18/03/2020

Corona-crise, corona-émotion, corona-mesures - Nos autorités sont mises au défi de faire juste... la société aussi(I)

 
 
En ce moment, en plus de suivre attentivement l’actualité (comme chacun), le  médecin cantonal à la retraite que je suis a surtout des sentiments de sympathie, d'admiration aussi, pour mes collègues en fonction, les magistrats au service desquels ils agissent et bien sûr toutes celles et ceux qui ont pour mandat et vocation de soigner les personnes touchées, d'une part et aussi, d'autre part, de gérer l'épidémie, maintenant pandémie, de manière qu'elle soit jugulée de la meilleure manière. Ou faudrait-il dire de la "moins mauvaise manière" ? La vie professionnelle et personnelle m'a appris qu'il y a des situations où il n'y a aucune bonne solution mais seulement des mauvaises et des moins mauvaises  - et qu'il importe de rechercher la moins mauvaise.
 
On lit et entend un certain nombre de commentaires ou demandes estimant que le Conseil fédéral n'a pas fait assez fort assez vite. Je ne suis pas sûr et je conserve ma confiance à notre Gouvernement. Une remarque importante à ce sujet:
 
La politique est un domaine difficile. J’ai écrit à l’époque un article sur le fait que dans ces circonstances urgentes, menaçantes, il est impossible (même si impossible n'est pas français...) aux gens de santé publique et aux politiques au-dessus d'eux de faire "juste". Ils ne font "jamais juste" parce que:
 
- s'ils ont pris des mesures fortes, rapides et coûteuses et qu'il ne se passe pas grand-chose, ils seront l'objet de critiques selon lesquelles ils ont manqué de jugement, ont paniqué et gaspillé l’argent public (en France, pour le H1 N1 si ma mémoire est bonne, le Ministère français de la santé a commandé quelque 90 millions de vaccins qui n'ont pas été utilisés - mais ont néanmoins amélioré le bilan de quelques pharmas).
 
- quand les choses deviennent sérieuses, graves, très graves, comme dans le cas actuel, les pouvoirs publics n’ont jamais fait assez ni assez vite, n'ont pas vu passer le ballon, ont dormi sur ce dossier....

19/12/2019

La folie des armes aux USA - Une (petite) bonne nouvelle... de Noël ?

On sait l’incroyable "sacralisation" dont fait l'objet dans la moitié de la population états-unienne l'amendement de leur Constitution qui dit que chaque Américain a le droit de porter une arme. La National Rifle Association est la très puissante organisation, financée richement par des fanas des armes et de cet amendement - qui s’oppose bec et  ongles à toutes mesures de prévention et de limitation de la disponibilité des armes à feu - avec donc le cortège de tueries et de massacres que nous savons.

Pour qui (comme moi) craignait que la situation ne soit véritablement verrouillée, une bonne nouvelle tombe: par la grâce d'une entente bipartisane au Congrès (chose bien rare par les temps qui courent), une décision a été prise d'autoriser l'allocation de 25 millions de dollars à des recherches sur la violence liée aux armes.

NB: ce n'est pas encore une action préventive... Simplement, il y aura un peu d’argent public pour étudier ce contexte dramatique. Alors qu'un tel financement avait été prohibé depuis vint ans.

Well... une hirondelle ne fait pas le printemps, c'est un petit progrès. Mais cela pourrait être le pied dans la porte qui peut augurer d’autres mesures, plus directement efficaces. On a toujours le droit d'espérer. Joyeux Noël.

09/10/2018

La Suisse n’a pas ratifié la Convention contre le tabagisme – Simplement inadmissible

Difficile pour les milieux qui se préoccupent de santé d’accepter que notre pays ne veuille pas reconnaitre le danger majeur qu’est le tabac (10’000 morts par an en Suisse). Mes confrères anglo-saxons parlent de cette industrie comme d’une « marchande de maladies ». La majorité du Parlement fédéral ne veut rien savoir de l’histoire des prises d’influence et manœuvres de Big Tobacco (savoir, l’industrie mondiale du tabac dont des membres importants ont leur siège chez nous), depuis des décennies : désinformation, dénégations indignées, manœuvres dilatoires pour éviter l’instauration de limites à la vente ou la publicité – alors que de telles limites font baisser la consommation. Non contente de manipuler les chiffres attestant de la nocivité du produit, on peut dire qu’elle tente de manipuler les consciences, celles des cibles de leurs lobbyistes.

24 heures a évoqué récemment à juste titre l’émission « Temps présent » de la RTS du 6 septembre, intitulée « Attention, ce Parlement peut nuire à votre santé », sur les liens très discutables (le mot est très faible) de dizaines de politiciens inféodés à cette industrie. Y compris dans le cadre d’un groupe dit « pour une prévention raisonnable », qui en réalité freine des quatre fers pour éviter toute prévention.

Le Conseil national vient de refuser à quelques voix près une mesure (minimale) visant à limiter la publicité auprès des jeunes. Je connais passablement de parlementaires bourgeois mais n’arrive guère à réconcilier notre amitié avec leur opposition à la protection de la santé.