24 Heures

14.09.2009

La médiation, bien utile dans les litiges soigné-soignant

 

 

 

 

Suite à une révision de 2002 de la loi vaudoise sur la santé publique a été institué le Bureau cantonal de médiation santé (Ruchonnet 57, 1003 Lausanne). Eléments du rapport d’activité 2008 de sa responsable : « Comme précédemment, le dialogue et le débat dans un esprit authentique ont permis aux personnes en conflit de mieux se comprendre et de trouver des solutions amiables. Nous avons assisté à de véritables réconciliations auxquelles on ne s’attendait pas forcément, et à la construction de projets communs. Cette transformation des relations après quelques heures de séance est saisissante ». Plus loin : « Les patients et leur famille mettent en exergue la sérénité retrouvée et la satisfaction d’avoir été entendus, la chance d’avoir découvert le professionnel sous un autre visage (…) Les professionnels font part d’un soulagement, satisfaits d’avoir pu s’exprimer dans un lieu neutre, sans jugement ». A noter qu’aucun professionnel de la santé n’a refusé de venir en médiation, alors que la démarche est toujours et doit rester volontaire.

 

Quelques chiffres : la médiatrice s’est occupée en 2008 de 176 situations, dont 87 ont été orientées vers une autre instance, le problème présenté n’étant pas de son ressort (aléas thérapeutiques, contestation d’honoraires, litiges avec les assureurs). Elle a réalisé 25 médiations directes (rétablir le dialogue entre les personnes au cours d’une séance commune) et 13 médiations indirectes (quand le conflit est si aigu qu’il pourrait dégénérer si les protagonistes sont en présence). Ces 38 médiations, dont 32 ont été jugées réussies, ont été demandées par le patient dans 21 cas, leur famille dans 13 cas et le professionnel dans 4 cas.  

 

Motifs du recours à la médiation : dans un quart des cas chacun, le problème était lié au droit à l’information, au consentement éclairé ou à un comportement inadéquat du professionnel (atteinte à la dignité du malade notamment) ; dans 6 cas, il y avait difficulté d‘accéder au dossier médical .

 

A côté de la  médiation, deux commissions ont été instituées par la loi vaudoise, chargées d’instruire les plaintes pour non-respect des droits reconnus aux patients. Médiation et commissions officielles d’examen ont chacune leur place ; du point de vue de l’efficience et de la rapidité de traitement des situations, on peut conseiller d’avoir d'abord recours à la médiation.

 

 

 

28.05.2009

Santé dans le monde : les Grands écarts !

Selon des rapports de l’OMS et de l’UNICEF, aucun taux de mortalité ne met en évidence un fossé aussi dramatique entre pays défavorisés et industrialisés que la mortalité maternelle - à savoir durant la grossesse ou en couches. Le risque de décès maternel au cours de la vie de la femme est d’un sur sept au Niger (une femme sur sept !) contre un sur 47'600 en Islande. Nombreux sont les médecins suisses qui, au cours de périodes de travail outremer, ont  touché cette réalité - pas seulement du bout du doigt. Je discutais cet exemple dans des enseignements de santé publique à des étudiants en médecine ou en soins infirmiers.

 

La plus grande partie de ces morts sont évitables par des moyens thérapeutiques relativement aisés à mettre en œuvre même dans des pays pauvres. Ici, souligner que les progrès à cet égard sont ralentis, de manière massive souvent, par la condition de dépendance et d’oppression de la femme, gardant tout au long de sa vie un statut de mineure non autonome -  ainsi que par les effets pathogènes d’ukases religieux ou prétendus tels (qu’il s’agisse de religion d’ici ou d’ailleurs).

