22/02/2017

Diminuer le sucre dans notre alimentation - Améliorer la santé a parfois des exigences

Le Conseil d’Etat présente (24 heures du 18 février 2017) un projet visant à faciliter l’accès aux soins dentaires pour les enfants et les personnes qui ne sont pas en mesure de les payer. S’agissant du financement, il propose d’introduire une taxe sur les boissons sucrées. C’est là une démarche pertinente, qui ne mérite en rien des quolibets sur une « sérieuse atteinte » à la liberté de se comporter à sa guise. En plus de la carie dentaire, la consommation de sucre est un facteur majeur de la grave l’épidémie d’obésité que connaissent nos pays – obésité qui fait le lit de nombreuses complications et est une vraie urgence de santé publique. Aux Etats-Unis et ailleurs, des mesures pour rendre moins facile, moins routinière, l’absorption de quantités excessives de produits sucrés (par exemple en diminuant leur concentration) ont été introduites avec succès. L’idée du Conseil d’Etat va dans le bon sens et découle d’une logique comparable aux taxes sur le tabac ; il est normal d’imposer en conséquence ce qui cause d’importants frais médicaux.  On peut ne pas aimer ces augmentations de prix mais elles ont une efficacité démontrée. Je note qu’une autre possibilité mise en oeuvre est de mettre une limite à la contenance des bouteilles de boissons sucrées (si vous avez en main une bouteille d’un litre et demi plutôt que de 300 cc., la probabilité est évidente que vous absorberez plus de mauvais sucres).

Peut-on rappeler que la liberté, ce n’est pas avoir le droit de faire tout et n’importe quoi, mais de pouvoir tout faire ce qui ne nuit pas à autrui. Or, en facilitant la consommation de boissons (trop) sucrées, on fait du tort.

 

20/01/2017

La mort et nous par la bande dessinée

 

A propos des BD 2 et 3, "Tu meurs" et "Il meurt", de  la Fondation La Chrysalide et Hélice Hélas Editeur (Vevey), 2015, 60 pages chacun.

La Fondation La Chrysalide, centre de soins palliatifs situé à la Chaux de Fonds, s‘est donné la mission de promouvoir la qualité de l’accompagnement en fin de vie. Une équipe sous la direction du Dr Philippe Babando a conçu une trilogie de bandes dessinées sur le thème de l’approche de la mort et de ses impacts sur les patients concernés et sur leurs proches.

Les tomes 2 et 3 ont les mêmes format et présentation que le premier, avec chacun une douzaine de récits, dessinés par autant d’auteurs. Des styles graphiques variés, comme le sont les contenus. Plusieurs ont une dimension poétique et quelques-unes un caractère onirique : ainsi l’histoire d’un enfant cancéreux ou celle d’un jeune couple amoureux dont la femme meurt - en se noyant métaphoriquement. Quelques-unes restent énigmatiques.

Mêlées à ces histoires où la mort survient, il y a des grossesses, ou de jeunes enfants. Les grands-parents occupent une place notable, avec le rapport aimant à leurs petits-enfants. Un suicide. Quelques histoires en milieu médical. La visite en EMS d’un fils adulte à son père totalement mutique. Dans le tome 3, à noter un intéressant échange entre une femme accompagnatrice de personnes en fin de vie et son fils adolescent. Et l’émouvante séparation, avec le rappel de tant de souvenirs, d’un couple âgé dont la femme meurt.

Sont évoquées des situations de guerre (en ce moment, on pense au siège et à la chute d’Alep, il y a un mois, dans des conditions humanitairement scandaleuses). A deux reprises apparaissent des décès sur accident, en rapport avec la prise d’alcool.

