30/05/2022

Réintroduire des courses de Formule 1 en Suisse... ?! 

Les médias se font l'écho d'une demande qui sera faite ces jours au Parlement fédéral, à l'occasion d'un réexamen de la LCR (loi sur la circulation routière): certains voudraient que nous ayons à nouveau des courses de Formule 1.

On croit rêver. Alors qu'il est essentiel, au vu des catastrophes liées au dérèglement climatique et à la chute grave de la biodiversité qui nous arrivent déjà dessus (sécheresse et réchauffement en ce moment en Suisse).... Alors qu'il est impératif d'aller vers des modes de vie plus économes, en particulier en matière d'énergie, vers des comportements marqués par la sobriété (profiter de tant de choses et de chances qui ne demandent pas de consommations effrénées), aller vers la frugalité. 

Il faut vivre dans un autre monde (l'"alternative reality" de Donald Trump et d'autres) pour vouloir - à nouveau - nous infliger des spectacles complètement gaspilleurs, producteurs massifs de "bruit et de fureur" (le bruit, pollution moderne majeure) et de CO2 bien entendu, facilitateurs d'excès multiples et divers, 

En plus, il n'est pas question pour ces passionnés d'envisager des courses avec des voitures électriques, elles ne font pas assez de bruit... Y sont cinglés.

Bon, tous les goûts, même les plus extrêmes et grands créateurs de nuisances pour la collectivité, sont dans la "nature" (si on peut dire..., justement, ce n'est pas la nature !).  Mais tout de même.

13/05/2022

Un essai au titre "choquant" mais digne d'être lu et réfléchi

Je parle du livre de David van Reybrouck. Contre les électionsParis : Actes Sud, 2014.

Van Reybrouck (1971) est un intellectuel et enseignant belge. Il s'est fait connaître par des études historiques majeures sur des parties de l 'Afrique (Congo; Le Fléau). Esprit universaliste, il s'intéresse aux difficultés que connaît le modèle démocratique. Au vu du titre (et fier de notre culture civique ?), je n'ai d'abord pas été attiré par son idée forte : la désignation par tirage au sort des parlements ou autres organes liés au fonctionnement d'un pays. Mais les appels croissants à instituer des assemblées citoyennes (y compris la Convention sur le climat mise en place par le Président Macron en 2019) m'ont décidé.

L’auteur commence par discuter la crise de la légitimité démocratique : 1) L'abstentionnisme ; 2) l'inconstance de l'électorat, passant "d'un bord à un autre" de manière rapide ; 3) le fait que de moins en moins de gens adhèrent à un parti politique (partis qui restent néanmoins des pôles de réflexion et discussion). Au-delà, on constate une crise de l'efficacité du politique.

C'est un ouvrage très bien informé des exemples historiques de tirage au sort, depuis la Grèce ancienne, ainsi que des propositions et réalisations de désignation, de cette manière, d'organes à caractère délibératif en Europe et Amérique du Nord. ll est bien structuré, didactique. NB : l'auteur ne plaide pas pour un passage systématique au tirage au sort; il argumente qu'un panachage d'organes élus et d'autres tirés au sort apporterait des bénéfices substantiels. On peut être surpris de quelques formulations vives, carrées (« Les élections sont le combustible fossile de la politique » !). Il reste que ce livre mérite largement d’être lu - et médité.

12/02/2022

Funeste myopie de gens qui devraient voir clair

Les 7 et 8 février, deux professeurs de notre Faculté de médecine, Valérie D'Acremont et Blaise Genton, ont passé en jugement à Montbenon. A côté des mandats majeurs qu'ils assument à Unisanté (les Romands les ont beaucoup vus et lus dans les médias depuis deux ans), ils déploient une énergie remarquable pour nous sensibiliser aux dangers du dérèglement climatique - dont, tonnerre de Brest, on veut croire qu'aujourd'hui tout le monde a saisi la gravité

A cet égard, des politiques posent béatement des questions sur la compatibilité de cette militance avec leurs tâches d'enseignants et chercheurs. Mesquinerie… un vrai talent pour voir les choses par le mauvais bout de la lorgnette. En réalité, quelle chance que ces scientifiques consacrent aussi leur énergie à tenter de nous freiner sur une pente désastreuse pour l'environnement et la biodiversité.

Mais certains ne veulent simplement pas voir (ce que je ne regarde pas ne peut pas me faire de mal...?). Même situation pour des membres de l'Ordre judiciaire, pratiquant assidûment ce qu'il faut bien appeler juridisme étroit. Myopes, fixés sur la lettre de la loi sans considération des enjeux objectifs. Trop simple de dire qu’ils ne peuvent pas tenir compte de la réalité (l’état de nécessité dans lequel nous nous trouvons) et restent impuissants, mains liées tant que les politiques n’ont changé pas la loi.

Le 11, avec d'autres, D'Acremont et Genton ont été condamnés: le problème climatique n'a rien à voir avec un état de nécessité, et il n'est ni permanent ni durable... On aimerait rêver. Quand ces juges verront-ils que leurs sanctions contribuent à leur manière à aggraver les menaces à notre survie à tous ?