 

En avril dernier, la Commission nationale d’éthique (CNE) organisait à Berne un symposium pour honorer le Prof. Ch. Rehmann-Sutter, qui l’a présidée depuis son institution en 2001. Pas inutile de rappeler que le « Gärtlidenken » (esprit de clocher ou de jardinet) qui continue parfois à prévaloir dans ce pays a contraint cet homme remarquable à accepter l’offre d’une université allemande - s’il entendait pouvoir, dans des conditions acceptables, rester le gagne-pain de sa famille. A été  rappelé ce jour-là la phrase de Martin Luther King « De toutes les formes d’inégalité, l’injustice en matière de soins de santé est la plus inhumaine » (ce qui semble compris par le Président Obama mais pas vraiment par certains de nos « partenaires » au sein de système de santé suisse). L’OMS et d’autres rappellent que « l’injustice sociale tue ». Des constats qui demandent qu’on soit plus engagé, plus sérieux, à l’interne et à l’externe vis-à-vis des pays du Sud.

 

29.03.2009

Vouloir le bien, faire le lit du mal

 

 

 

S'agissant du sida, les faits sont terribles en Afrique au Sud du Sahara; c'est, de loin, la région du globe la plus touchée par le sida : alors qu’elle compte 12 % de la population mondiale, plus des deux tiers de toutes les personnes contaminées par le virus VIH y vivent et on y enregistre les trois quarts des morts dues à la maladie… Cette fréquence est liée à des modes des de vie - notamment le statut social inférieur de la femme ; l’expérience de terrain montre que faire évoluer les cultures est une affaire de très longue haleine ; il y faut de la persévérance et de la compréhension des gens. Dans ce contexte, des admonestations vertueuses à l’abstinence sont hors sol, « extra-terrestres ». Elles peuvent influencer ici et là quelques fidèles mais ne sauraient avoir un impact à la mesure de l’urgence. Comme tous les responsables de la lutte contre le sida l’expriment fortement, le préservatif, loin d’être le diable que décrit Rome, est un moyen préventif simplement indispensable. Le fait est que dans ce registre comme dans quelques autres, les prescriptions de la Curie sont « hors de ce monde », et je ne parviens pas à vouloir forcer sur ce monde ce qui vaudra dans l’autre quand cela fait le lit du mal et la maladie. Devant de tels décalages, je sais le désarroi d’amis catholiques engagés. Combien de temps accepteront-ils de dire « Quand je ne comprends pas, j’obéis » ?

 

Dans ce canton depuis vint ans, nous avons collaboré, y compris avec des prêtres catholiques, à prévenir le sida par une éducation ouverte, non repoussante, sur la sexualité, permettant une gestion équilibrée par les jeunes de cette dimension de leur vie. De nombreuses observations montrent que cela prévient mieux les maladies vénériennes, les grossesses adolescentes et les dommages liés à l’ignorance, que les injonctions simplistes qui interdisent. Si bien sûr personne ne s’oppose à des objectifs élevés, la condition impérative, ici comme ailleurs, est que le propos corresponde à quelque chose dans l’existence de ceux auxquels on s’adresse. La réalité est, primo, que les exhortations du pape n’ont pas réellement de sens dans les conditions de vie des populations auxquelles il rend visite et, segundo, qu’elles prennent de manière désastreuse le contre-pied des efforts de prévention.

 

Le plus choquant c’est que les pays concernés sont ceux qui ont le plus besoin d’une approche pragmatique, qui ne juge pas, puisque que le sida continue à les ravager (alors que chez nous la situation est pour l’essentiel sous contrôle, grâce à la prévention et aux thérapies actuelles – thérapies souvent inaccessibles en Afrique). Cela étant, n’y a-t-il pas une forme de mépris des Africains à insister sur un discours ignorant les circonstances de leur vie quotidienne ? Un discours que dans nos pays la large majorité n’écoute plus. S’il n’y a pas mépris, pour le moins y a-t-il abandon, par le refus de considérer la réalité. Faut-il rappeler que la compassion devrait être une vertu chrétienne majeure ?

Dr Jean Martin, ancien médecin cantonal

13.02.2009

Rougeole: augmenter la part de non-vaccinés n’est pas une attitude responsable.

