02/04/2019

Climat – Donner attention à la « Grande Accélération » !

La thématique climat est à la mode, certains pensent que ce n'est qu'une mode...   Les climato-sceptiqes, avec parmi eux quelque pourmille de gens qui se considèrent comme des scientifiques, sont certains qu'on est simplement dans des variations quasi "saisonnières". D'autres, tout en reconnaissant que le dérèglement est dû pour l’essentiel à l'action humaine, relèvent qu'il y a eu des variations au cours des millions d’années des ères antérieures..... Pourtant, nous sommes bien dans l'ère anthropocène, formatée/déterminée par l'homme et sa démesure.

A ce propos: ce qui n’est pas suffisamment connu et doit beaucoup plus retenir l’attention, c’est « The Great Acceleration », selon le terme de ceux qui ont mis en évidence cet état de faits très multifactoriel, notamment l’Américain Will Steffen et la Suédoise Wendy Broadgate : démonstration des croissances extrêmement rapides des productions, consommations et pollutions, au niveau mondial, tout récemment - au cours du dernier siècle. Leurs travaux montrent, dans 26 domaines, des évolutions exponentielles qui toutes actuellement tendent vers la verticale - de manière hautement problématique (http://www.igbp.net/globalchange/greatacceleration).

Il vaut la peine d'aller y jeter un oeil. Le changement que nous vivons s'est massivement aggravé en quelques décennies, pas en millions d’années – cette différence d’ordres de grandeur est déterminante pour qualifier d’urgence la situation actuelle.

13/09/2017

Chercher à faire revivre des espèces disparues ?

Les potentialités qu’apportent les avancées de la science alimentent nombre d’idées nouvelles voire de fantasmes Dans cet éventail, un supplément du Hastings Center Report américain (1) est consacré à une problématique concernant la nature – ou la Création : tenter de faire revivre des espèces éteintes ?

La biodiversité diminue rapidement - on parle de la disparition de 150 espèces par jour (parmi lesquelles, selon eux, certaines disparaissent avant même d’avoir été identifiées, cataloguées !). Même si au cours de l’évolution il y a toujours eu émergence d’espèces nouvelles et extinction d’autres, il est pour le moins souhaitable que cet appauvrissement soit freiné. L'idée est attrayante en soi de « ressusciter » des espèces disparues . Parmi les animaux d’une certaine taille, on citera l’aurochs, le grand pingouin, le vison marin, le dodo de l’Île Maurice, le tigre de Tasmanie.

Question : quelle devrait être la position des « conservationnistes » (militants de la protection des espèces) dans ce débat ? Donner leur aval éthique aux efforts de « dé-extinction » ou, dans l’optique de ne pas interférer indûment avec la nature telle qu’elle est aujourd’hui, s’y opposer ? L’Union internationale pour la conservation de la nature (basée à Gland) a émis en 2016 un document de principes formulant des règles à suivre, selon les cas, pour en décider.

Intéressant de se demander sur quelles raisons on se baserait pour choisir les cas qui « méritent » d’être ramenés de l’extinction. On pourra ne pas vouloir ressusciter des espèces considérées comme nuisibles, mais qui décidera du caractère nuisible, sur quels critères ? Modifier certaines espèces pour les rendre utiles (à qui ?) ; les réorienter dans leur écosystème ou dans un écosystème différent ? Qui sait si alors elles pourront y (re)trouver leur place ? Pour prendre des exemples qui jouiraient d’une certaine sympathie chez de vieux enfants comme moi, nostalgiques de romans situés dans la préhistoire, on pense au mammouth (2).

Débats éthiques ardus en perspective. Réfléchir à la question souvent posée actuellement : s’agissant de la vie, l’Homme est-il une créature ou un créateur, ou les deux ? Discuter de la dignité accordée aux espèces vivantes non humaines, éteintes ou existantes ; de ce qui serait manipulation motivée par hubris « scientifique » ou désir légitime de maintenir voire recréer de la biodiversité.

