24/03/2022

Regarder vers l’avenir ou dans le rétroviseur ?

Le 14 mars, les membres vaudois de la Grève du Climat (qui ont eu leurs divergences avec le gréviste de la faim) invitaient au Théâtre de Vidy à une rencontre avec Guillermo Fernandez.

Réformiste de toujours, j'ai eu en novembre mes questions à propos de la démarche sur la Place fédérale de cet informaticien (n'est-ce pas un peu théâtral ?). Je suis heureux de l'avoir écouté, M. Fernandez est solide, réfléchi. Pas du tout un "allumé" qui chercherait à se faire valoir. Quand il parle des démarches qu'il poursuit, on voit sa cohérence, une bonne appréhension des enjeux, une vraie détermination. Il y a diverses manières de sensibiliser à l'urgence climatique, la sienne est nécessaire.

Dans le même temps (24 heures du 16 mars), une résolution présentée au Grand Conseil est dans le droit fil de ceux qui préfèrent ignorer les dangers majeurs qui nous menacent quasiment sans délai (pas hypothétiquement, certainement !). Elle a été refusée « de justesse ». Inquiétant qu'une grosse minorité du parlement cantonal ne veuille pas reconnaître les faits. Des observateurs plus émérites que moi le soulignent : "Nous ne voulons pas croire ce que nous savons". Comment comprendre ?

Une chose encore : au moment de l'infâme guerre d’Ukraine, on espère que toutes les instances concernées prendront rapidement des mesures pour diminuer drastiquement notre dépendance des énergies fossiles (on peut déjà y contribuer en vivant chez soi à 19 degrés plutôt que 22...) et en mettant le paquet pour promouvoir les énergies renouvelables.

 

01/12/2021

Climat - Pas d'état de nécessité, vraiment ?

Fin novembre, treize jeunes gens ayant manifesté devant le siège des Retraites Populaires à Lausanne ont été condamnés, malgré la présentation des faits irréfutables sur l'urgence des défis, y compris par l'ancien Conseiller d'État Ph. Biéler parlant d'une "crise de gravité extrême face à laquelle nous avons tous une responsabilité, vous aussi Monsieur le président". On note que, lors de l'action en question, un dialogue a été entamé avec le directeur des Retraites Populaires, mais interrompu par la force publique.

L'argument impératif de la justice jusqu'ici est qu'elle est là pour appliquer les lois, pas pour les modifier. Par contre elle peut ou doit les interpréter. Et on regrette qu'elle ne discerne pas l'occasion de faire preuve de lucidité, en étudiant plus attentivement si jusqu’ici, celles et ceux qui écornent la routine civique et juridique n’agissent pas, véritablement, en état de nécessité (rappelons sur ce point, le 13 janvier 2020, la louable exception du Juge Colelough). Si ce n'était pas si sérieux, on aimerait rire devant des considérants selon quoi les catastrophes à venir dans cinq, dix ou quinze ans ne sont pas une urgence « adéquate ».

Aujourd’hui, la détermination de celles et ceux qui, pour une cause qui le mérite hautement, militent en délaissant même études ou activité professionnelle (parfois en renonçant à procréer) devrait trouver un écho très différent, bien plus vigoureux, chez les politiques et dans l'ordre judiciaire. A l’évidence, il importe que chacun fasse preuve d'un peu de courage, pas seulement les activistes.

27/10/2021

Climat – Des gens de toute sorte qui s’engagent...

L'époque fait vivre des engagements forts qui interpellent. Je veux parler ici de ceux que déclenchent le dérèglement climatique et l'urgence d'agir à cet égard -  au moment où va s’ouvrir la COP 26 de Glasgow.

Je n'oublie en rien qu'on a vu dans le passé de tels engagements remarquables de milliers de personnes pour d’autres causes, souvent au péril de leur vie: récemment à l'époque sombre du nazisme, lors des luttes pour les indépendances, dans la défense de droits humains etc. Avec des figures absolument majeures comme Gandhi et Nelson Mandela... il y en a eu beaucoup.

Plus modestement, je pense donc à celles et ceux, jeunes, moins jeunes et beaucoup moins jeunes, qui agissent pour sensibiliser à l'urgence climatique (et qui n'ont pas perdu leur motivation malgré le funeste refus de la loi CO2 il y a peu). Vieux médecin à la retraite, j'ai établi des liens avec des professionnel-le-s de santé engagé-e-s au sein des "Doctors for XR/Extinction Rébellion". Des collègues femmes et hommes, dont une bonne demi-douzaine de professeur-e-s de la faculté de Lausanne (même sans activité annexe, être prof de médecine est généralement plutôt astreignant) qui ont le courage et trouvent l'énergie et le temps de défiler, ou parfois de se coucher sur le bitume brûlant, aux quatre coins du pays ;  et de prendre le risque de passer des nuits au poste et de se faire mal voir des "passants honnêtes" dont parlait Brassens dans "Bancs publics".

Parmi les jeunes, j'ai eu de contacts avec plusieurs ayant décidé, pour une période au moins, de consacrer tout leur temps à la cause climato-écologique, renonçant donc à gagner leur vie - ce que les passants honnêtes trouveront peut-être guère responsable. Je trouve hautement respectable, plus que cela j'admire.

Quelques éléments dans la presse récente :  "Ces militants ne sont pas des délinquants, leur but est d'attirer l'attention sur une situation gravissime. Ce sont des lanceurs d'alerte qu'il faudrait remercier" (l'avocat de Antoine Thalmann, récemment condamné à Lausanne  - 24 heures du 25 septembre).

"Il y a un peu de peur, bien sûr. Mais nous devons sortir de notre zone de confort ``- le mari d'un jeune couple qui a participé aux manifestations de XR à Zurich la semaine du 4 octobre. L'homme a pris des vacances pour deux semaines, l'épouse indépendante a libéré son emploi du temps et ils se sont organisés pour la garde de leurs enfants (24 heures du 4 octobre).

Et puis, parmi les beaucoup moins jeunes, il y a un incroyable couple lausannois, Isabelle et Pascal Veillon, 76 et 83 ans. Ils étaient à Zurich. Pascal a passé une nuit en cellule et Isabelle deux...  Ceci assorti de dizaines de jours-amende (Le Matin-Dimanche du 10 octobre). "Leur engagement pour la sauvegarde de la création, en faveur d'un mode de vie qui ne blesse pas l'environnement, trouve notamment sa source dans le sentiment que leur génération est en grande partie responsable du dérèglement", dit l'article.

Enfin, l'écho personnel d'une "Grand-parent pour le climat" qui elle aussi est allée sur les bords de la Limmat, depuis le Valais: "J'étais bien à la manif de Zurich et ai été arrêtée avec le reste du groupe. Impressionnant, quatre policiers par personne. Celui qui est venu me chercher dans le fourgon pour m'amener en prison m'a dit en bon français "C'est très bien ce que vous faites. Continuez." 

Faut-il rire ou pleurer ? Mais si même les policiers se mettent (en paroles pour commencer) à donner dans la désobéissance civile, peut-être ce pays superstable est-il en train de changer ? Même si jusqu'ici on attendait  beaucoup plus de lui sur le dossier climat.