L’individualisme parfois dévoyé qui marque la société occidentale a pour corollaire un affaiblissement de la notion d’appartenance à une collectivité et d’une certaine responsabilité à assumer à l’égard de cette dernière -  aussi modeste que soit sa propre position. Ainsi dans le débat réalimenté par l’émergence de dizaines de cas de rougeole. A la différence de la situation de populations très défavorisées, on a pu raisonnablement renoncer chez nous aux vaccinations obligatoires (j’ai ai été partie à la suppression de la dernière sur Vaud, celle contre la diphtérie). Ceci pour éviter des épisodes  rocambolesques telles que faire vacciner un enfant entre deux gendarmes… Par contre, distinguo essentiel, non-obligation ne veut en rien dire qu’il y ait doute sur l’utilité des vaccins. Ils sont et restent un moyen excellent, indispensable, d’amélioration de la santé de la population et c’est le devoir des responsables médicaux de les recommander expressément.

 

Quid alors des milieux qui s’y opposent ? Dans ma fonction officielle, je n’ai jamais voulu de chasse aux sorcières vis-à-vis des praticiens complémentaires ; j’ai des amis homéopathes. Mais je suis très en colère d’entendre certains d’entre eux affirmer avec aplomb des choses fausses, sans base scientifique, alléguant que leur vérité vaut bien celle de la médecine scientifique. Ce n’est pas vrai; je ne nie pas du tout qu’il y ait une place pour l’expérience empirique dans les soins mais des professionnels n’ont pas le droit de dire n’importe quoi. Me souvenant que j’avais à instruire des affaires disciplinaires, je note que certains propos de médecins disqualifiant les vaccinations et niant les risques des maladies qu’ils préviennent mériteraient que leur droit de pratique soit remis en cause. Et il est approprié qu’une enquête soit ouverte à l’endroit de ceux qui négligent l’obligation de déclaration prescrite par la loi sur les épidémies.  

 

Sur la responsabilité des parents qui ne font pas vacciner leurs enfants : ils doivent réaliser qu’il importe qu’un haut pourcentage (90% et au-delà) des enfants soient immunisés pour que la collectivité soit protégée. Si les non-vaccinés sont suffisamment rares, il ne peut y avoir épidémie mais le danger grandit rapidement s’ils sont plus nombreux. Je souhaite une société libérale qui ne contraint pas indûment ses membres, mais une société aussi où chacun fait sa part pour le mieux-être collectif. Augmenter la part de non-vaccinés n’est pas une attitude responsable.

 

Dr Jean Martin, ancien médecin cantonal

 

 

15.09.2008

L’idéologie ne fait pas avancer la prévention !

 

On s’émerveille de voir les contorsions de responsables républicains américains devant les contradictions entre telles prises de position vigoureuses de leurs ténors et les faits de la vie. Ainsi la grossesse d’une fille adolescente de Sarah Palin, candidate à la vice-présidence : bien embêté qu’elle ait à l’évidence eu des relations sexuelles hors union conjugale, on s’étend avec admiration sur le fait qu’elle entend garder la grossesse (ce qui n’est pas une décision exceptionnelle dans ces circonstances… tout de même !).

 

 

L’abstinence avant mariage - et le fait que l’école ou les pouvoirs publics n’ont pas à se mêler d’éducation sexuelle - est un des grand messages moraux que l’auto-proclamée « Coalition chrétienne » entend imposer à ces concitoyens. Intéressant de voir qu’un récent article de T. Hampton dans le JAMA (une des premières revues médicales américaines) montre que les programmes d’abstinence à eux seuls n’ont « absolument aucun effet mesurable sur l’âge du premier rapport sexuel, le nombre de partenaires, les grossesses, les maladies sexuellement transmissibles». Dans plus de vingt Etats US, les professionnels de santé publique demandent le retour à des programmes scientifiquement fondés.

 

 

Occasion de rappeler que, contrairement à certaines idées reçues, des études solides, réalisées au niveau international depuis une vingtaine d’années, démontrent que les jeunes qui ont bénéficié d’une éducation sexuelle objective, évitant les jugements moralisants, ont des relations sexuelles moins précoces, moins fréquentes et moins à risque que celles et ceux qui n’en ont pas bénéficié. On se félicite de ce que, dans la grande majorité de nos cantons, on l’ait compris.

