27/03/2018

Le Parlement contre la santé de la population

 

Les Chambres fédérales démontrent une belle persévérance dans le refus de mesures qui peuvent apporter de réelles contributions en vue d’éviter de rendre nos concitoyens malades - et dans la foulée diminuer les frais médicaux. La Commission de la sécurité sociale et de la santé du Conseil des Etats vient de proposer de ne pas donner suite à une initiative du canton de Neuchâtel de taxer l'adjonction de sucre aux boissons et aliments. Pourtant, ce serait une mesure éminemment utile, mise en oeuvre avec des résultats positifs dans plusieurs grandes villes et pays. Et il y a lieu malheureusement de  mettre en relation cette prise de position négative avec la veulerie du Parlement en ce qui concerne une loi plus claire, correspondant aux intérêts de la collectivité, en matière de tabagisme. La même chose est vraie pour la loi sur les jeux d’argent, où on s’oppose à des mesures qui en limiteraient l’accès et réduirait le nombre de personnes dépendantes.

Tout cela voulu sous la coupe des lobbys concernés, au motif fallacieux de ne pas brider la liberté de chacun (la liberté de se faire du mal). En oubliant opportunément de tenir compte du fait que notre libre détermination est bien plus influencée (en mal) par les matraquages publicitaires multiples nous incitant à des consommations délétères que par les efforts des professionnels de santé publique. Ces derniers ne disposant que de très peu de moyens d’informer adéquatement alors que, de l’autre côté, on ne voit guère  de limite aux ressources consacrée à faire passer des « fake news » (l’industrie du tabac continuant à s’illustrer dans ce domaine).

13/09/2017

Chercher à faire revivre des espèces disparues ?

Les potentialités qu’apportent les avancées de la science alimentent nombre d’idées nouvelles voire de fantasmes Dans cet éventail, un supplément du Hastings Center Report américain (1) est consacré à une problématique concernant la nature – ou la Création : tenter de faire revivre des espèces éteintes ?

La biodiversité diminue rapidement - on parle de la disparition de 150 espèces par jour (parmi lesquelles, selon eux, certaines disparaissent avant même d’avoir été identifiées, cataloguées !). Même si au cours de l’évolution il y a toujours eu émergence d’espèces nouvelles et extinction d’autres, il est pour le moins souhaitable que cet appauvrissement soit freiné. L'idée est attrayante en soi de « ressusciter » des espèces disparues . Parmi les animaux d’une certaine taille, on citera l’aurochs, le grand pingouin, le vison marin, le dodo de l’Île Maurice, le tigre de Tasmanie.

Question : quelle devrait être la position des « conservationnistes » (militants de la protection des espèces) dans ce débat ? Donner leur aval éthique aux efforts de « dé-extinction » ou, dans l’optique de ne pas interférer indûment avec la nature telle qu’elle est aujourd’hui, s’y opposer ? L’Union internationale pour la conservation de la nature (basée à Gland) a émis en 2016 un document de principes formulant des règles à suivre, selon les cas, pour en décider.

Intéressant de se demander sur quelles raisons on se baserait pour choisir les cas qui « méritent » d’être ramenés de l’extinction. On pourra ne pas vouloir ressusciter des espèces considérées comme nuisibles, mais qui décidera du caractère nuisible, sur quels critères ? Modifier certaines espèces pour les rendre utiles (à qui ?) ; les réorienter dans leur écosystème ou dans un écosystème différent ? Qui sait si alors elles pourront y (re)trouver leur place ? Pour prendre des exemples qui jouiraient d’une certaine sympathie chez de vieux enfants comme moi, nostalgiques de romans situés dans la préhistoire, on pense au mammouth (2).

Débats éthiques ardus en perspective. Réfléchir à la question souvent posée actuellement : s’agissant de la vie, l’Homme est-il une créature ou un créateur, ou les deux ? Discuter de la dignité accordée aux espèces vivantes non humaines, éteintes ou existantes ; de ce qui serait manipulation motivée par hubris « scientifique » ou désir légitime de maintenir voire recréer de la biodiversité.

Et je n’aborde même pas les financements nécessaires. Combien d’argent consacrer à « ressusciter » des espèces animales, végétales voire humaines… (tribus disparues du Nouveau Monde ??), plutôt que chercher les voies et moyens de soulager les problèmes de violence et de guerre, de faim et d’aliénation de ceux qui vivent ici et maintenant…

 

1.Hastings Center Report, July-August 2017, vol. 47, Supplement S2.

2.voir l’ouvrage de Beth Shapiro « How to clone a mammoth – The science of de-extinction», Princeton University Press, 2015.

 

 

10/03/2010

Maalouf sur la contribution de la science à un monde moins « déréglé »

 

A la fin de son dernier ouvrage (Le dérèglement du monde, Grasset, 2009), j’ai été intéressé par des commentaires sur le progrès scientifique. « Lorsqu’on laisse de côté certaines habitudes débilitantes acquises, on constate que les seuls combats qui méritent d’être menés par notre espèce au cours des prochains siècles seront scientifiques et éthiques ». On apprécie et on pense à Malraux … mais, un peu plus bas : « Ma confiance en la science est à la fois illimitée et restreinte. Aux questions qui sont de son ressort, je la crois capable d’apporter peu à peu toutes les réponses, de nous donner les moyens de réaliser nos rêves. Ce qui est à la fois exaltant et effrayant. Parce qu’il y a de tout dans les rêves des hommes et qu’on ne peut compter sur la science pour faire le tri. Demain comme aujourd’hui comme hier, elle court le risque d’être dévoyée  au profit de la tyrannie, de l’avidité ou de l’archaïsme » Malgré ces (notables !) réserves, le progrès scientifique est pour Maalouf une des raisons d’espérer. Une autre est que, à l’exemple des nations émergentes, « nous savons à présent que le sous-développement n‘est pas une fatalité, que l’éradication des plaies millénaires que sont pauvreté, endémies ou analphabétisme ne peut être considérée comme une rêverie naïve ».  

 

Une troisième raison est pour lui l’expérience de l’Europe contemporaine, où on a su mettre derrière soi les haines accumulées, se préoccuperd  organiser une vie commune, transcender la diversité des cultures « pour que naisse un jour, à partir de nombreuses patries ethniques, une patrie éthique » (309-310). Pour lui, cette patrie éthique ne doit pas être cloisonnée dans le chrétien, blanc et riche. 

 

Sur l’avenir : parlant du risque mortel de ne pas parvenir à nous élever, mentalement et moralement, au niveau nécessaire pour faire face aux défis, il ajoute « Je mentirais si je disais que je fais entièrement confiance à notre instinct collectif de survie. Si un tel instinct existe pour les individus, il demeure hypothétique pour les espèces. Du moins avons-nous le marché en main". Dans ses pages de conclusion : « Ce débat global ne nous quittera plus. Il ne faut pas s’attendre à ce que les tensions s’émoussent par le simple effet du temps qui s’écoule. Surmonter ses préjugés et ses détestations n’est pas inscrit dans la nature humaine" ).

11:01 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (0)