01/01/2017

Pharmas, médecine - Des questions que les gens posent (suite et fin)

C’est pour cela que la lutte et la prévention d’affections qui font des centaines de millions de malades chroniques et beaucoup de morts, mais qui touchent peu le Nord, ont avancé lentement. On pense au paludisme, à la tuberculose (qui a pratiquement disparu de nos pays), à des parasitoses et autres maladies exotiques. Par contre, on peut noter que pour le VIH/sida apparu dans les années 1980, beaucoup plus d’efforts ont été consentis, parce que le sida a touché, dans les pays développés aussi, certains groupes qui ont sensibilisé les milieux politiques et économiques concernés de manière à obtenir des financements conséquents.

Cette « négligence » des problèmes des régions pauvres est infiniment  regrettable… On peut parler de grave manque d'éthique sociale. Idéalement, dans ce domaine et d’autres, un impératif de responsabilité planétaire (y compris écologique et climatique) devrait être intégré par les acteurs de l’économie comme par les pouvoirs publics et la société civile.

Autre point : oui, on peut dire que les médicaments sont « contre nature ». En un sens, toute la médecine cherche à éviter ou guérir ou soulager les atteintes dues à la nature. Si on laissait notre organisme exposé à tout ce que « propose » notre milieu de vie, peut-être serait-ce magnifique du point de vue de tes camarades, mais nous serions en bien mauvaise santé et vivrions beaucoup moins longtemps. Il y aurait énormément de « casse » prématurée suite aux infections, accidents, aux grossesses et accouchements difficiles, aux décès de petits enfants etc. etc. Effectivement, d’une certaine manière, la médecine lutte contre l’environnement qui ne nous veut pas toujours du bien.

Un chiffre : ces dernières décennies, l’espérance de vie dans nos pays a augmenté d’une année tous les quatre ans ; par rapport à il y a quarante ans, la population vit dix ans de plus en moyenne ! Ce n’est pas dû uniquement à la médecine mais elle a joué là un rôle notable.

Où je ne suis pas du tout d'accord, c’est à propos d’une prétendue non-efficacité des médicaments. Il y a des produits dits "de confort » dont on pourrait se passer; sauf exception, il est inutile de prendre des suppléments vitaminiques; les pharmas font certaines recherches sur des créneaux où il y a de l'argent à gagner mais pas vraiment de gains significatifs de santé à espérer... Par contre, des quantités de médicaments sont efficaces et utiles, les antibiotiques parmi d’autres (même si on les utilise aujourd’hui de manière  excessive et que certaines bactéries deviennent  résistantes à tous). Les médicaments ont apporté de grandes contributions aux progrès dans les soins intensifs, la chirurgie moderne et le traitement des cancers, entre autres.

Enfin : Magnifique ce que tu me dis de l'écoute de ton propre corps. Continue à t’intéresser  à ce qui permet sans médecine de garder un bon équilibre de vie.
Cela étant, si tes amis ou toi deviez souffrir  d'une affection grave ou que vous vous cassiez en morceaux dans un accident, je serais heureux que vous  consentiez à voir (aussi) mes confrères orthodoxes. Enfin et de plus, les médecins d’aujourd’hui devraient accepter de bonne grâce que leurs malades fassent appel à la médecine occidentale et à des techniques complémentaires qui ont d’autres fondements (encore qu’il soit vrai que tous n’acceptent pas encore cette attitude des patients et le dialogue avec eux sur ces sujets).

 

29/12/2016

Mix et Remix - Départ d'un tout grand du dessin de presse

 

 

Le monde de l’humour et la collectivité de Suisse romande - et au-delà - vient de prématurément un dessinateur de haute volée qui nous a régalés de son coup de crayon vigoureux et de ses mots incisifs depuis plusieurs décennies. Philippe Becquelin avait le don, un style à lui, de saisir en quelques traits, avec ses personnages minimalistes, une situation, un évènement, et de déclencher le rire. Un observateur parle de « la désarmante frugalité de ses dessins et leur folle efficacité », un autre de son génie de percevoir la réalité en un trait, de cerner l’important, avec une conscience politique aiguë.

