02.02.2010
Recherche du « bébé-sauveur » et tumultes humains et éthiques qui y sont liés
Le diagnostic préimplantatoire (DPI) est une modalité, liée à la procréation médicalement assistée ("bébés-éprouvettes"), qui est actuellement interdite en Suisse. La Commission nationale d’éthique a émis à son propos deux rapports ; elle se montre favorable au fait d'autoriser le DPI pour permettre à des couples d’éviter de donner naissance à des enfants porteurs de maladies héréditaires graves mais, deux ans plus tard, est restée divisée sur l’acceptabilité de cette méthode pour « produire » des bébés dont les caractéristiques génétiques permettraient, par transfusions ou greffe de moelle osseuse par exemple, de soulager voire guérir l’affection d’un frère ou d’un sœur déjà né(e) : « bébé-médicament, -espoir ou -sauveur ». Une motion parlementaire a requis le Conseil fédéral de proposer une modification légale levant l’interdiction actuelle mais le projet mis en consultation en 2008 n’a pas du tout convaincu.
Sachant mes intérêts professionnels, on m’a recommandé un ouvrage de l’Américaine Jodi Picoult (My Sister’s Keeper. New York: Washington Square Press, 2004 - traduit en français sous le titre Ma vie pour la tienne), qui décrit une situation familiale en rapport avec un tel enfant, que ses parents font naître avec l'objectif d’aider une sœur aînée. L’auteure s’est largement renseignée auprès de médecins, scientifiques, soignants et familles concernées. Histoire d’un couple dont la fille aînée, Kate, développe une leucémie aiguë ; de multiples traitements de chimiothérapie sont entrepris, avec des rémissions mais sans guérison, et les parents décident d’avoir grâce au DPI un troisième enfant qui pourra aider Kate. Ce sera Anna, à qui on prélèvera du sang du cordon ombilical à la naissance, début d’une longue série d’efforts thérapeutiques auquel elle prête son concours, sans donner son avis puisqu’elle est une enfant.
Au moment décrit au début du livre (parsemé par ailleurs de nombreux retours en arrière), Anna a 13 ans. Sa sœur aînée va mal, est devenue insuffisante rénale et la question est posée de demander à Anna de lui donner un rein. Cette dernière engage une démarche légale pour être déclarée, par la Justice, majeure pour tout ce qui concerne les soins médicaux, ce qui la rendrait compétente pour donner ou refuser son consentement à des mesures touchant son intégrité physique. Vers la fin de l’ouvrage, le lecteur apprend avec surprise pourquoi elle entend ainsi refuser ; le dénouement surprend lui aussi.
Les relations mutuelles, conflits, dilemmes, tristesses et joies au sein de la constellation familiale, dont toute l’existence est lourdement influencée, et constamment déséquilibrée, par la maladie d’un des siens, sont remarquablement présentés par Jodi Picoult.
Quoique fondée sur des éléments réels, c’est une fiction. Mais de ces fictions qui sont aussi éclairantes qu’une présentation médicale et sont pleines d'enseignements. « Ma vie pour la tienne » intéressera vivement tous ceux qui s’intéressent aux avancées de la biomédecine et sont parfois préoccupés par elles.
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21.06.2009
Soins palliatifs et acharnement... (II)
Information et dialogue doivent prendre place dans l’optique de maximiser la qualité de ce qui reste à vivre. La présentation au patient des perspectives et enjeux inclut la « pesée » des éléments suivants : d’un côté, les chances de réel progrès - dans quelle mesure et pour quelle durée, par rapoprt à la probabilité d’échec/inefficacité ; la lourdeur des traitements entrepris et leurs inconforts ou risques; l’immobilisation en milieu hospitalier aigu ; un affaiblissement supplémentaire – idéalement transitoire - lié à la vigueur de la thérapeutique. Ceci par rapport, de l’autre côté, à la tranquillité/sérénité du cadre palliatif, la possibilité de rester à domicile ou dans une structure intermédiaire, l’accent sur les relations avec les proches, la facilitation d’une prise de recul par rapport à l’existence vécue et de la prise de congé dans des conditions non bousculées par la technique (« sans être brigandé », diraient les vieux Vaudois).
