18/10/2016

Stratégie énergétique - Le négationnisme de l'UDC - et de certains PLR

Sombre spectacle que la conférence de presse récente où l’UDC a lancé le référendum contre la stratégie énergétique qui vient d’être adoptée (par un Parlement majoritairement de droite). Image d’un véritable négationnisme, refus d’admettre que la situation requiert que l’on regarde au-delà de ses intérêts à très court terme. Plus personne (de sérieux) ne nie plus que le changement climatique est un fait et qu’il est impératif d’agir rapidement, notamment dans le sens d’une moindre dépendance des énergies fossiles. L’obstination de ce parti (avec des envolées du genre « on va vers le communisme ») rappelle la campagne plus que discutable de la Grande Economie contre l’initiative « Economie verte » sur laquelle nous avons voté le 25 septembre – campagne marquée par des simplismes et des exagérations qui décrédibilisent totalement les officines qui les ont commises. En passant, je note que le Pasteur J.-F. Ramelet, qui rédige un billet éthique dans « Tribune », journal du PLR vaudois, y a dit son clair désaccord avec ces excès.

En vedette lors de la conférence de presse de l’UDC, il y avait un PLR genevois. Le radical « canal historique » vaudois que je suis (centriste, oui, mais à l’époque c’était permis) le regrette infiniment. Le plus grave est que, avec ce type de postures et d’allégations, le PLR montre combien il sous-estime le sérieux des enjeux vitaux de la planète et les intérêts des générations futures. A la Trump ?… (je ne parle pas ici des vulgarités sexuelles de ce monsieur, mais de sa qualité intellectuelle).  

 

08/10/2016

Fin de vie: tension entre théorie et réalité clinique

A propos du livre de Emmanuel Hirsch  Mort par sédation - Une nouvelle éthique du « bien mourir » ? (Toulouse : Editions érès 2016, 209 pages).

Emmanuel Hirsch est un intervenant marquant en bioéthique francophone. Il a écrit ou dirigé de nombreux ouvrages. Cette dernière publication peut être dite militante, dans la mesure où elle présente en détail ses réserves, en fait son opposition, aux modifications apportées le 2 février 2016 à la loi français dite Leonetti (de 2005) créant de nouveaux droits en faveur des personnes en fin de vie. Sa crainte est que, avec la sédation terminale ainsi incluse au cadre légal, on s’achemine vers l’acceptation de l’euthanasie, comme au Benelux, ou vers le suicide médicalement assisté, comme en Suisse (auxquels certains semblent prêts à retirer la qualité de pays civilisés).

L’auteur a été très impliqué dans les débats qui ont précédé l’adoption de dite loi. Et il regrette que ceux qui avec lui ont les mêmes réserves n’aient pas été assez entendus par le parlement français. Cela étant, on pourrait  souhaiter que ceux qui critiquent les modifications et l’évolution dont elles font partie se penchent sur la réalité au lit du malade. Ainsi sur le caractère insuffisamment pertinent voire inapproprié (notamment dans les situations aiguës et de soins intensifs) de distinctions et limites sur lesquelles on a beaucoup insisté jusqu’ici. La formule « Laisser mourir, oui, faire mourir jamais » est théoriquement parfaite mais en pratique de plus en plus souvent inopérante - une insistance dogmatique sur ce point peut certainement aller à l’encontre de l’accompagnement le plus approprié. Hirsch en est d’ailleurs conscient quand il relève que « les techniques de réanimation ont rendu parfois indistincte la frontière entre vie et survie artificielle ». En fait, ce n’est pas « parfois », c’est la réalité fréquente aujourd’hui d’une médecine qui dans des situations irréversibles peut maintenir indéfiniment l’existence. Mettre l’accent sur le caractère déterminant de l’intention d’une mesure n’est pas plus aidant, et risque de ne servir qu’à stigmatiser. Hirsch questionne aussi la conclusion « On meurt mal en France » de l’important Rapport de la commission Sicard de décembre 2012. Pourtant, cette conclusion est largement admise. Un autre point majeur est la notion d’abandon : pour l’auteur, c’est abandonner le patient que de permettre la sédation terminale ; dans la pratique, on rencontre aussi des malades qui jugent qu’on les abandonne en les laissant souffrir jusqu’à la dernière extrémité - et qui serions-nous pour les disqualifier ?

