09/10/2018

La Suisse n’a pas ratifié la Convention contre le tabagisme – Simplement inadmissible

Difficile pour les milieux qui se préoccupent de santé d’accepter que notre pays ne veuille pas reconnaitre le danger majeur qu’est le tabac (10’000 morts par an en Suisse). Mes confrères anglo-saxons parlent de cette industrie comme d’une « marchande de maladies ». La majorité du Parlement fédéral ne veut rien savoir de l’histoire des prises d’influence et manœuvres de Big Tobacco (savoir, l’industrie mondiale du tabac dont des membres importants ont leur siège chez nous), depuis des décennies : désinformation, dénégations indignées, manœuvres dilatoires pour éviter l’instauration de limites à la vente ou la publicité – alors que de telles limites font baisser la consommation. Non contente de manipuler les chiffres attestant de la nocivité du produit, on peut dire qu’elle tente de manipuler les consciences, celles des cibles de leurs lobbyistes.

24 heures a évoqué récemment à juste titre l’émission « Temps présent » de la RTS du 6 septembre, intitulée « Attention, ce Parlement peut nuire à votre santé », sur les liens très discutables (le mot est très faible) de dizaines de politiciens inféodés à cette industrie. Y compris dans le cadre d’un groupe dit « pour une prévention raisonnable », qui en réalité freine des quatre fers pour éviter toute prévention.

Le Conseil national vient de refuser à quelques voix près une mesure (minimale) visant à limiter la publicité auprès des jeunes. Je connais passablement de parlementaires bourgeois mais n’arrive guère à réconcilier notre amitié avec leur opposition à la protection de la santé.

 

 

 

06/03/2018

Prévention du suicide - Un ouvrage très complet

Laurent Michaud et Charles Bonsack (dir.publ). Prévention du suicide. Chêne-Bourg/Genève : Médecine et Hygiène, 2017, 375 pages.

Sur un sujet de grande importance, près de 80 auteurs ont contribué à ce livre fourni, précis. Moitié de femmes et moitié d’hommes, attachés à des services du CHUV pour deux tiers d’entre eux. La plupart sont psychiatres-psychothérapeutes. Une trentaine sont d’autres disciplines.

Huit parties. La première présente le contexte global du suicide, la seconde le modèle de rencontre, évaluation et intervention utilisé. On différencie trois niveaux : la prévention universelle (visant toute la population), la prévention sélective (à l’endroit de groupes à risque) et la prévention dite indiquée (pour ceux à risque manifeste). Sont évoqués l’intervention scolaire, la coopération avec les médias, la prévention situationnelle (limitation de l’accès aux moyens - considération majeure de santé publique, qu’il s’agisse de médicaments , d’alcool ou d’endroits qui se prêtent au suicide - et bien sûr, si nous étions aux USA, il faudrait limiter drastiquement la disponibilité des armes à feu).

Les parties suivantes abordent chacune une problématique spécifique : Suicide et … périodes de la vie, … problèmes de santé, … dispositifs de soins. Puis on traite des possibles déterminants sociaux et politiques. Parmi les sujets moins « classiques » : suicide et … spiritualité, formation, incarcération, migration, LGBT, violence contre autrui, addiction, en périnatalité.

Chacun de ces chapitres (chacun « pièce d’un large puzzle ») s’organise selon la même structure : 1) vignette clinique ; 2) Que faut-il savoir (point sur les connaissances) ; 3) Comment rencontrer et évaluer ? (particularités de la situation clinique présentée) ; 4) Comment intervenir ? (ce qui est efficace ou l’est moins) ; 5) A quoi être attentif ? (notamment, erreurs à éviter) ; 6) le suivi/l’issue de l’histoire présentée.

Dans la préface (d’une Québécoise et d’un Lyonnais) : «Dans chaque cas, le lecteur est confronté  à une situation spécifique qui lui montre la prévention en mouvement, de l’impasse d’une souffrance insurmontable à l’ouverture  d’un chemin qui préserve la vie. » « Il nous est aisé de faire partager notre enthousiasme. Ouvrage homogène et plein de vie, avec une colonne vertébrale robuste."

A noter enfin que le dernier chapitre traite du suicide assisté. J’ai apprécié, en huit pages, une présentation basée sur l’expérience professionnelle et humaine de l’auteure, factuelle, non-jugeante, équilibrée quant aux enjeux éthiques et pratiques que pose cette problématique - qu’il n’est plus possible aujourd’hui d’ignorer, ni de vouer aux gémonies.

 

 

 

22/02/2017

Diminuer le sucre dans notre alimentation - Améliorer la santé a parfois des exigences

Le Conseil d’Etat présente (24 heures du 18 février 2017) un projet visant à faciliter l’accès aux soins dentaires pour les enfants et les personnes qui ne sont pas en mesure de les payer. S’agissant du financement, il propose d’introduire une taxe sur les boissons sucrées. C’est là une démarche pertinente, qui ne mérite en rien des quolibets sur une « sérieuse atteinte » à la liberté de se comporter à sa guise. En plus de la carie dentaire, la consommation de sucre est un facteur majeur de la grave l’épidémie d’obésité que connaissent nos pays – obésité qui fait le lit de nombreuses complications et est une vraie urgence de santé publique. Aux Etats-Unis et ailleurs, des mesures pour rendre moins facile, moins routinière, l’absorption de quantités excessives de produits sucrés (par exemple en diminuant leur concentration) ont été introduites avec succès. L’idée du Conseil d’Etat va dans le bon sens et découle d’une logique comparable aux taxes sur le tabac ; il est normal d’imposer en conséquence ce qui cause d’importants frais médicaux.  On peut ne pas aimer ces augmentations de prix mais elles ont une efficacité démontrée. Je note qu’une autre possibilité mise en oeuvre est de mettre une limite à la contenance des bouteilles de boissons sucrées (si vous avez en main une bouteille d’un litre et demi plutôt que de 300 cc., la probabilité est évidente que vous absorberez plus de mauvais sucres).

Peut-on rappeler que la liberté, ce n’est pas avoir le droit de faire tout et n’importe quoi, mais de pouvoir tout faire ce qui ne nuit pas à autrui. Or, en facilitant la consommation de boissons (trop) sucrées, on fait du tort.