10/01/2018

Un Prix Nobel mérité !

Non… je ne vais pas parler du Prix Nobel 2017 de chimie (mérité aussi, bien sûr) du biophysicien de Morges Jacques Dubochet. Mais de celui de littérature, attribué au Britannique d’ascendance japonaise Kazuo Ishiguro. N'ayant jamais entendu parler de lui, j'ai voulu le lire, commençant par son ouvrage Les vestiges du jour).

Je me suis régalé. Histoire du majordome, ordonnateur de la vie d’une grande « Maison » noble anglaise, le Darlington Hall, dans l’Entre-deux guerres. Illustration extraordinaire de cette fonction décrite comme un véritable sacerdoce. Avec la fierté et le flegme voire la raideur que cela inclut.  Pudeur des sentiments que l’on garde hermétiquement pour soi, vis-à-vis des maîtres comme des subordonnés.

Avec aussi la conscience aiguë du fait indiscuté qu’on n’est pas dans la même classe que les maîtres, que, aussi excellent qu’on soit, on est un « domestique » - qui ne saurait exprimer une opinion (ni même avoir une opinion) sur les choses qui, au-dessus de soi, retiennent l’attention du seigneur.

La forme est celle d’un récit de la vie à la propriété de Lord Darlington, par Mr Stevens. Il est un majordome et fils de majordome qui entre autres, par respect inconditionnel des règles, sera amené à infliger à son père l’indignité suprême de se voir écarter du service - alors que ce dernier, âgé, fatigué, se rend fautif de quelques inexactitudes. Plus tard, en 1959, alors que la propriété vient d’être achetée par un Américain, Stevens raconte les évènements importants qu’il a (entre-)vus se dérouler au château dans les années 1920-1930. Notamment à propos d’efforts de nobles et politiques anglais en vue d‘établir des liens « constructifs » avec l’Allemagne, blessée par les clauses du traité de Versailles. Efforts qui échouent et jetteront l’opprobre sur ceux qui les ont tentés.

S’entremêle à ces péripéties l’histoire de la relation professionnelle et humaine de Stevens avec la gouvernante qui lui est directement subordonnée. Où il transparait qu’une affection, plus ou moins rêvée par les deux protagonistes, aurait pu se développer ; mais les limites strictes de ce que qu’on peut dire/faire - ou ne pas dire/faire - ont laissé stériles ces potentialités.

The Remains of the Day met en scène un monde, une société, une culture ou sous-culture (ou plutôt, penseraient ses membres, une sur-culture !), qui pour l’essentiel a disparu. Days gone for ever… Tempi passati… Mais c’est passionnant.

A me lire, pensera-t-on que cette histoire de rigueur professionnelle corsetée pourrait être ennuyeuse ? Je ne peux m’engager pour d’autres mais j’ai trouvé fascinant d’un bout à l’autre. Plein à ras bord, à la britannique, d’humour, de « understatements », de sous-entendus distingués. Cela étant, je réalise que mon appréciation n'a pas la retenue des héros du livre : mon propos montre un enthousiasme petit-bourgeois (!?). Pour être au niveau du narrateur, il eût été impératif que je boude mon plaisir, ne le laissant apparaitre que par notes très discrètes, sans avoir l’air d’y toucher. Well… je n’ai jamais été de leur milieu, mais j’ai trouvé un intense plaisir à le côtoyer.