08/09/2016

Marche et escalade, vocations d'un atypique étonnant

 

A propos de: Sylvain Tesson, "Petit traité sur l’immensité du monde"

Editions des Equateurs, 2005 - réédition 2016.

Sylvain Tesson est cet écrivain français qui depuis une quinzaine d’années fait partager au lecteur ses périples, avec un tropisme particulier pour la Russie et l’Asie. Réflexions sur l’espace, le temps, le besoin de partir : « Une force extérieure m’emporte avec la régularité d’un battant d’horloge. Je me laisse faire, j’ai détecté dans le voyage aventureux un moyen d’endiguer la course des heures sur la peau de ma vie ». Les nomades de son genre, dit-il, « se tissent un destin, pas à pas. Impossible de les assimiler à une confrérie : ils n’appartiennent qu’au chemin qu’ils foulent ».

L’auteur a étudié la géographie, « à cause de sa vertu voyageuse. La géographie a été inventée parce que des hommes à l’esprit curieux voulaient comprendre comment s’ordonnançaient les choses à la surface de la terre. [C’est] la plus belle des disciplines.

Il se veut un wanderer:  « Les vagabonds romantiques allemands cultivaient une certaine manière de voyager. Il leur suffisait de se sentir en mouvement, environnés de la beauté des campagnes, avec l’âme ouverte à tous les vents ». Dans l’effort de longue durée : « Sur la piste, pour combattre le vide, il y a la poésie (…) Scandez un verset jusqu’à l’obsession : vous oublierez vos ampoules ». Efficacité de la mantra que l’on répète assidûment.

Depuis sa prime jeunesse, avec des amis, il a pratiqué l’escalade clandestine - de nuit - d’édifices publics, cathédrales entre autres. Récit des mondes découverts : complexité des flèches de pierre et des charpentes, rencontres des témoignages laissés par les constructeurs ou d’autres (...) Nous cherchions leurs traces à la croisée des transepts. A la croisée des siècles ». La liste des ascensions entreprises impressionne !*.

 Dans un autre chapitre, Tesson dit qu’il redeviendra humaniste lorsque cessera la suprématie du mâle. « Je souffre à chaque instant de me heurter, où que je porte mes pas (aux rares exceptions des pays scandinaves, de vallées himalayennes et de jungles primaires) à la toute-puissance de la testostérone. Il me semble que l’humanité a érigé en divinité le mauvais chromosome. J’ai  souvent vu des femmes affairées aux moissons pendant que les hommes s’adonnaient  à l’occupation de suivre l’ombre d’un arbre à mesure que le soleil se déplace… J’ai partagé des dîners à la table du maître de maison pendant que la mère de famille se nourrissait par terre ».

 Il annonce l’expérience qu’il vivra durant six mois en 2010 sur les bords du lac Baïkal : « J’ai envie de finir dans une cabane de rondins de bois. Je ne quitterai pas cette vie avant d‘avoir vécu une expérience qui  concentre les fruits de la vie vagabonde : la liberté, la solitude, la lenteur, l’émerveillement ». Tout en exprimant une inquiétude écologique : « Je m’interroge sur le prix que nous devrons payer à la planète en la quittant. C’est que j’ai horreur de me sentir débiteur. Puisque nous ne faisons qu’emprunter [ la terre] depuis le premier jour de notre existence, il serait juste de s’acquitter (…) Le vagabond est plus redevable encore que les autres car non content de cueillir les fruits du monde il a passé sa vie à se gorger de ses beautés ». Sur ce dernier point, je ne peux guère être d’accord, les (hyper-)consommateurs sédentaires font plus de dégâts que les nomades.

 

*Audace, témérité … en août 2014 près de Chamonix, grimpant la façade de la maison d’un ami, il a fait une chute grave dont il réchappe de justesse et garde des séquelles.

 

28/03/2013

Gestes méchants dans le sport – Comment les réduire ?

 

 

Beaucoup d'efforts sont faits pour que le fair play soit à l’honneur partout où on fait du sport. Si les actes violents et insultants existent toujours, cela ne veut pas dire que les mesures de prévention ne servent à rien mais que cette « compétition » n’est jamais définitivement gagnée ; qu’il faut persévérer à passer les bons messages. Comme :

-         « Le respect, c’est la base » - « Le respect te va si bien »

-         « La diversité, c’est tonique et enrichissant »

-         « Pour former une équipe qui gagne, il faut des joueurs aux compétences et talents différents, au plan humain (caractère, attitude devant la vie) comme au plan physique et sportif ».

 

Pour lutter contre l’intolérance, voyons pourquoi elle surgit. 

 

Parce que l’autre est différent et que cela gêne, voire que cela suscite de la crainte. Dans tous les secteurs de la vie, on se pose des questions quand le collègue ou le copain n’est « pas comme nous » ; qu’il diffère par  son physique, sa couleur de peau, les habitudes de sa famille, sa manière de s’habiller… qui surprennent. Heureusement, cela n’empêche pas des joueurs « différents », venus d’ailleurs, d’arriver au top niveau - il suffit de voir l’équipe nationale de football actuelle. 

