mettre une limite à la contenance des bouteilles de boissons sucrées (si vous avez en main une bouteille d’un litre et demi plutôt que de 300 cc., la probabilité est évidente que vous absorberez plus de mauvais sucres).

Peut-on rappeler que la liberté, ce n’est pas avoir le droit de faire tout et n’importe quoi, mais de pouvoir tout faire ce qui ne nuit pas à autrui. Or, en facilitant la consommation de boissons (trop) sucrées, on fait du tort.

 

17/02/2017

Intelligence artificielle et Machine à remonter le temps...

 

Stephen Hawking, le physicien de Cambridge, dans un interview à la BBC : « Le développement de l’intelligence artificielle (IA) pourrait provoquer la fin du genre humain. Les humains sont limités par une évolution biologique lente et ne pourraient concurrencer les machines qui se reprogramment rapidement. » Je n’ai aucune prétention à être dans la même ligue que Hawking, mais le fait est que cette disparité des vitesses d’adaptation me préoccupe vivement. Au plan mental (et même biologique), notre organisme est-il en mesure de s’adapter assez vite ? Vous me direz que voir des enfants de trois ans pianoter sur des tablettes est rassurant à cet égard. Peut-être.

Par conviction ou idéologie, nous répugnons à croire que des machines seront plus intelligentes que l’homme. Stéphane Garelli rappelle toutefois que dès 1995 l’immensité des données à disposition a permis à des machines de mieux exploiter, avec leurs algorithmes, la richesse des informations. Rappelant que, en 1997, Deeper Blue de IBM a battu aux échecs Garry Kasparov.

Question à dix mille (milliards ?) de dollars : l’IA égalera-t-elle - dépassera-t-elle  - un jour Baudelaire écrivant de la poésie, ou Descartes ou Kant philosophant ? J’ai l’impression que de plus en plus de gens sont prêts à supprimer la forme interrogative de cette phrase. A. Geissbuhler, responsable de la cyber-santé aux Hôpitaux de Genève, se dit "écartelé  entre la certitude de la future suprématie de la machine et le souffle de l’homme".

De son côté, Frédéric Kaplan, à l’EPFL, veut pour l’Europe la première Time Machine. Le projet impressionne : proposer une infrastructure d’archivage et de calcul unique pour modéliser les données du passé, les réaligner sur le présent et se projeter vers l’avenir. Il ne s’agira plus d’archiver ponctuellement mais de dresser un pont entre l’ère de l’information globalisée et les époques précédentes. « Ce Big Data du passé permettra la construction de nouveaux modèles interprétatifs. Les épidémiologistes comprendront mieux la diffusion des grandes maladies, les économistes réinterpréteront l’histoire des croissances et crises du capitalisme, les linguistes comprendront le treillis évolutif de nos langues. » D’où, dit Kaplan, le passé deviendra un territoire à habiter.

Comme tous j’imagine, il m’est arrivé de rêver pouvoir vivre une journée au temps des Romains, des chevaliers, ou des Incas ou des Sioux avant la Conquista. Et bien on y est, à la mythique machine à remonter le temps, ou si près. Kaplan : « Nous serons demain les voyageurs du temps, le projet Time Machine est une occasion unique pour construire notre futur à partir d’un patrimoine commun. » Perspective que Churchill aurait appréciée, lui qui a dit « Plus vous saurez regarder loin dans le passé, plus vous verrez loin dans le futur ».