Einstein a dit que inventer, c’est penser à côté ; on pourrait aussi dire sortir du/des cadres. C’est sans doute un des talents des grands dessinateurs de presse, dont il était. Cette autre manière de voir la vie et ses circonstances, en en faisant surgir la drôlerie tout en en faisant découler un enseignement substantiel, social, politique, philosophique parfois. L’humour au service du fond.

Il a collaboré avec de nombreux journaux de genres divers et était invité par la TSR, animant depuis les coulisses les débats d‘Infrarouge par des dessins en temps réel. Il a aussi été l’illustrateur d’une quinzaine de livres d’une série « Comprendre la Suisse » de la maison d’édition LEP. Un aspect important de son œuvre à mon sens. Tout en étant marqués vivement par l’humour de Mix et Remix, ce sont des ouvrages de référence sur diverses dimensions de notre pays : histoire, géographie, droit, économie, institutions, médias; sur la santé et le système de santé, sur l’environnement construit. Ceux à but de présentation de la Suisse à des étrangers ont un succès particulier et ont été traduits, en plus des langues nationales, en anglais (Swiss democracy/history in  a nutshell, Swissness in a nutshell). L’un d’eux l’est en japonais.

A cet égard, je cite souvent à des amis étrangers un dessin du livre « L’image de la Suisse », à son chapitre « Ponctualité ». On y voit, très affairée, une secrétaire arrivant dans le bureau de son chef et disant « Monsieur le Directeur, Monsieur Muller vous prie instamment de l’excuser, il a deux minutes de retard ».

Intéressant aussi de rappeler qu’il a été durant une dizaine d’années le guet de la Cathédrale de Lausanne, annonçant les heures de nuit depuis le haut de la tour principale, activité qui lui donnait du temps pour travailler, avec un collègue parfois.

J’ai envie de noter que, avec d’autres, il a montré (ce n’est pas nouveau mais on peut le redire) que nous autres francophones de ce pays savons être drôles, voire légers, tout en passant des messages forts, sans en avoir l’air (« pour la modestie c’est fou, y en a point comme nous », disait Gilles).

Si triste de ne pas avoir pu profiter longtemps encore de son regard aigu. Au reste, peut-être a-t-on aussi besoin d’humoristes là où il est allé.

 

 

 

28/12/2016

Pharmas, médecine - Des questions que les gens posent

 

Echange de courriels récent avec une jeune adulte de ma connaissance

Bonjour Jean,

Je me tourne vers toi à propos de médecine. Je suis entourée de gens qui critiquent l'industrie pharmaceutique. Ils sont assez radicaux et certains, corps et âme, affirment que, tout comme l’industrie agro-alimentaire est une guerre contre la nature, les médicaments représentent une guerre contre ton corps. On peut selon eux régler les problèmes en donnant beaucoup d'attention à son corps et son esprit, à l'écoute de ses besoins - gérer le stress, avoir une alimentation de produits bio non transformés. Un ami aurait guéri d’un cancer en changeant radicalement son hygiène de vie - processus qui lui a demandé beaucoup de temps et des décisions fortes : s'occuper de lui-même était un défi à temps plein durant cette maladie.

J'écoute les avis et fais mes expériences. Les petites maladies qui traversent ma vie sont rares mais j'ai remarqué que certaines façons de faire pouvaient influer beaucoup. Depuis un an, si j'ai un rhume par exemple, je lui donne de l'attention, bois des bouillons, tisanes et beaucoup d'eau, prends le temps de me reposer. Et j'ai l'impression de guérir beaucoup plus vite que quand, dans ces mêmes circonstances de rhume, je l'ignorais et continuais ma vie comme si de rien n’était.

Et ma réponse :

Chère F.,

Merci pour ce mail intéressant. S’agissant de tes questions sur l’industrie pharmaceutique, il faut distinguer plusieurs choses. D'abord, le côté qu’on peut dire négatif: clairement cette industrie fait partie de l'économie à but lucratif et elle se comporte comme les marchands de voitures, de voyages, de produits de luxe, de canons, etc. Les pharmas développent ce qui permet de gagner de l'argent et de rémunérer ses actionnaires. Ce qui explique que, sous réserve de rares exceptions, les pharmas ne consacrent  guère d’argent à rechercher des traitements de maladies fréquentes - et graves - dans les pays pauvres, là il n'y aurait pas assez d’acheteurs solvables pour des produits efficaces.

Suite pour bientôt