15/08/2017

Le Graap: trois décennies de partenariat avec les personnes fragiles

A propos de : Folie à temps partiel – d’objet de soins à citoyen

Stéphanie Romanens-Pythoud et coll. (Médecine et Hygiène, 2017, 208 pages).

Cette somme décrit l’histoire riche et parfois mouvementée, en Suisse romande des mouvements d’accompagnement et soutien aux patients psychiques. Il est publié à l’occasion des 30 ans du Graap (groupe d’accueil et d’action psychiatrique) vaudois, conjointement avec ses homologues fribourgeois (afaap) et neuchâtelois  (anaap).

« Les associations  dérangent... et c’est indispensable ! Il leur appartient de mettre le doigt sur les failles et incohérences des systèmes médicaux et sociaux, de dénoncer les pratiques inacceptables », dit la juriste Béatrice Despland dans sa préface. Jeune médecin cantonal lors de la création du Graap, je peux confirmer qu’il a parfois dérangé… Nous avons eu des échanges vifs mais, avec l’autorité sanitaire au service de laquelle j’étais, nous avons reconnu le caractère constructif et la volonté de partenariat du Graap. Au chapitre 1 est rappelée la mouvance anti-psychiatrique des années 1970, y compris la contestation vive, surtout à Genève, des électrochocs (à noter que, en 2017, cette méthode connaît une certaine réhabilitation).

Madeleine Pont, co-fondatrice du Graap, a été une force majeure ; travaillant dans les années 1970 comme assistante sociale, elle « a le sentiment que les assistants sociaux ne touchent pas leur cible par le seul travail individuel avec les clients. Elle est convaincue qu’il faut responsabiliser les personnes concernées et qu’en groupe elles pourront résoudre elles-mêmes leurs difficultés. » Après vingt ans d’activité, le Graap a connu une période difficile, liée à un fonctionnement très (trop ?) démocratique. Les problèmes ont pu être surmontés par la création d’une fondation aux côtés de l’association. « Cela ne s’est pas fait sans drames, départs et licenciements mais cette transformation était indispensable ». Elle dit:"Avoir le pouvoir sur… c’est être au service de » - belle formule

Une section est consacrée à la place et aux rôles des proches des patients, sous le titre « Du proche coupable au proche partenaire ». Il est vrai qu’on voit/voyait à leur égard une certaine méfiance.  Témoignage : « Il y avait énormément de culpabilisation des familles dans les années 1980. Quand notre fille avait moins de 18 ans, oui, on était informé. Mais dès qu’elle a été majeure, ça a été fini ». Les associations ont élaboré une Charte des proches, publiée en 2013.

« Pour les associations de défense des droits [en matière de] santé mentale, il est urgent qu’un changement profond s’opère, pour que d’autres compétences que les aptitudes professionnelles soient valorisées. » Est discutée la question du travail : « Peut-on pleinement exister, être épanoui, sans travail salarié ? » La réponse des auteurs est clairement oui. Beaucoup de ce que les personnes font jour après jour (y compris le travail sur soi et sa maladie) est un vrai travail.

Lecture recommandée.