30/10/2019

L'imperméabiilité des Etats-uniens au défi climatique...

Très intéressant... triste.

Le magazine américain Time a consacré son édition du 23 septembre au dérèglement climatique. Time est bien sûr de ceux qui sont catastrophés par l’évolution de leur pays sous l'égide (si on peut dire) d'un vantard égocentrique - et  "pathological liar" comme cela a été dit lors d'un débat récent sur CNN.

Time a donc publié un bon dossier. Six réactions (courriers de lecteur), se félicitant toutes de ce que le journal mette l'accent sur ce défi majeur, ont paru dans le numéro du 14 octobre. Elles ont une caractéristique  frappante: elles émanent toutes de non-américains, vivant en Italie, Allemagne, Australie, Nouvelle-Zélande, France et Angleterre.

Ceci alors que, en général , les lettres d'Etats-uniens sont la majorité des commentaires. Impressionnant, consternant. Mais faut-il s'en étonner, la majorité de habitants du pays prenant ses infos sur Fox News... Les USA ne vont pas bien - et nous avec probablement.

02/05/2019

Partir pour apprendre, de Matthias Preiswerk (Editions de l’Aire, 2019) - A lire

Expériences et itinéraires d'un jeune Vaudois engagé, à l’époque de la saga de mai 68 et au-delà...

Matthias Preiswerk a passé quatre décennies en Bolivie, pays de son épouse, où il a beaucoup travaillé, enseigné, mis en route, dans l’éducation et la formation d’adultes. Depuis peu à la retraite, il a trouvé le temps de penser sa trajectoire de jeunesse : l’enfant et l’ado de Lutry d’abord, jeunesse active dans l’Eglise réformée et ses marges. Ce qui retient l’attention, ce sont les facettes diverses d’une trajectoire de jeune en recherche qui, avec d’autres, veut rendre le monde meilleur, plus équitable surtout - volontés d’ouverture, de dépoussiérage des modèles anciens. Cela prend place entre autres dans des mouvements de contestation : au sein de la faculté de théologie de Lausanne, secouée par deux grèves, et dans le cadre militaire - comités de soldats. Il vit aussi en communauté en pays de Fribourg voisin. Développement d’une conscience sociale, religieuse et politique.

Histoire de vie marquée par les espoirs et circonstances propres à sa génération, dans le foisonnement d’idées et pratiques nouvelles. Apprentissage lié à des personnes, institutions et mouvements alternatifs décrits de manière vivante. L’auteur s’attache à interpréter ce passé en vue d’y découvrir une réserve de sens.

Dans la foulée, on comprend bien qu’il s’engage dans ce qu’on appelait le tiers-monde, voulant apprendre ailleurs et, en toute modestie, faire bénéficier de ses compétences et de sa motivation des populations en grand besoin. Départ pour l’Amérique latine - à laquelle est consacrée le dernier chapitre, pour une carrière faite d’engagements pédagogiques, sociaux voire révolutionnaires.

L’intérêt de Partir pour apprendre sera vif pour qui a vécu les éveils, certains rêves et quelques turbulences, y compris dans notre calme pays, d’une jeunesse cherchant à se mettre au diapason de ce qui se passait ailleurs. Tout en rappelant ce qu’était notre société à ce moment de l’histoire. Celles et ceux en tout cas qui ont connu « en eux » les frémissements de l’époque – ou qui, plus jeunes, voudraient les toucher du doigt - s’y plongeront avec plaisir

L’ouvrage sera présenté à Pôle Sud, au centre de Lausanne, le jeudi 9 mai à 20 h., en présence du préfacier Bernard Crettaz

 

19/12/2018

Relations entre cultures – Ces choses qui bousculent nos références

J’ai été interpellé fin 2018 par les échos (notamment Le Temps du 28 novembre) d’une situation surprenante : les autorités indiennes suspendaient leurs tentatives de récupérer la dépouille d’un American (téméraire) tué par une tribu protégée, dans le Golfe du Bengale ; l’ONG « Survival International» les approuvait. Dans plusieurs endroits du monde, on limite ou on interdit l’entrée dans des territoires autochtones (y compris au Brésil, mais cela tiendra-t-il sous le président Bolsonaro ?). Justifié voire nécessaire, pour ce qui me concerne.

Cela suscite d’autres réflexions sur les rapports inter-cultures, moins marqués qu’auparavant par la suprématie alléguée des modèles du Nord-Occident, blanc et de tradition chrétienne. Loin d’ici aussi, ce dont traite un article de l’anthropologue Anne Lavanchy (24 heures du 28 novembre 2018) sur les Mapuche du Chili, suite à un assassinat : "Les revendications autochtones sont criminalisées au Chili, pays centralisé ne laissant qu’une place infime à des manifestations de diversité. Les partis politiques se rejoignent pour qualifier de terroristes les demandes de reconnaissance de la dette historique de la conquête, de droit à l’autodétermination, de récupération des terres. L’Etat chilien entretient des mécanismes structurels de discrimination."*

Autres registres : je me dis « émerveillé » par l’évolution des attitudes sociétales vis-à-vis de l’homosexualité et des LGBTI, même s’il reste du travail. Médecin cantonal, je constatais ici il y a 40 ans des jugements à l’emporte-pièce et des rejets massifs, sans discussion possible, qui frappaient. Le bulletin de décembre 2018 d’Amnesty salue le fait que la Cour suprême de l’Inde vient de déclarer que les relations sexuelles entre adultes de même sexe ne sont plus condamnables. Mais la peine de mort reste inscrite, pour cette cause, dans la loi de plusieurs pays. Lenteur des évolutions « dans le bon sens »… Bon sens qui pour moi serait fondé sur les Lumières et la Déclaration des droits de l’homme de 1948, dans le cadre de régimes démocratiques libéraux (au sens socio-juridique du terme). Mais ce modèle démocratique - dont j'ai pensé que son avènement était inéluctable partout - que le sens de l’Histoire était clair!, ce modèle a de la peine au sein même de l’Occident, avec la montée de régimes autoritaires dont les convictions démocratiques apparaissent de façade.

A cet égard, un titre du rédacteur en chef de la Neue Zürcher Zeitung (pas vraiment un organe populiste), le 1er décembre, intitulé « Die Ära der Werte ist vorbei » (l’ère des valeurs est passée), m’a bousculé. Article différencié, c’est vrai, tout en critiquant vertement la politique étrangère idéaliste de l’Occident récemment (jusqu’à l’arrivée de Donald Trump et quelques autres). Constatant le retour d’une « Realpolitik » sans grands scrupules.

L’ambiance générale n’est donc pas à plus de sensibilité et compréhension interculturelles. Je le regrette tout en imaginant que, avec mes « idées de jeunesse » du siècle dernier, je suis – ou vais être - dans une marge minoritaire.

 

*Sur le groupe de l’extrême Sud du continent, les Alakalufs ou Indiens de canot, il faut lire l’extraordinaire « Qui se souvient des Hommes… », de Jean Raspail (Robert Laffont, 1986), dont on ne sort pas indemne.