 

 

08.09.2008

Sida en Afrique: spoliation des veuves et des orphelins (II)

Maimuna Kanyamala est la fondatrice et directrice de Kivulini, une organisation pour la défense des droits des femmes en Tanzanie. Eléments de son exposé : « Les cas sont nombreux où les veuves et les orphelins du sida ont été laissés avec très peu, ou rien du tout, après que leur parenté ait accaparé tous les biens de la famille. Des femmes ont été déshéritées pour avoir refusé d’aller vivre avec un parent mâle du mari décédé. Quand bien même en Tanzanie plusieurs lois progressistes ont été promulguées pour donner un statut légal adéquat aux femmes, il est fréquent que les règles coutumières aient plus de poids ». L’auteur cite différents exemples de veuves dont la ferme familiale et le bétail ont été accaparés par des parents et qui ont dû retourner dans leur village d’origine, sans compensation. « Même là où le mari décédé avait établi un testament écrit, ce n’est pas une garantie que la femme et les enfants ne vont pas être confrontés à des revendications par des parents mâles ».

Un texte de Frank Mischo décrit des histoires personnelles et familiales dramatiques dans le Sud-Ouest de l’Ouganda. Un aspect particulier : « Les enfants doivent assumer le travail de leurs parents malades et s’occuper de toute la famille. Cela signifie qu’ils ne peuvent plus aller à l’école où ils recevraient une information sur le danger du VIH/sida et sur la manière d’éviter d’être infecté. Le manque de connaissances mène à une augmentation continuelle du nombre de séropositifs ». D’autres contributions illustrent la situation dans différents pays d’Afrique.

 

 

En général, il s’agit là d’un fort rappel des dimensions sociales et spécialement culturelles déterminant les caractéristiques et la gravité des conséquences d’une maladie, notamment au plan économique et de la survie ; avec des effets désastreux du registre de la perte de repères et d’espoir, de la misère, de la domination à divers égards (y compris sexuelle, jusqu’à la prostitution). Illustration du fait fondamental que, en santé publique, rien n’est simple... Et que, même quand un microorganisme identifié comme le VIH est  à la base d’une affection, l’étendue du problème dépend d’une multiplicité de facteurs… pour lesquels souvent les connaissances de la médecine et des soins n’ont pas de remèdes, ne savent guère comment lutter. Facteurs qui doivent être diagnostiqués dans une perspective large, dans leurs tenants et aboutissants ; diagnostic dit communautaire qui sera à la base de l’élaboration d’instruments et programmes susceptibles de prendre - autant que possible - les problèmes à la racine.

 

 

Mots de conclusion de K. Izumi : « Trop souvent, les histoires personnelles d’épreuves, comme aussi de résilience devant l’adversité, sont perdues dans les statistiques et bilans arides de politiques nationales. Exclus des statistiques, femmes et enfants deviennent invisibles ».

 

 

 

20.07.2008

Sortons enfin de la fumée !

Depuis que les Genevois ont déclaré, en février 2008, vouloir respirer un air libre de fumée dans les lieux publics fermés, la brise s’est levée. Fin mai, le plan pour la prévention du tabagisme du Département vaudois de la santé, bien conçu, retient les axes suivants: «éviter le début du tabagisme, soutenir la norme non-fumeur» et «un air à 100% sans fumée pour l’ensemble de la population».

 

 

Au même moment, le Bulletin des médecins suisses surprend en bien avec un article sur la Convention cadre pour la lutte antitabac de l’OMS 1). Signé par des médecins et politiciens (le président de la FMH Jacques de Haller, l’ancien conseiller national Yves Guisan , notamment), il conclut que tout compromis sur la fumée ne sert qu’aux cigarettiers, eux-mêmes responsables de l’épidémie. On ne se souvient guère d’une prise de position aussi claire des fils d’Hippocrate.

 

 

Mais la palme revient aux restaurateurs romands dont l’organe, Le Cafetier, a  bien voulu publier une annonce de l’association OxyRomandie, qui milite contre la fumée passive. La hache de guerre paraît donc enterrée entre les défenseurs de la santé et ceux qui ont souvent prétexté la perte financière pour refuser des règles. Le rapprochement est exprimé dans la publicité par le garçon de café qui, dans un espace lumineux, lance : «Sortez du brouillard!»