Ces échanges impliquent que le médecin et l'équipe soignante respectent les valeurs et options du malade et observent la neutralité requise. En donnant la place appropriée au temps (temps du dialogue, de la réflexion), à l’humain ; en respectant l’ambivalence, en conseillant sans directivité indue quand cela est sollicité.
L’objectif de cette évaluation conjointe entre soignants et patient, en général en interaction avec les proches, est de maximiser la qualité, la substance, de ce qui reste à vivre.
Et les coûts ?
Je crains qu’il n’y ait guère de réponse ferme à l’interpellation politique mentionnée en introduction. Par analogie, on peut penser à la problématique des coûts, pour les personnes dépendantes, d’une prise en charge à domicile plutôt qu’en établissement médico-social. Jusqu’à une certaine importance quantitative et qualitative, les soins à domicile sont moins chers. Mais la situation « comptable » peut s’inverser quand tel patient à domicile requiert plusieurs (quatre, cinq...) visites quotidiennes ou des soins à caractère technique marqué, respectivement nécessitant des appareillages importants. En matière de coût dans la dernière partie de la vie, il y a sans doute des « zones grises » où l’une ou l’autre modalité (mesure de dernier recours à visée curative ou suivi palliatif) est plus avantageuse ; d’où la nécessité d’arbitrages (les Anglo-Saxons parleraient de trade offs).
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17.06.2009
Soins palliatifs vs. obstination thérapeutique : le rôle du patient « éclairé »
En mai dernier, une déclaration du président d’un parti politique suscite l’émoi : « Faut-il débourser 50'000 francs pour traiter un cancer lorsqu’il n‘y a plus d’espoir ou vaut-il mieux développer les soins palliatifs ? ». Question nécessaire mais qui demande un traitement différencié. On ne saurait refuser de parler d’argent à propos de soins ; dans nos pays où des mécanismes collectifs/socialisés rendent compte d’une partie majeure des moyens consacrés à la maladie, il n’est pas utile de faire comme si « jamais dans une société civilisée on ne devrait mettre en cause le coût des soins ». Poste important des budgets domestiques et publics, la question est partie intégrante des débats sociétaux.
Débattre de ceux qui « coûtent trop cher », de catégories de malades, est plus délicat. Un des principes de l’éthique médicale est l’équité entre tous ceux qui nécessitent des soins. Pas possible ici de discuter des définitions différentes de l’équité, découlant de l’orientation politique de qui s’exprime. On admettra que, en Suisse notamment, il y a accord pour vouloir que chacun ait accès à des soins de qualité sans obstacles indus (y compris de nature financière - donc sans qu’il soit ruiné, éventualité très réelle aux Etats-Unis par exemple) ; pour vouloir aussi que cette qualité soit la même pour tous (dans une société équitable, les arrangements privés ne devraient avoir trait qu’à des aspects de prestations hôtelières et de confort).
Le match « acharnement/obstination contre soins palliatifs » est souvent mal posé - et ne devrait d’ailleurs pas être un match. Trop souvent on semble partir de la prémisse que ce sont les médecins - ou l’équipe soignante – qui prennent des décisions quasiment imposées aux malades. Il est vrai qu’existe encore un certain paternalisme (qui peut être bienveillant), malgré l’accent mis depuis plus de vingt ans sur l’autonomie du patient et le dialogue indispensable avec lui - d’égal à égal – s’agissant des options à prendre. Néanmoins, la règle de la libre détermination du malade est maintenant bien en place ; co-substantiel de cette autonomie, il y a son droit impératif de bénéficier d’une information véridique, complète et compréhensible sur sa situation médicale, le diagnostic, les mesures thérapeutiques envisageables, leurs avantages et possibles inconvénients.
Ainsi, dans la décision, c’est le patient qui a le rôle principal - un patient « éclairé ». L’essentiel est dans la communication avec lui, par des explications aussi détaillées que nécessaire tout en faisant preuve de la psychologie et du discernement voulus.
