28/08/2020

"Tumulte postcorona - Les crises, en sortir et bifurquer" - Une lecture stimulante

Ce livre est sorti hier aux Editions d'en bas. Ouvrage collectif sur le temps que nous vivons et la manière dont nous en "sortirons", dont les choses se réarrangeront, dans les mois et les années qui viennent. Avec la pandémie, la conscience d'une crise majeure du Système, et des écosystèmes, a gagné des pans entiers de la société, sans pour l'heure provoquer les mutations nécessaires. Il y a lieu de se mobiliser pour un intérêt commun supérieur.

Avec les incertitudes épidémiologiques du jour, qui font qu'on n'a pas forcément envie de trop bouger, un peu de lecture (actuelle, agréable, chapitres courts) est  bienvenue !

 

12/03/2019

Un guide stimulant en vue de la retraite

A propos de: Jean-Pierre Fragnière, La retraite - Quels projets de vie ?

Lausanne : Editions Socialinfo, 2019, 154 pages.

L'auteur, spécialiste des enjeux liés à ce qu’il appelle la « société de longue vie », a enseigné les sciences sociales, particulièrement la politique sociale, à la HES de travail social de Lausanne et aux Universités de Genève et Neuchâtel.

Son dernier ouvrage est un tour d’horizon-bilan-guide sur la retraite, cette période devenue de plus en plus importante : en termes de croissance du nombre de retraités, de leur santé, bonne le plus souvent - qui leur permet de s’adonner à de multiples activités des registres culturel et sportif ; au vu aussi de leurs besoins majeurs quand vient la maladie et la dépendance. 

« Avons-nous conscience, demande l’auteur, d’être engagés dans un débat qui se fonde sur une histoire de plusieurs succès » : allongement de l’espérance de vie, autonomie accrue pour beaucoup – notamment les femmes et les personnes handicapées, possibilités de formation, amélioration de la couverture médico-sanitaire et sociale.

Il n’est pas exagéré de parler de la retraite comme d’une nouvelle vie, qui appelle quatre questions : 1) De quelles images de la vieillesse suis-je habité, me permettent-elles de construire l’avenir ?; 2) Quel contenu donner aux jours et aux années qui s’offrent ?; 3) Comment gérer les risques inhérents à ces transformations – porteuses de formes nouvelles de vulnérabilités auxquelles il faut faire face : 4) Quel sera mon statut dans un environnement qui ne va pas manquer d’étiqueter mes choix et mes attitudes ?

A propos de laisser sa place : « En période de croissance et de mobilité ascendante, la question se résout assez naturellement. Dans les temps marqués par une ‘panne de l’ascenseur social », la fin de carrière résonne des invitations à s’effacer, à faire place nette. Et la même musique peut accompagner les tentatives de conserver une part d’activité (…) Cette période est aussi habitée par la question de la transmission du savoir acquis, du savoir-faire, de l’expérience ». Le retraité doit apprendre à accueillir, conseiller et partager.  Une bonne formule de Vauvenargues : « Les conseils de la vieillesse éclairent sans échauffer, comme le soleil d’hiver. »

Il s’agit aussi de réduire les forces qui tendent à placer les diverses générations dans des ghettos. Le problème grave, universel peut-on dire, de la croissance des inégalités est souligné. A ce propos : « la pratique des solidarités est la condition de l’existence des autonomies. »

Noter cet encouragement à relativiser les choses (dans le bon sens) : « L’approche de ce temps de la vie invite à accepter des solutions approximatives, à cultiver une tolérance solide face aux hésitations et aux échecs. [Pour établir ses projets de retraité,] rédiger et réécrire plusieurs brouillons. » NB : « Parler de retraite ne saurait en aucun cas correspondre à un projet de retrait. »

Affirmer que « La retraite » perce tous les secrets d’une vie bien vécue après la cessation de l’activité de l’âge adulte serait prétentieux. Mais ce livre apporte une réelle contribution dans ce sens, de manière structurée en sections courtes et claires, agréable à lire, vivante. 

 

 

22/07/2018

St-Ex (II)

Toujours tiré de "Terre des hommes":

L’homme et les techniques. « Si nous croyons que la machine abîme l’homme, c’est que peut-être nous manquons de recul pour juger de transformations aussi rapides que celles que nous avons subies (…) Chaque progrès nous a chassés hors d’habitudes que nous avions à peine acquises. Nous sommes de jeunes barbares que nos jouets neufs émerveillent encore. » Qu’en dire, à l’heure des interrogations autour d’autres nouvelles machines, de Big Data, de l’intelligence artificielle ?

Atteindre la perfection ? Intéressant  propos sur le progrès techn(olog)ique : « Tout l’effort industriel de l’homme, tous ses calculs, semblent n’aboutir qu’à la seule simplicité, comme s’il fallait l’expérience de plusieurs générations pour dégager peu à peu la courbe d’une colonne ou d’un fuselage, jusqu’à leur rendre la pureté d’un sein ou d’une épaule (…) La perfection serait atteinte, non quand il n’y a plus rien à ajouter, mais quand il n’y a plus rien à retrancher. »  Avec une conclusion qui laisse songeur : « La perfection de l’invention confine ainsi à l’absence d’invention » …

Responsabilité. Il insiste souvent sur la responsabilité de chacun, fort ou faible, quelles que soient ses circonstances. Parlant des équipes de pilotes et d’autres, dans leurs métiers risqués de l’Aéropostale – ou dans un engagement de guerre : « Chacun est seul responsable. Chacun est seul responsable de tous ».

Apporter sa contribution. Importance pour St-Ex de dépasser son intérêt propre et celui du moment présent. « Quiconque lutte dans l’unique espoir de biens matériels ne récolte rien qui vaille de vivre. » « Etre homme, c'est sentir, en posant sa pierre, que l'on contribue à bâtir le monde. » Plus loin: « Quand nous prendrons conscience de notre rôle, même le plus effacé, alors seulement nous pourrons vivre en paix et mourir en paix. » Des idées dont la considération ne nuirait pas aujourd’hui.

Sur la justice sociale : « Il faut exiger de chacun ce que chacun peut donner. » Et sur le futur : « Pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible. »

Aimer. La formule fameuse : « Aimer, ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction », appliquée souvent au couple (à qui bien sûr elle peut s’appliquer), évoque une nuit que St-Ex journaliste a passée, pendant la guerre d’Espagne, avec des soldats qui vont lancer une attaque dans laquelle il est probable qu’ils mourront – il le dit aussi d’une cordée d’alpinistes.

Je ne regrette rien. Perdus son mécanicien et lui dans le désert de Libye, après y avoir capoté le 30 décembre 1935, ils marchent plusieurs jours avant de rencontrer un Bédouin. Décrivant ses états d’âme alors qu’il craignait de mourir : « A part votre souffrance [s’adressant à ses proches], je ne regrette rien. J’ai eu la meilleure part. Si je rentrais, je recommencerais. L’avion n‘est pas une fin, c’est un moyen. On fait un travail d’homme, avec des soucis d’hommes (…) Je suis heureux dans mon métier. Dans un train de banlieue, je sens mon agonie bien autrement qu’ici ! »

Et ces autres phrases fortes. « Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis. » Formidable formule à l’heure où le racisme ne montre pas de signe de faiblir. Et, souvent citée : « Nous n'héritons pas de la terre de nos parents, nous l'empruntons à nos enfants. »