14/05/2018

La vieillesse, là où je vais vivre…

« Je m’intéresse à la vieillesse, parce que c’est là que je vais passer le reste de ma vie » - je paraphrase le comédien américain George Burns, qui parlait du futur (« where I’ll spend the rest of my life »). Le fait est que, participant à des discussions sur le grand âge, je me dis que c’est de moi qu’on parle. Dans un dossier du magazine Time du 26 février dernier, on lit : « La mort est vue souvent comme une bonne chose pour une société qui aspire à être créative ; si votre temps est compté vous réalisez plus.» « Une étude a comparé les mots positifs et négatifs dans des blogs de personnes en phase terminale et d’autres qui ne l’étaient pas. Les mourants étaient plus positifs» ! Le prof. G.D. Borasio, du CHUV, dit que les personnes en fin de vie se montrent plus altruistes.

En avançant en âge, ce n’est plus réaliser et amasser des choses qui est le plus important, mais bien les donner plus loin ». Il faut apprendre à prendre le temps de faire - ou de ne pas faire - les choses. Apprendre aussi à accepter l’inachevé (dans notre parcours quel qu’il soit).

J’assistais récemment à une réunion à ce propos. Un orateur a parlé des vues de C.G Jung sur la dernière partie de la vie. Il s’agit de retrouver ou développer des choses qu’on a négligées (cela parle à ceux qui ont été pris entièrement ou presque par leur travail durant des décennies). En rapport avec nos réussites d’adultes, il  a cité cette formule zen : « Celui qui a atteint son but a manqué tout le reste » !? Redonner du goût à l’attente, a dit quelqu’un.

Comme dernière étape de l’âge qui avance, il y a celle de la résilience, comprise comme l’apprentissage à croître à travers les déclins (les déficits, les déchirures). Citant aussi le sociologue F. Höpflinger, de Zurich : « Nous avons appris à rester jeunes plus longtemps, nous n’avons pas appris à aimer la vieillesse ».

Croitre à travers les déclins, aimer la vieillesse… Idéalement, c’est à quoi nous devons nous préparer. Ce beau programme toutefois sera-t-il celui adopté par le plus grand nombre ? La tentation pourra être de sauter cette ultime phase dont certains penseront qu’on peut l’éviter par un raccourci... Tel que le suicide assisté, dont je pense qu’il doit rester une transgression mais dont on voit qu’il fait de moins en moins peur. Il y a quelques mois, un vieil ami m’a demandé d’être à côté de lui dans ces circonstances - bien particulières.

 

 

19/11/2017

Deux humanistes parlent de leur mort à venir

 

 

A propos de

Bernard Crettaz et Jean-Pierre Fragnière

Oser la mort

Editions Socialinfo, Lausanne, 2017, 164 pages.  CHF 26.-

Les auteurs sont bien connus. Crettaz, ancien conservateur au Musée d’ethnographie de Genève, a créé le concept de « Cafés mortels » où on échange informellement sur la mort, dont il animé une centaine de réunions. Fragnière, qui a enseigné la sociologie à l’EESP de Lausanne et à l’Université de Genève, a eu une intense activité d’éditeur depuis plus de trente ans.

A la retraite mais très actifs, ils écrivent sur la mort. Crettaz enrichi par l'expérience des Cafés mortels. Fragnière lui notamment sur la base de son expérience souvent lourde au contact de la médecine et des hôpitaux. Tout académiques qu’ils sont, ils sont ainsi des explorateurs de la mort sur des plans très pratiques.

La société ancienne et la nouvelle. « Nous avons été élevés entre le catéchisme, le régent voire le gendarme. Tout cela sous l’œil vigilant de la voisine occupée à assumer le contrôle social, l’efficace ancêtre de nos caméras modernes. On apprenait très tôt qui était habilité à définir les règles et à trancher les conflits. La rapide fragilisation de ce système a ouvert des espaces au marché de la gestion des comportements (…) On observe une véritable marchandisation de la mort. Parmi d’autres les croque-morts en sont les représentants. Ils ont pris la place des clergés. »

Deux types de cheminements. Crettaz se décrit comme vivant le vieillissement « par glissade », descente de la pente par le poids des ans : « Je me trouve très seul à l’heure où les faits me signifient que je suis vieux, lorsque des tremblements grippent les gestes quotidiens, quand la sauce tache ma chemise. » Fragnière lui, parlant de lui et d’autres comme de survivants (à la faveur des progrès médicaux) décrit une « vie et mort en escalier », avec la répétition de soucis graves et de retours à meilleure santé - un « cache-cache avec la mort ».

Vers la fin… « Sur les rivages de la fin, nous ressentons une forte invitation à desserrer les liens, à faire le vide, à laisser place aux interrogations. Nous devinons qu’il sera impossible d’échapper à l’hésitation et aux incertitudes. » Evocation de l’option de décider de s’en aller quand la vie devient trop lourde (éventualité du suicide assisté) aux pages 107-108.

Conclusion : « Au terme de l’aventure de ce livre, nous savons ce que nous devons aux vivants, nous reconnaissons également tout ce que nous devons aux morts. A tous ceux qui ont arrosé la société dans laquelle nous avons trouvé notre chemin, qui vivent en nous parce qu’ils nous ont transmis leur patrimoine et guidé beaucoup de nos choix. Et aussi parce qu’ils nous ont  laissé vivre. »

Pour chacun, ce livre apporte du grain à moudre, il fait se demander si on ne devrait pas consacrer plus d’attention à la mort qui va venir. Ceci sur un mode dialoguant, proche de la vie pratique - et de la mort pratique, dans des pages relevant ce qu’il fau(drai)t préparer en vue de sa propre mort ou décrivant, parfois des démarches funéraires. Pour finir, cette parole de Sénèque : « Personne ne se soucie de bien vivre mais de vivre longtemps, alors que tous peuvent se donner le bonheur de bien vivre, aucun de vivre longtemps. »

 

 

 

 

11/07/2017

Personnes agées dépendantes : jeûner dans le but de mourir ?...

L e 6 juillet, l’émission "Schweiz aktuell" de la première chaîne de télévision alémanique (SRF 1) a présenté un court reportage sur la réalité occasionnelle du "jeûne pour mourir" (Sterbefasten) chez des personnes âgées, notamment en EMS, qui, pour des raisons diverses, souhaitent s'en aller.

Interview de soignantes et de proches qui ont vécu de telles situations, qu'elles ont comprises.

La Haute Ecole de St-Gall  mène une étude pour obtenir des données plus précises, si possible quantitatives, au niveau suisse.

Encore  une éventualité, dans le domaine de la santé et de l'accompagnement des seniors, qui demande une réflexion éthique.