10/07/2018

St-Ex: La grandeur d'un métier est d'unir les hommes

Je relis (début de la pause estivale) Terre des hommes, d’Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944). Avec des surprises.

« Telle est la morale que Jean Mermoz [pilote, héros de la Compagnie Aéropostale, années 1920-1930] et d’autres nous ont enseignée. La grandeur d’un métier est peut-être, avant tout, d’unir les hommes : il n’est qu’un luxe véritable, et c’est celui des relations humaines.

En travaillant pour les seuls biens matériels, nous bâtissons nous-mêmes notre prison. Nous nous enfermons solitaires, avec notre monnaie de cendre qui ne procure rien qui vaille de vivre. Si je cherche dans mes souvenirs  ceux qui m’ont laissé un goût durable, si je fais le bilan des heures qui ont compté, à coup sûr je retrouve celles que nulle fortune ne m’eût procurées. 

Cette nuit de vol et ses cent mille étoiles, cette sérénité, l’argent ne les achète pas. Cet aspect neuf du monde après l’étape difficile, ces arbres, ces fleurs, ces sourires fraîchement colorés par la vie qui vient de nous être rendue, ce concert des petites choses qui nous récompensent, l’argent ne les achète pas. »

Terre des hommes a été publié en 1939, peu avant la guerre qui allait (à nouveau) ravager l’Europe et le fera mourir (disparu en Méditerranée au cours d’une mission).  On sait la profondeur de la réflexion de St-Ex, sa perspicacité et sa finesse dans la compréhension des rapports humains - voir Le Petit Prince. Beaucoup d’autres avec lui, au cours des huit décennies qui se sont ensuite écoulées, ont cherché à dire ce qui compte et ce qui compte moins. Avons-nous beaucoup appris ? Pas tout à fait sûr…

02/07/2018

Le Conseiller fédéral Cassis

Ignazio Cassis est un confrère et ami de longue date, j’ai apprécié son action de médecin cantonal du Tessin, j’ai salué le fait qu’il accède au Conseil fédéral. Il a fait récemment des déclarations surprenantes.

D’abord, il y eu ses paroles sur le Proche-Orient et ses centaines de milliers de réfugiés. Pourtant, la situation matérielle, psycho-sociale, familiale, de travail, de ces personnes  est un problème majeur depuis plus d‘un demi-siècle ; on ne saurait régler le problème par des phrases simplistes. Ensuite, il a donné des coups de gomme à un rapport au Conseil fédéral sur le développement durable et la transition énergétique. Supprimer le mot solidaire de l’expression « une Suisse fiable et solidaire » est préoccupant, et pas dans la tradition de notre pays. De plus, je ne serais pas le seul à être atterré s'il donnait, sur le dossier climatique, dans des affirmations du style négationniste de l’Administration US. Il est impératif d'appliquer une nouvelle stratégie énergétique qui s'éloigne à grande vitesse des énergies fossiles.

Ceux qui sont engagés dans la coopération craignent que des considérations strictement économiques, celles du SECO, prennent de plus en plus d’importance et qu’on porte un regard indûment critique sur des programmes d’éducation, de formation ou sociaux qui n’ont pas de retombées directes favorables à la Suisse. Pourtant, avant son élection, Ignazio Cassis présidait Fairmed, une fondation qui avait pour vocation l’aide aux lépreux (un domaine où l’objectif ne pouvait guère être la rentabilité économique).

J’imagine aussi qu'il fait partie de la majorité du Conseil qui a décidé d’affaiblir les conditions strictes mises à la vente d’armes à l’étranger – alors que le Proche-Orient est à feu et à sang et que des factions armées sévissent ailleurs.

Où est passé le médecin de santé publique et remarquable polyglotte avec une vision mondialiste ? Mais je sais qu’un mandat de Ministre des affaires étrangères est une charge extrêmement lourde, qu’il faut apprendre le métier.

 

 

22/05/2018

Immortalité numérique… et biologique ?

Un des avatars de la digitalisation galopante de la société est ce qu'on peut appeler l'immortalité numérique: la persistance à très long terme (pour toujours...) des données que nous produisons maintenant par nos mails, de multiples réseaux sociaux et banques de données. Les technologies nouvelles apportent des possibilités inouïes dans la vie quotidienne, en médecine et dans tant de domaines, mais ont aussi des effets auxquels on ne s’attendait guère. Dans Les grandes questions de bioéthique au XXIe siècle, LEH Edition, Bordeaux) qui vient de paraître, le professeur poitevin Roger Gil écrit « La firme Google est totalement engagée dans la perspective de l’immortalité numérique, avec depuis 2012 Ray Kurzweil, figure emblématique du transhumanisme (…) L’immortalité numérique est aussi un moyen d’affranchir l’homme d’un corps qui l’emprisonne. Et elle n’a nul besoin de faire des hypothèses sur l’existence et le destin de l’âme. » Et Gil de relever les démarches en cours vers l’immortalité  biologique – qui sera un peu plus longue à advenir, sans doute, mais la pulsion est la même.

La question majeure, que peu débattent, est d’imaginer ce que sera une société où s’amoncellent des informations sans but ni intérêt de bon sens. Nos données personnelles, complètement anecdotiques, s’amoncellent pour nourrir le Big Data, des montagnes de scories, des mausolées que nos prédécesseurs auraient bien vite oubliés ou dont ils n’auraient pas eu conscience ni connaissance (pour leur grand bonheur). Quant à l’immortalité biologique, c’est un cauchemar. Entre autres conséquences, les enfants ne seront plus bienvenus, prenant de la place, utilisant des ressources que les immortels souhaiteront garder pour eux-mêmes.  Brave New World…