20/01/2017

La mort et nous par la bande dessinée

 

A propos des BD 2 et 3, "Tu meurs" et "Il meurt", de  la Fondation La Chrysalide et Hélice Hélas Editeur (Vevey), 2015, 60 pages chacun.

La Fondation La Chrysalide, centre de soins palliatifs situé à la Chaux de Fonds, s‘est donné la mission de promouvoir la qualité de l’accompagnement en fin de vie. Une équipe sous la direction du Dr Philippe Babando a conçu une trilogie de bandes dessinées sur le thème de l’approche de la mort et de ses impacts sur les patients concernés et sur leurs proches.

Les tomes 2 et 3 ont les mêmes format et présentation que le premier, avec chacun une douzaine de récits, dessinés par autant d’auteurs. Des styles graphiques variés, comme le sont les contenus. Plusieurs ont une dimension poétique et quelques-unes un caractère onirique : ainsi l’histoire d’un enfant cancéreux ou celle d’un jeune couple amoureux dont la femme meurt - en se noyant métaphoriquement. Quelques-unes restent énigmatiques.

Mêlées à ces histoires où la mort survient, il y a des grossesses, ou de jeunes enfants. Les grands-parents occupent une place notable, avec le rapport aimant à leurs petits-enfants. Un suicide. Quelques histoires en milieu médical. La visite en EMS d’un fils adulte à son père totalement mutique. Dans le tome 3, à noter un intéressant échange entre une femme accompagnatrice de personnes en fin de vie et son fils adolescent. Et l’émouvante séparation, avec le rappel de tant de souvenirs, d’un couple âgé dont la femme meurt.

Sont évoquées des situations de guerre (en ce moment, on pense au siège et à la chute d’Alep, il y a un mois, dans des conditions humanitairement scandaleuses). A deux reprises apparaissent des décès sur accident, en rapport avec la prise d’alcool.

Chacune bénéficie d’une préface du Dr Babando. Celle du tome 2 est le récit attachant de l’altération progressive, par Alzheimer, de la santé d’une personne qui a été pour lui un grand-père d’adoption. Evoquant des questions souvent posées: « Comment vivais-tu ta maladie, cette déconnexion progressive de la réalité qui meublait la vie des autres ? ». Puis : « Un jour tu as arrêté de marcher et tu es resté couché, puis tu n’as plus parlé ; tu t’es lové dans ton lit et tu es resté encore quelque temps entre jour et nuit.» En terminant il rend hommage aux « personnes qui de près ou de loin prennent soin des personnes âgées et permettent souvent une fin de vie de bonne qualité et respectueuse des valeurs qui ont accompagné nos anciens pendant leur existence ».

Il faut saluer l’initiative prise par la Fondation La Chrysalide. Ces ouvrages, dans des cadres divers, se prêtent utilement à la discussion des questionnements autour de la fin de vie.

 

 

12/01/2017

Qui sont les intégristes ?

J'ai relevé il y a peu que initiative lancée "contre l’intégrisme religieux" était pour le moins peu constructive et susceptible de créer des antagonismes hautement regrettables (les Anglo-Saxons diraient "produira beaucoup plus de chaleur que de lumière"). Ci-dessous des extrais d'un billet d’une observatrice expérimentée de notre société, l’ancienne conseillère nationale Anne-Catherine Menétrey, paru dans Le Courrier il y a quelques jours:

"Le canton de Vaud a élaboré une loi fort raisonnable sur la reconnaissance des communautés religieuses,  contre laquelle des intégristes (c'est Jean Matin qui souligne) chrétiens ou laïcistes, au nom de la lutte contre l’intégrisme, se sont mis en ordre de bataille : une initiative populaire de l’UDC n’attend que l’ouverture de la chasse aux électeurs, à la mi-janvier,pour démarrer. Cette entreprise s’appuie sur ce que les experts en communication nomment des post-vérités, c’est-à-dire des mensonges. On voudrait nous faire croire que la loi adoptée par le Grand Conseil  est un machine à distribuer (aux musulmans, bien sûr, qui d’autres?) des subventions, des privilèges, des passe-droits.Or le texte dit tout le  contraire. Il ne vaudrait même pas la peine d’en parler si ces croisades restaient confinées en terre vaudoise. Ce n’est pas le cas. A Genève, on se déchire sur le sens même de laïcité. Les manières de vivre, les rituels particuliers, doivent-il devenir des critères d’exclusion ? Qu’on se dise bonjour en s’embrassant (trois fois s’il vous plaît), en  tendant la main ou en la posant sur le cœur, ce sont des manières respectables, non ?  Même si la main sur le cœur est un rituel musulman."

On ne saurait mieux dire.

08/01/2017

L'initiative qui prétend clarifier mais qui attise l'animosité et le rejet

Une initiative dite "contre l'intégrisme religieux" est lancée par l'UDC, en rapport avec la reconnaissance de communautés religieuses dans notre canton, sujet qui est pourtant déjà très clairement précisé dans notre nouvelle Constitution et dans une loi subséquente.

J'aimerais attirer l'attention sur la remarquable démonstration que fait ma collègue Marie-Denise Schaller, professeure au CHUV et présidente des catholiques vaudois, du fait que cette initiative est tout à fait inutile - et est même, selon ses termes, une mystification (24 heures du 22 décembre 2016).

Selon ses auteurs, cette démarche voudrait éviter que des pratiques autres ne viennent « contaminer » le fondement chrétien de notre société. Protestant pratiquant, je suis aussi intéressé que l’UDC Vaud à maintenir et promouvoir ces valeurs – tout en réalisant qu’il n’est pas exclu que nous n’en ayons pas la même conception. L’idée d’une sorte d’« identité pure » propre aux Vaudois de souche (merci ici de nous dire comment on définit ces vrais Vaudois par rapport aux faux) est une fiction. Notre société - et pour l’essentiel nous nous en trouvons très bien, a su adopter beaucoup des aspects constructifs de l’évolution des 50 dernières années ; elle est mobile, elle est diverse (et la différence c’est enrichissant).

Tout à fait d’accord de cultiver nos valeurs de nature religieuse, comme d’ailleurs les traditions culturelles, artistiques, sportives qui ont une saveur particulière « de chez nous » - en fait, ceux qui parmi nous sont d’une origine différente s’y associent souvent. Mais il serait préférable que, disant vouloir oeuvrer positivement, on ne fasse pas trop de mal…  Or, l’initiative qui nous est proposée prend les choses par le mauvais bout en voulant étiqueter (négativement), limiter, interdire. Contrairement à ce qui est prétendu et comme le montre Madame Schaller, loin de clarifier, loin de promouvoir la bonne entente, elle fait le lit de l’animosité, de l’agressivité, du rejet. Triste programme.