 

 

Un programme est en route! Les vingt mille signataires vaudois de l’initiative populaire «Fumée passive et santé» l’ont amorcé. Le texte propose de libérer de la fumée les lieux publics fermés, sans exception, les locaux privés n’étant pas concernés. Au vu de ce principe et de plusieurs votes populaires cantonaux clairs, les contorsions de certains élus fédéraux vis-à-vis de l’initiative Gutzwiller font piètre figure. Ils peineraient à expliquer le projet de loi fédérale à leurs enfants et ils se sont décrédibilisés 2) sérieusement, pour la troisième fois, le 11 juin 2008 au Conseil national.

 

 

Le plan d’action vaudois pour la prévention est limpide mais le gouvernement a néanmoins élaboré un contre-projet à l’initiative populaire, prévoyant pour un établissement la possibilité du fumoir. Le Grand Conseil débattra de ce texte prochainement et, s’il l’approuve, le soumettra avec l’initiative au vote du peuple. A vrai dire toutefois, les signataires de l’initiative et la population douteraient du sérieux de leurs élus au Grand Conseil s’ils recommandaient le contre-projet. Car, si le peuple l’acceptait, les Vaudois auraient alors ancré par les urnes pour longtemps la puanteur du fumoir dans la nouvelle Constitution vaudoise… à côté de Lavaux, patrimoine mondial de l’humanité!

 

 

Souhaitons que cette perspective incite nos élus à suivre Le Cafetier et… à sortir définitivement du brouillard. En soumettant au peuple en novembre prochain l’initiative populaire seule, avec la recommandation de l’accepter!

 

 

 

 

 

1)     «La Convention cadre pour le contrôle du tabac de l’OMS a cinq ans» Bulletin des médecins suisses, 28 mai 2008

 

2)     «Etre crédible!», Bulletin des médecins suisses, 9 janvier 2008

 

 

 

16.02.2008

"Faux rentiers" AI allégués - Etre sérieux s.v.p.

Ferme et pertinent éditorial, dans la dernière livraison de la Revue médicale suisse (13 février) de deux professeurs de psychiatrie - estimés et avec les pieds sur terre  - à propos de faux malades ou invalides. Citation : « Le mythe selon lequel il existe un nombre considérable de faux rentiers AI revient régulièrement. Des études scientifiques font défaut. Toutefois, pour exister, les mythes n’ont pas besoin d’être validés par l’évidence scientifique. Il suffit que certains partis politiques se portent garants de leur entretien ». Tellement vrai !

 

Ces enseignants de médecine déplorent, on les comprend bien, que ces allégations mettent en doute l’honnêteté de groupes de patients, notamment dans leur domaine. Dans le magazine de l’assurance CSS, la question « Quelles prestations de l’assurance de base souhaitez-vous donc voir réduites à un minimum voire supprimées ? » est posée à Beat Kappeler, relèvent-ils. Réponse : « C’est délicat. Il faut certainement réduire les prestations psychiatriques, les conseils en diététique, les cures et quelques prestations complémentaires de Spitex (= soins à domicile) ». Remarque des Prof. Andreoli et Stiefel : « Nous recherchons en vain, dans cette interview, le raisonnement sur lequel M. Kappeler s’appuie ».

 

Beat Kappeler est un journaliste très entendu dans divers médias, écouté notamment parce que porteur de messages de droite adoptés après un début de carrière de centre-gauche ; il connaît notre pays et sa vie économico-politique. Avec le respect qu’on lui doit, il me permettra néanmoins de partager le questionnement de mes confrères. Pour le moins, l’utilisation de l’adverbe « certainement » dans sa réponse demande à être précisément documenté. De lui ou d’autres observateurs, on attend des déterminations fondées et approfondies, qui ne suscitent en aucun cas la crainte qu’il puisse s’agir de suivisme opportuniste des affirmations - bien sujettes à caution - de telle mouvance populiste qui tend à voir des abus(eurs) partout.

17.12.2007

Maltraitances...


 

 

« Il s’avère de plus en plus qu’aux Etats-Unis la maltraitance infantile (abandon, physique, sexuelle, psychique) est en relation avec les missions guerrières ». Résultat, entre autres, d’une étude publiée il y a peu par un des meilleurs journaux médicaux américains, portant sur 1858 enfants de 1771 familles dont un des parents a été engagé dans au moins une mission en trois ans.