 

Parce que l’autre est meilleur. Si c’est le cas, la bonne manière de réagir n’est pas de dire de lui des choses désagréables ou de le diminuer, mais de s’entraîner pour acquérir ce qui nous manque encore. Au reste, la réalité est que certain(e)s sont plus doué(e)s que d’autres. Il y a de la sagesse à l’admettre (à ce stade, oui je suis moins bon). Récemment, avec des responsables de l’Association cantonale de football, nous avons parlé d’une situation où un parent jugeait qu’un entraîneur faisait preuve de racisme vis-à-vis de son enfant alors que ce junior, simplement, apportait nettement moins à l’équipe. 

 

Parce que je suis furieux « après moi ». Pour des raisons qui n’ont rien à voir avec le football, on peut être mécontent parce qu’on a raté quelque chose. Avec la tendance (surtout si on est un fort à bras) de passer sa frustration en critiquant les autres, en les bousculant pour n’importe quel prétexte qui tombe sous la main.

 

Des trucs qui aident à éviter cela ? Une première chose utile, dans toutes les circonstances de la vie, est de poser la question: « Cette circonstance frustrante, de qui est-elle le problème » ? Est-ce que c’est vraiment la faute de l’autre ? Ou est-ce que c’est mon problème à moi ? Ou encore est-ce la « faute à pas de chance » ? 

 

Alors, ma recommandation est d’abord de « respirer trois ou quatre  fois profondément par le ventre », de juger si cela sert à quelque chose de s’énerver contre les autres ou contre soi (recommandation que j’ai souvent faite à des confrères médecins énervés qui m’appelaient pour se plaindre ou me demander conseil). Ensuite, prendre le temps de discuter de ce qui a débouché sur des critiques ou une engueulade. Il arrive bien sûr qu’une critique soit justifiée ; si elle ne l’était pas, est-ce que c’est un des « parce que » discutés ci-dessus qui a mis le feu aux poudres ?

 

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02/12/2011

Violence et racisme dans le sport: agir avec fermeté

 

 

 

La Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA), que j'ai le plaisir de présider, dit son estime aux dirigeantsdel’Association cantonale vaudoise de football (ACVF) pour leur engagement à lutter contre toutes les incivilités : violence, mépris, racisme, sur les terrains et autour des terrains – car les pires semeurs de méchancetés sont souvent autour des stades ou dans les tribunes !

 

La LICRA est fière d’être depuis cinq ans partenaire de « Graines de foot », le grand tournoi juniors de l’ACVF. Une coupe LICRA a été donnée à une équipe qui s’illustrait par la bonne intégration de joueurs d’origines, de langue et de religion différentes. A la suite du malheureux match Cugy-Talent, nous avons été heureux de répondre à une invitation de l’association à participer à un groupe de réflexion. Là encore, la volonté d’agir m’a impressionné.

 

On est en présence de plusieurs types de comportements inacceptables : quolibets et remarques méprisantes, « croche-pattes » et coups, objets qu’on lance... Lorsque j’étais médecin cantonal, j’ai pu voir comment un domaine qui demande des sanctions catégoriques a longtemps été ignoré : les abus sexuels. Ils vont des remarques salaces (qu’on croit drôles) à l’endroit des filles et des gestes détestables sous la douche ou ailleurs, et aux abus caractérisés : les contacts imposés à des jeunes qui ne comprennent pas vraiment ce qui leur arrive et sont « bloqués » et n’osent pas réagir, à cause de la force ou de l’autorité d’un plus grand ou d’un adulte

 

Le message majeur, c’est qu’on a toujours le droit de dire non (comme on voit sur les stades « Say No to Racism !»). Si l’attitude ou les actions d’un camarade ou d’un adulte sont perturbantes, il faut le dire ! Ne pas attendre avant de signaler à une personne de confiance (parents, enseignant, médiateur scolaire, adulte au sein du club ou à l’extérieur) qu’il se passe des choses qui déplaisent pas, font du mal - physiquement ou psychologiquement. Il y a quelques années, une animation canadienne intitulée « Bouches cousues », soulignait qu’il fallait oser parler, « découdre les bouches ». Il s’agit d’encourager les moins forts, ceux qui parfois n’ont pas une bien bonne estime d’eux-mêmes, à agir en refusant ce qui est insultant ou douteux.

 

Dans ce domaine : clarté, dialogue, si nécessaire médiation. Refuser absolument de camoufler ce qui est condamnable ou simplement discutable – y compris si la personne inadéquate est un copain, un type très populaire ou je ne sais quel notable. Affirmer la tolérance zéro face à la violence, l’insulte ou le racisme.

 

La loi vaudoise sur la protection des mineurs est claire. A certaines professions (de la santé et du social, de l’enseignement), elle fait obligation de signaler les mauvais traitements d’enfants, de n’importe quel genre. Or, elle donne le même devoir aux intervenants dans le domaine du sport, qui ne peuvent donc pas garder pour eux les situations de violence ou d’abus dont ils auraient connaissance.

 

 

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