En 4e page de couverture est posée, avec quelque dépit, la question : « N’aurait-il pas été alors plus sage et courageux de créer les conditions effectives d’un choix possible entre un accompagnement humain jusqu’au terme de la vie et une euthanasie par compassion ? ». Il est vraisemblable que l‘avenir est dans ce sens. A ceci près qu’il n’y a pas lieu de choisir l’un ou l’autre mais qu’il est tout à fait possible d’avoir un accompagnement digne, d’une part, et d’autre part, quand les circonstances précisément le rendent humain et compréhensible, d’ouvrir la possibilité d’une assistance médicale au suicide ou d’une euthanasie. Sur la demande instante et répétée du patient capable de discernement.

 

 

 

 

 

01/10/2016

Les promesses (et les risques) du numérique

La révolution numérique  transforme notre monde à un rythme inouï. Que nos (petits-)enfants ne semblent pas avoir de peine à assimiler, bien qu’on se demande si la physiologie humaine, et au sens large la vie en société, la culture, sont suffisamment adaptables pour « tenir le coup » à cette allure. Le téléphone portable en est un exemple extraordinaire. Cela m’avait frappé en voyage à Madagascar il y a quelques années, pays bien pauvre, où tout le monde paraissait disposer de cette technologie.

Helvetas consacre son magazine d'août 2016 à l’envol numérique. Le nombre de personnes utilisant un portable n’augmente nulle part aussi vite qu’en Afrique. Un interlocuteur du Mali : « On s’attendait à ce que ce soit la classe moyenne qui se jette sur ce moyen mais cela a été le fait des artisans, des vendeuses au marché, des conducteurs de camions. » Lorsque en 2012-2013 des rebelles islamistes ont occupé le nord du pays, « des stations de radio ont été alimentées en informations [bien utiles] par des utilisateurs de mobile (…) Lors d’élections, c’est un outil de lutte important contre les fraudes électorales. »

Les autorités utilisent la téléphonie mobile pour renseigner les citoyens sur de multiples sujets, y compris dans des urgences comme l’épidémie d’Ebola. « La formation est aussi bouleversée. Ce qui nécessite souvent des années pour les manuels scolaires est réalisé en temps réel dans les médias électroniques. » Risque de clivage entre ceux qui en disposent  et les autres ? « L’accès à l’informatique est bien plus large et profond que pour les anciennes technologies. En Afrique, 600 millions de personnes n’ont pas accès à l’électricité, mais sept personnes sur dix ont un portable. » Les échanges que permet l’électronique représentent un instrument précieux dans la sensibilisation à l’endroit de problèmes sociaux répandus comme les mauvais traitements infligés aux femmes.  

Le phénomène est global, au plan géographique et par sa pénétration dans toutes les activités de la société. Avec des promesses mais aussi l’émergence de craintes, en particulier quant à la vie privée de chacun. Ainsi, tout utilisateur de portable peut être géolocalisé ! C’est souhaitable si on part seul en montagne (il m’arrive de le faire sans portable et je me dis que c’est aujourd’hui critiquable), mais pas forcément ni toujours.

En médecine, le numérique fournit des moyens d’approcher et comprendre la complexité mieux et tellement plus vite. La branche pharma n’est pas en reste : Novartis  a décidé de soutenir la mise en place d’un réseau planétaire de données sur la santé et crée des applications pour téléphone portable pour les patients.

Le Dr Bertrand Kiefer de son côté consacre un récent article aux questions liées à la recherche : « A la suite de l’ensemble des sciences, et sans pitié pour les anciens pouvoirs, les données s’apprêtent à révolutionner la médecine. Mais ces données sont objet de trafics, de combines (…) Un changement de paradigme éthique devrait accompagner la médecine numérique. Il s’agit de considérer les données en santé récoltées dans la population comme faisant partie des ‘commons’ de l’humanité. Les ‘commons’, ce qui fait la valeur du monde et n’a pas de propriétaire. Tout cela est menacé». Ce qui devrait être des patrimoines communs/partagés de l’humanité (y compris des générations à venir) est trop souvent mis en cause par des évolutions privatisantes, où tout devrait être lucratif.