 

Rien évidemment de bien étonnant : chercher à tuer son prochain, même sur ordre, ne saurait guère adoucir les moeurs… On sait, en général, combien de militaires reviennent de guerre psychologiquement détruits (je pense pour ma part, à l’époque, à un ami médecin rentré du Vietnam). Et on se souvient des abus de militaires US dans la prison d’Abu Ghraïb. La pratique de la torture, autorisée ou en tout cas tolérée au plus haut niveau - comme des investigations officielles le confirment en ce moment -, est un des thèmes qui plombent la sombre fin de mandat du président et de l’Administration actuels.

 

La maltraitance est un problème sociétal majeur, aux multiples causes grandes et petites, aux manifestations très « diversifiées ». Problème dont on peut être certain que, malgré  les efforts engagés depuis une vingtaine d’années, c’est une pointe de l’iceberg seulement qui est manifeste et retient l’attention des services concernés (protection de la jeunesse,  médecins et autres soignants, Justice de paix, services de police…).

 

Y être plus sensible/sensibilisé ; ne pas relâcher l’attention ; y compris ne pas se laisser troubler par les références aux prérogatives antiques des parents (on se souvient que le pater familias romain avait droit de vie et de mort sur les membres de sa famille et de sa maisonnée…). Et espérer que l’esprit de Noël va passer par là.

05.12.2007

J'ai cru à une farce du 1er avril...


 

 

 

Pascal Diethelm, qui avec le Dr Jean-Charles Rielle, médecin genevois de santé publique (et nouveau conseiller national), a été très engagé dans la lutte anti-tabac, vient de recevoir le prix de l’International Tobacco Industry… Lisant ce titre, j’ai d’abord regardé le calendrier... non, nous ne sommes pas le 1er avril !

 

MM. Diethelm et Rielle, grâce à un travail obstiné de recherche d’information dans les archives, sur internet, etc, ont mis à jour l’affaire qui il y a quelques années a beaucoup secoué le monde scientifique et économique, à Genève puis bien plus largement notamment aux Etats-Unis. L’université de Genève a pendant des années collaboré avec le Dr. Ragnar Rylander, chercheur suédois qui y donnait des cours. Or, les investigations de  Diethelm et Rielle ont montré que le Dr R., qui avait publié des articles minimisant le caractère nocif de l’usage du tabac, y compris du tabagisme passif (fait de respirer la fumée des autres), était soutenu financièrement par l’industrie du tabac. Exemple crasse d’un conflit d’intérêts évidemment inacceptable ; illustration des méthodes plus que discutables que dite industrie a longtemps utilisées pour tenter de nier que son produit entraîne des millions de morts chaque année dans le monde.

 

Le Dr Rylander a intenté un procès à Diethelm et Rielle et dans un premier temps obtenu gain de cause. Suite à une véritable épopée judiciaire, le Tribunal fédéral avait renvoyé l’affaire devant les tribunaux genevois qui les a acquittés.

 

Ce rappel fait comprendre ma stupéfaction initiale. Il s’avère que le prix de l’International Tobacco Industry, comme son nom ne l’indique pas vraiment, a été créé dans le cadre de l’accord trouvé, aux Etats-Unis, entre les compagnies du tabac et les Etats qui leur avaient intenté des procès dans les années 1990. Il peut donc servir, et c’est très bien ainsi, à récompenser des pionniers qui ont osé s’attaquer à un secteur économique puissant, qui a peu reculé devant des pressions tous azimuts et manœuvres souterraines pour que la vérité à propos des effets de l’usage du tabac soit connue aussi partiellement et aussi tard que possible.


 

 

Il est vrai que les choses ont changé pour le mieux. Les non-fumeurs sont aujourd’hui mieux protégés et, sans qu’il s’agisse d’entreprendre des croisades contre les personnes fumeuses, ces dernières ont été sensibilisées à la nécessité de limiter les nuisances liées au tabagisme. Ce n’était donc pas une farce, excellente nouvelle.

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