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18.05.2008
Valeur et importance des directives anticipées
L’actualité bruisse de débats sur la liberté du malade gravement souffrant de décider de ce qui lui arrive. Sans anticiper ici, par exemple, la réflexion annoncée par Eveline Widmer-Schlumpf sur l’euthanasie, il est bon d’éclairer le rôle possible des directives anticipées, instrument relativement nouveau - elles font partie de la législation vaudoise depuis 2002. Concrétisation de ce que, en matière de santé, chacun peut faire connaître formellement les dispositions qu’il entend voir respecter au cas où, temporairement ou définitivement, il devenait incapable (par maladie dégénérative, accident ou autre circonstance qui le prive de discernement) de décider lui-même de soins le concernant. Ces directives portent sur l’acceptation ou le refus de traitements : soins intensifs, usage de certains médicaments, telle prise en charge psychiatrique – refus de transfusion sanguine chez les témoins de Jéhovah. Ces directives ne sont pas soumises à des conditions de forme pour autant que la volonté du patient soit clairement exprimée mais des formulaires ad hoc sont proposés par différents organismes. Le fait de remplir une carte de donneur d’organes est une directive anticipée.
Elles sont un moyen d’assurer que les personnes puissent exercer leur droit à l’autonomie, même quand elles ne sont plus en mesure de s’exprimer et, à ce titre, elles devraient faire l’unanimité. Elles peuvent apporter des clarifications bienvenues dans la prise en charge des personnes démentes (maladie d’Alzheimer). Or, on constate des attitudes bien différentes d’un pays à l’autre sur leur pertinence et leur possible caractère contraignant. En Suisse, les lois de plusieurs cantons prescrivent que les professionnels de santé doivent se conformer aux directives anticipées, sauf s’il y a de fortes raisons de penser que la personne n’avait pas envisagé la situation dans laquelle elle est maintenant. Dans d’autres pays comme l’Allemagne et l’Italie, on voit des réticences marquées, des affrontements dogmatiques : au nom d’une conception, indûment paternaliste à mon sens, de la déontologie, des mouvements d’opinion refusent que l’équipe de soins soit tenue de suivre la détermination des patients, au motif que sa liberté thérapeutique serait ainsi limitée : attitude qui entraîne une limitation significative de l’autonomie du patient. Or, il importe de le rappeler, c’est le malade qui, après explications par le médecin ou autre professionnel, décide d’accepter - ou pas - les examens ou traitements proposés : pilier fondamental, aujourd’hui ancré dans la loi, des relations entre soigné et soignant (notamment, les professionnels ne sauraient imposer leurs vues à caractère moral).
De plus en plus, les hôpitaux, EMS, services de soins à domicile, comme les praticiens, rendent attentifs les patients à la possibilité de rédiger des directives anticipées et de s’assurer ainsi que, en situation critique, leur volonté sera respectée. A noter enfin que la directive la plus simple consister à désigner un représentant thérapeutique : personne en qui on a suffisamment confiance pour la charger de décider à sa place dans le cas où on n’est plus en mesure de le faire soi-même.
Dr Jean Martin, membre de la Commission nationale d'éthique
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30.03.2008
Thérapie par électrochocs - A propos des rapports entre le socio-politiquement correct et la médecine
La thérapie par électrochocs (dite ECT) « garde l’image d’un traitement barbare et est devenue la cible privilégiée du mouvement antipsychiatrique ». Phrase tirée d’un article de J.-F. Etter et Gilles Bertschy, de la Faculté de médecine de Genève, dans la Revue médicale suisse du 12 mars dernier. Qui posent avec clarté - et courage - la question du rejet doctrinaire de cette méthode, qui est surtout le fait de milieux non-médicaux convaincus (par exemple par le film de Milos Forman « Vol au-dessus d’un nid de coucou ») que jamais une société civilisée ne saurait utiliser une telle méthode…
Comme médecin cantonal j’ai eu dans les années 1990 à répondre à des questions critiques, y compris de parlementaires, à ce propos. Après évaluation auprès des praticiens, qui ont apporté en particulier des témoignages de patients affirmant que, dans leur cas, ce traitement avait représenté un soulagement important que rien d’autre n’apportait, le Département vaudois de la santé a répondu qu’il ne pouvait se justifier d’envisager la prohibition d’une technique qui aide significativement certains malades.