Chacune bénéficie d’une préface du Dr Babando. Celle du tome 2 est le récit attachant de l’altération progressive, par Alzheimer, de la santé d’une personne qui a été pour lui un grand-père d’adoption. Evoquant des questions souvent posées: « Comment vivais-tu ta maladie, cette déconnexion progressive de la réalité qui meublait la vie des autres ? ». Puis : « Un jour tu as arrêté de marcher et tu es resté couché, puis tu n’as plus parlé ; tu t’es lové dans ton lit et tu es resté encore quelque temps entre jour et nuit.» En terminant il rend hommage aux « personnes qui de près ou de loin prennent soin des personnes âgées et permettent souvent une fin de vie de bonne qualité et respectueuse des valeurs qui ont accompagné nos anciens pendant leur existence ».

Il faut saluer l’initiative prise par la Fondation La Chrysalide. Ces ouvrages, dans des cadres divers, se prêtent utilement à la discussion des questionnements autour de la fin de vie.

 

 

01/01/2017

Pharmas, médecine - Des questions que les gens posent (suite et fin)

C’est pour cela que la lutte et la prévention d’affections qui font des centaines de millions de malades chroniques et beaucoup de morts, mais qui touchent peu le Nord, ont avancé lentement. On pense au paludisme, à la tuberculose (qui a pratiquement disparu de nos pays), à des parasitoses et autres maladies exotiques. Par contre, on peut noter que pour le VIH/sida apparu dans les années 1980, beaucoup plus d’efforts ont été consentis, parce que le sida a touché, dans les pays développés aussi, certains groupes qui ont sensibilisé les milieux politiques et économiques concernés de manière à obtenir des financements conséquents.

Cette « négligence » des problèmes des régions pauvres est infiniment  regrettable… On peut parler de grave manque d'éthique sociale. Idéalement, dans ce domaine et d’autres, un impératif de responsabilité planétaire (y compris écologique et climatique) devrait être intégré par les acteurs de l’économie comme par les pouvoirs publics et la société civile.

Autre point : oui, on peut dire que les médicaments sont « contre nature ». En un sens, toute la médecine cherche à éviter ou guérir ou soulager les atteintes dues à la nature. Si on laissait notre organisme exposé à tout ce que « propose » notre milieu de vie, peut-être serait-ce magnifique du point de vue de tes camarades, mais nous serions en bien mauvaise santé et vivrions beaucoup moins longtemps. Il y aurait énormément de « casse » prématurée suite aux infections, accidents, aux grossesses et accouchements difficiles, aux décès de petits enfants etc. etc. Effectivement, d’une certaine manière, la médecine lutte contre l’environnement qui ne nous veut pas toujours du bien.

Un chiffre : ces dernières décennies, l’espérance de vie dans nos pays a augmenté d’une année tous les quatre ans ; par rapport à il y a quarante ans, la population vit dix ans de plus en moyenne ! Ce n’est pas dû uniquement à la médecine mais elle a joué là un rôle notable.

Où je ne suis pas du tout d'accord, c’est à propos d’une prétendue non-efficacité des médicaments. Il y a des produits dits "de confort » dont on pourrait se passer; sauf exception, il est inutile de prendre des suppléments vitaminiques; les pharmas font certaines recherches sur des créneaux où il y a de l'argent à gagner mais pas vraiment de gains significatifs de santé à espérer... Par contre, des quantités de médicaments sont efficaces et utiles, les antibiotiques parmi d’autres (même si on les utilise aujourd’hui de manière  excessive et que certaines bactéries deviennent  résistantes à tous). Les médicaments ont apporté de grandes contributions aux progrès dans les soins intensifs, la chirurgie moderne et le traitement des cancers, entre autres.

Enfin : Magnifique ce que tu me dis de l'écoute de ton propre corps. Continue à t’intéresser  à ce qui permet sans médecine de garder un bon équilibre de vie.
Cela étant, si tes amis ou toi deviez souffrir  d'une affection grave ou que vous vous cassiez en morceaux dans un accident, je serais heureux que vous  consentiez à voir (aussi) mes confrères orthodoxes. Enfin et de plus, les médecins d’aujourd’hui devraient accepter de bonne grâce que leurs malades fassent appel à la médecine occidentale et à des techniques complémentaires qui ont d’autres fondements (encore qu’il soit vrai que tous n’acceptent pas encore cette attitude des patients et le dialogue avec eux sur ces sujets).