Et je n’aborde même pas les financements nécessaires. Combien d’argent consacrer à « ressusciter » des espèces animales, végétales voire humaines… (tribus disparues du Nouveau Monde ??), plutôt que chercher les voies et moyens de soulager les problèmes de violence et de guerre, de faim et d’aliénation de ceux qui vivent ici et maintenant…

 

1.Hastings Center Report, July-August 2017, vol. 47, Supplement S2.

2.voir l’ouvrage de Beth Shapiro « How to clone a mammoth – The science of de-extinction», Princeton University Press, 2015.

 

 

08/09/2016

Marche et escalade, vocations d'un atypique étonnant

 

A propos de: Sylvain Tesson, "Petit traité sur l’immensité du monde"

Editions des Equateurs, 2005 - réédition 2016.

Sylvain Tesson est cet écrivain français qui depuis une quinzaine d’années fait partager au lecteur ses périples, avec un tropisme particulier pour la Russie et l’Asie. Réflexions sur l’espace, le temps, le besoin de partir : « Une force extérieure m’emporte avec la régularité d’un battant d’horloge. Je me laisse faire, j’ai détecté dans le voyage aventureux un moyen d’endiguer la course des heures sur la peau de ma vie ». Les nomades de son genre, dit-il, « se tissent un destin, pas à pas. Impossible de les assimiler à une confrérie : ils n’appartiennent qu’au chemin qu’ils foulent ».

L’auteur a étudié la géographie, « à cause de sa vertu voyageuse. La géographie a été inventée parce que des hommes à l’esprit curieux voulaient comprendre comment s’ordonnançaient les choses à la surface de la terre. [C’est] la plus belle des disciplines.

Il se veut un wanderer:  « Les vagabonds romantiques allemands cultivaient une certaine manière de voyager. Il leur suffisait de se sentir en mouvement, environnés de la beauté des campagnes, avec l’âme ouverte à tous les vents ». Dans l’effort de longue durée : « Sur la piste, pour combattre le vide, il y a la poésie (…) Scandez un verset jusqu’à l’obsession : vous oublierez vos ampoules ». Efficacité de la mantra que l’on répète assidûment.

Depuis sa prime jeunesse, avec des amis, il a pratiqué l’escalade clandestine - de nuit - d’édifices publics, cathédrales entre autres. Récit des mondes découverts : complexité des flèches de pierre et des charpentes, rencontres des témoignages laissés par les constructeurs ou d’autres (...) Nous cherchions leurs traces à la croisée des transepts. A la croisée des siècles ». La liste des ascensions entreprises impressionne !*.

 Dans un autre chapitre, Tesson dit qu’il redeviendra humaniste lorsque cessera la suprématie du mâle. « Je souffre à chaque instant de me heurter, où que je porte mes pas (aux rares exceptions des pays scandinaves, de vallées himalayennes et de jungles primaires) à la toute-puissance de la testostérone. Il me semble que l’humanité a érigé en divinité le mauvais chromosome. J’ai  souvent vu des femmes affairées aux moissons pendant que les hommes s’adonnaient  à l’occupation de suivre l’ombre d’un arbre à mesure que le soleil se déplace… J’ai partagé des dîners à la table du maître de maison pendant que la mère de famille se nourrissait par terre ».

 Il annonce l’expérience qu’il vivra durant six mois en 2010 sur les bords du lac Baïkal : « J’ai envie de finir dans une cabane de rondins de bois. Je ne quitterai pas cette vie avant d‘avoir vécu une expérience qui  concentre les fruits de la vie vagabonde : la liberté, la solitude, la lenteur, l’émerveillement ». Tout en exprimant une inquiétude écologique : « Je m’interroge sur le prix que nous devrons payer à la planète en la quittant. C’est que j’ai horreur de me sentir débiteur. Puisque nous ne faisons qu’emprunter [ la terre] depuis le premier jour de notre existence, il serait juste de s’acquitter (…) Le vagabond est plus redevable encore que les autres car non content de cueillir les fruits du monde il a passé sa vie à se gorger de ses beautés ». Sur ce dernier point, je ne peux guère être d’accord, les (hyper-)consommateurs sédentaires font plus de dégâts que les nomades.

 

*Audace, témérité … en août 2014 près de Chamonix, grimpant la façade de la maison d’un ami, il a fait une chute grave dont il réchappe de justesse et garde des séquelles.