Extrait de l’article susmentionné : « Actuellement, l’ECT reste bannie dans certaines régions, en particulier à Genève. Pour des raisons historiques ou politiques, des patients sont privés d’un traitement potentiellement efficace, qui pourrait sauver des vies et soulager des souffrances dont l’intensité est souvent sous-estimée (…) Quelques rares patients genevois ont pu suivre ce traitement dans d’autres cantons (faire faire le travail délicat par les autres… - note de J.M.) mais cela n’est maintenant plus possible par manque de disponibilités (…) Il convient de se demander s’il n’est pas temps de rouvrir le débat sur ce traitement et, dans le cadre d’études scientifiques de haute qualité, de tenter de répondre aux questions. Le réintroduire sans précautions, ce serait ouvrir la porte aux abus mais cette crainte justifie-t-elle d’y renoncer totalement ? ».
Avec cette remarque encore, pertinente dans le cadre de la planification à envisager au niveau intercantonal : « La thérapie par électrochocs relève du concept de médecine de pointe et son accès en Suisse romande devrait logiquement être pensé comme tel ».
Bien intéressant, non ? Occasion de rappeler qu’il faut se garder du « prêt-à-penser » biendisant et ne pas entériner sans examen adéquat des affirmations du registre du socio-politiquement correct quant à l’inutilité ou l’inacceptabilité alléguées de méthodes médicales.
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31.01.2008
Evolution de la pratique médicale
Devenu médecin au milieu des années 1960, j’ai bien connu la pratique « en solo » de la plupart de mes confrères, généralistes pour l’essentiel : beaucoup de villages moyens avaient leur médecin de famille, tout près de la population, disponible constamment quelque 300 jours par an. Par la suite, j’avais comme médecin cantonal de fréquents contacts avec des praticiens, en ville comme à la campagne, menant cette vie de docteur à tout faire, de premier et de dernier recours. Hommes et femmes de bon conseil, pivot de la prise en charge de la population.
Deux ou trois décennies plus tard : peu de praticiens sont aujourd’hui disposés à être « pendus à un clou » comme on dit, chaque jour et nuit que Dieu fait – et bien sûr on les comprend ; le médecin n’est plus autant le notable qu’il était, qui se sentait tenu d’être là, de répondre à toutes demandes : médecin scolaire, médecin délégué, instructeur des Samaritains, membre de la commission de salubrité communale, voire municipal ou député. Il est devenu bien plus « normal » pour le praticien de prendre des loisirs. La profession s’est féminisée, une bonne chose à plusieurs égards. Les connaissances médicales sont devenues beaucoup plus sophistiquées et les patients plus exigeants (clairement, le patient ou ses proches n’osaient guère se manifester à l’époque, même si la prise en charge apparaissait moins qu’optimale). L’informatique et Internet sont passés par là, etc.
Cette évolution peut rendre souhaitable la mise en place de cabinets de groupe ou de réseaux de médecins. Des raisons de communication entre collègues, de facilité de regards croisés sur des situations difficiles, qu’elles soient somatiques ou psychosociales (voir le succès de ce qu’on appelle cercles de qualité). Et des raisons de permanence et continuité, dans le contexte nouveau qui vient d’être évoqué.
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22.01.2008
Les non-malades et pré-malades: une population croissante !?
Problématique sérieuse, pratiquement, aussi bien pour les conseils prodigués par mes confrères à leur cabinet que, d’un point de vue éthique notamment, en ce qui concerne le rôle de l’industrie pharmaceutique. Il y a là des poussées tout à fait discutables de l’économie, déstabilisantes pour le système de santé et ceux qui y travaillent, qui méritent beaucoup d’attention : ce que les Anglo-Saxons appellent disease mongering (l’action des vendeurs de maladies, de ceux qui les « fabriquent » et en font le commerce). Alex Mauron, bioéthicien genevois connu, dit à ce propos : « Au ‘magasin des maladies’, on élargit constamment les limites des pathologies et donc le marché des traitements, pour autant que ceux-ci soient profitables à l’industrie pharmaceutique. C’est ainsi qu’on transforme les bien-portants en malades, gaspille des ressources précieuses et cause des dommages iatrogènes (dus au traitement)». Titre de son article : « Le Dr Knock rencontre Big Pharma ». Il évoque aussi l’histoire extraordinaire, il faut bien le dire, du sildénafil (Viagra) et des substances similaires, qui « a vu la dysfonction érectile liée à des lésions organiques, marché limité par définition, redéfinie et promue au rang de problème de santé majeur censé affecter la majorité des hommes de plus de quarante ans. La saga de la ‘dysfonction sexuelle féminine’ est elle également pleine d’enseignements ».
Mais peut-être convient-il aujourd’hui de ne pas critiquer cette « fabrication » de (pré)malades parce que l’activité économique y relative apporte sa pierre à la lutte contre la récession ??
13:32 Publié dans Médecine | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
11.09.2007
Prendre en charge les brûlés - Admirable...
Belle fin de semaine dernière, au CHUV - et sur la TSR - , avec les manifestations organisées par le Centre des brûlés du CHUV, autour du Dr Wassim Raffoul et du Professeur Mette Berger - avec de nombreuses collaborations dont celle de Flavie, association des personnes brûlées et à l’occasion de la Journée nationale des hôpitaux, On se félicite de ce que les média de notre région y aient accordé un intérêt attentif.
De l’excellent travail se fait dans de multiples domaines et services, on le sait mais on peut le redire. Pour prendre le CHUV - comme on peut s’en rendre en lisant les courriers de lecteurs - les expressions de satisfaction et gratitude sont bien plus nombreuses que celles qui critiquent. Dans tous les cas, ce qu’on a vu et entendu à propos des prises en charge de grands brûlés, si astreignantes (on peut avoir en permanence quatre infirmières autour d’un patient, sans compter les médecins et les autres), si longues, en était une vraie confirmation.
Extraordinaire intrication des aspects de médecine intensive d’abord (assurer la survie), de douches et pansements réguliers, de greffes de peau, puis d’une réadaptation aux multiples dimensions, physique (physio- et ergothérapie), psychologique et psycho-sociale (vivre avec un nouveau corps, assumer le regard que portent les autres sur vous). Ai noté que, entre autres moyens, l’hypnose y trouve une place.
J’ai été frappé par l’expression d’une membre de l’équipe qui s’attache particulièrement à ces aspects psychologiques : il s’agit avec le patient de « tisser une peau de mots »… Elle relève que, après le long séjour en milieu hospitalier, il s’agit de rentrer à la maison et que c’est souvent le plus difficile. Retrouver son univers familier, personnes, activités, choses, mais dans un corps si différent d’avant… Isabelle Moncada, dans l’émission 36*9 sur le sujet, relevait le besoin de « panser ces traces invisibles ».
Bravo donc. On veut croire que ces engagements, encourageants dans un monde qui ne l’est pas toujours, retiennent l’attention. Ainsi le livre de Marie-José Auderset « Brûlures profondes » (Editions Favre, 2007), avec les récits de vie de grands brûlés.
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30.08.2007
Rationnement des soins - Effets d'annonce et réalité du terrain
On a parlé ce mois de « qualité des hôpitaux », selon l’étude d’un groupe lié aux assureurs-maladie (voir l’inclusion au présent blog du 20 août dernier). Le 28 août, une réunion sous les auspices de l’Académie suisse des sciences médicales mettait en évidence la problématique du possible rationnement des soins en milieu hospitalier.
C’est là un sujet dont il importe de parler. Notamment parce que, si tout le monde est favorable à et insiste pour la rationalisation dans les soins, visant l’efficacité et l’efficience, le mot rationnement lui apparaît tabou - rappelant notamment, pour les plus anciens chez nous, le spectre des coupons de la Deuxième Guerre mondiale. Toutefois, il convient examiner la question avec un peu de recul. Pour ma part, j’ai souvent argumenté que, en réalité, dans la pratique quotidienne des professionnels au lit du malade, il est bien difficile, pour ne pas dire plus, de distinguer toujours aisément la rationalisation souhaitée du rationnement rejeté.
Au delà des discours selon quoi ces choses ne sauraient exister dans une société civilisée, il faut voir quelles pressions majeures sont constamment exercées sur les dépenses sanitaires. Ces pressions ont leur légitimité mais, comme toutes les choses acceptables en soi, elles ont aussi leurs dérives.
Bertrand Kiefer, rédacteur de la Revue médicale suisse (Genève), est un de ceux qui s’attache semaine après semaine à désigner les démarches discutables des financeurs du système qui tendent à altérer la qualité des soins, humainement et techniquement. Extraits de son Bloc-notes d’hier, sous le titre « Manœuvres idéologiques » :
A propos de la récente étude Comparis : « Scientifiquement, cette enquête ne vaut pas grand’chose. Ses biais sont évidents : interroger les patients est un moyen peu fiable pour déterminer la sécurité des établissements. Et rien ne peut être affirmé sans pondérer les résultats : si les hôpitaux universitaires sont les plus mal cotés, c’est qu’il prennent en charge les cas les plus graves et complexes ».
Puis il évoque un article de deux médecins du Centre de gériatrie du Bas-Valais, sur la perception qu’ont les personnes âgées des coûts médicaux qu’elles induisent. Il s’avère qu’une majorité (57%) de ces patients pensent ne pas mériter l’agent qui leur est consacré : ils estiment que « les soins médicaux de leur groupe d’âge coûtent trop cher à la collectivité ». Surprenant, pour le moins… D’où peut leur venir ce sentiment ? D’une ambiance de stigmatisation des malades qui n’appartiennent pas au « bon groupe » (celui des jeunes consommateurs se prenant en charge). C’est ce que répondent les auteurs de l’étude. Préoccupant, non ? On peut voir dans ces observations, pour une part, une conséquence de la manière dont une mouvance politique assène à tout propos le slogan « Stop aux abus ».
Cela dit : efficacité et rationalisation, oui. Mais aussi, s.v.p., solidarité, horizontale (entre gens qui ont des moyens matériels très différents) et verticale (intergénérationnelle), humanité, convivialité ! Comme toujours, il est essentiel de trouver un équilibre, un juste milieu, qui permette de fournir à ceux qui ont aujourd’hui besoin de l’aide d’autrui, par des mécanismes collectifs mutualisants et sans les culpabiliser, les prestations nécessaires.
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20.08.2007
Qualité des soins aigus: évaluer ce qui importe
Distinguo majeur ! C’est surtout de la qualité objective des prestations que public et responsables du système devraient être informés. Aujourd’hui, la durée moyenne de séjour en soins aigus est de l’ordre d’une semaine. Si une ambiance aimable et une proximité - y compris socio-culturelle - sont bien sûr souhaitées, on attend d’abord de ces quelques jours l’excellence technique (pas examinée par l’étude évoquée, que pourtant on a voulu faire dans des hôpitaux avec unité de soins intensifs…). Or, s’agissant d’évaluer ces aspects « techniques », on est actuellement loin du compte, même si des programmes sont mis en place – notamment sur la base de modèles développés en Suisse par une équipe universitaire lausannoise, on peut le noter.
De longue date, consommateurs et politiques, parmi d’autres, demandent une meilleure estimation de la qualité des soins. Mais on ne s’est guère pressé… Qui se montre enthousiaste quand on lui propose de soumettre ce qu’il fait à examen, alors que le respect traditionnel porté à sa pratique ne faisait l’objet d’aucune mise en cause ? Les professionnels ont mis du temps à intégrer qu’« on a le droit de poser n’importe quelle question à n’importe qui », y compris au médecin ou à l’hôpital - et ceci sans qu’il faille y voir une critique ou une marque de méfiance. Il est vrai que, en vue d’obtenir des chiffres crédibles, il existe des obstacles. Exemple: les hôpitaux universitaires sont sans doute ceux qui, statistiquement, ont la mortalité intra-hospitalière la plus élevée, parce que les cas gravissimes, chez des malades fragilisés, leur sont référés. Attention donc de ne pas tirer de conclusions de données trop brutes (par contre, un décès dans un établissement qui pratiquerait surtout la médecine/chirurgie esthétique doit interpeller).
J’ai pu déplorer dans ma fonction antérieure de médecin cantonal des situations où le brio du verbe de confrères très sûrs d’eux-mêmes tenait lieu de preuve de la qualité des soins - qu’aucune donnée solide ne permettait de juger. Prime au meilleur vendeur…!? Les patients méritent mieux. Pour se distancer du flou artistique, il est impératif d’étendre et de faire connaître les efforts faits dans le sens de véritables évaluations, par des programmes à la méthodologie adéquate, qui pourront déboucher sur un « guide des hôpitaux » même si la comparaison avec Gault et Millau froisse certains. Ceci tout en souhaitant que des sondages « impressionnistes » ne distraient pas trop l’attention.
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