12/01/2017

Qui sont les intégristes ?

J'ai relevé il y a peu que initiative lancée "contre l’intégrisme religieux" était pour le moins peu constructive et susceptible de créer des antagonismes hautement regrettables (les Anglo-Saxons diraient "produira beaucoup plus de chaleur que de lumière"). Ci-dessous des extrais d'un billet d’une observatrice expérimentée de notre société, l’ancienne conseillère nationale Anne-Catherine Menétrey, paru dans Le Courrier il y a quelques jours:

"Le canton de Vaud a élaboré une loi fort raisonnable sur la reconnaissance des communautés religieuses,  contre laquelle des intégristes (c'est Jean Matin qui souligne) chrétiens ou laïcistes, au nom de la lutte contre l’intégrisme, se sont mis en ordre de bataille : une initiative populaire de l’UDC n’attend que l’ouverture de la chasse aux électeurs, à la mi-janvier,pour démarrer. Cette entreprise s’appuie sur ce que les experts en communication nomment des post-vérités, c’est-à-dire des mensonges. On voudrait nous faire croire que la loi adoptée par le Grand Conseil  est un machine à distribuer (aux musulmans, bien sûr, qui d’autres?) des subventions, des privilèges, des passe-droits.Or le texte dit tout le  contraire. Il ne vaudrait même pas la peine d’en parler si ces croisades restaient confinées en terre vaudoise. Ce n’est pas le cas. A Genève, on se déchire sur le sens même de laïcité. Les manières de vivre, les rituels particuliers, doivent-il devenir des critères d’exclusion ? Qu’on se dise bonjour en s’embrassant (trois fois s’il vous plaît), en  tendant la main ou en la posant sur le cœur, ce sont des manières respectables, non ?  Même si la main sur le cœur est un rituel musulman."

On ne saurait mieux dire.

08/01/2017

L'initiative qui prétend clarifier mais qui attise l'animosité et le rejet

Une initiative dite "contre l'intégrisme religieux" est lancée par l'UDC, en rapport avec la reconnaissance de communautés religieuses dans notre canton, sujet qui est pourtant déjà très clairement précisé dans notre nouvelle Constitution et dans une loi subséquente.

J'aimerais attirer l'attention sur la remarquable démonstration que fait ma collègue Marie-Denise Schaller, professeure au CHUV et présidente des catholiques vaudois, du fait que cette initiative est tout à fait inutile - et est même, selon ses termes, une mystification (24 heures du 22 décembre 2016).

Selon ses auteurs, cette démarche voudrait éviter que des pratiques autres ne viennent « contaminer » le fondement chrétien de notre société. Protestant pratiquant, je suis aussi intéressé que l’UDC Vaud à maintenir et promouvoir ces valeurs – tout en réalisant qu’il n’est pas exclu que nous n’en ayons pas la même conception. L’idée d’une sorte d’« identité pure » propre aux Vaudois de souche (merci ici de nous dire comment on définit ces vrais Vaudois par rapport aux faux) est une fiction. Notre société - et pour l’essentiel nous nous en trouvons très bien, a su adopter beaucoup des aspects constructifs de l’évolution des 50 dernières années ; elle est mobile, elle est diverse (et la différence c’est enrichissant).

Tout à fait d’accord de cultiver nos valeurs de nature religieuse, comme d’ailleurs les traditions culturelles, artistiques, sportives qui ont une saveur particulière « de chez nous » - en fait, ceux qui parmi nous sont d’une origine différente s’y associent souvent. Mais il serait préférable que, disant vouloir oeuvrer positivement, on ne fasse pas trop de mal…  Or, l’initiative qui nous est proposée prend les choses par le mauvais bout en voulant étiqueter (négativement), limiter, interdire. Contrairement à ce qui est prétendu et comme le montre Madame Schaller, loin de clarifier, loin de promouvoir la bonne entente, elle fait le lit de l’animosité, de l’agressivité, du rejet. Triste programme.

 

 

19/11/2008

Merveilleux Gilles

 

Je sors d’une soirée au Sycomore (petit café rattaché à l’Espace culturel des Terreaux, à Lausanne), où un enseignant montreusien, Vincent Favrod, accompagné d’un excellent pianiste, vient de donner une vingtaine de chansons et poèmes de Jean Villard Gilles.

 

 

Merveilleux… ll y a cinquante ans bien sonnés que j’apprécie la manière dont Gilles a chanté le Pays de Vaud et les Vaudois (mais pas seulement eux, aussi la France où il a vécu, l’Auberge de la fille sans cœur, le 14 juillet, et plus loin « Le dieu dollar » et la pampa argentine d’« Exotisme vaudois »). Mais la façon dont je suis remué change : plus je l’ai écouté au cours des décennies et plus je savoure chaque phrase, plus je suis profondément touché, plus les larmes sont proches – souvent présentes.

 

 

Gilles chante un pays que j’ai connu et qui n’existe plus au même degré. Un canton où on bougeait moins, où une bonne partie de la population travaillait la terre, où il y avait un téléphone pour trois ou quatre ménages, où c’était être fort bien parti que d’aller à la primaire-supérieure. Où les respect des autorités, des « Messieurs » (ce n’étaient que des Messieurs parmi les notables) avait un autre poids qu’aujourd’hui. Tout en sachant que le « bon vieux temps » est largement une illusion, dans mon souvenir j’en ai vécu un, que Gilles chante en m’émouvant. En tout cas, ce qu’il décrit est partie intégrante de mon bagage, je pourrais presque dire de ma « religion ». Si j’avais émigré à des milliers de kilomètres d’ici et qu’on me passe un disque de lui, l’effet serait le même que le fait de chanter « Liauba » pour les soldats suisses au service de France : cœur serré et folle envie de désertion pour rentrer à la maison.

 

 

Entendu une chanson que je ne connaissais pas, « L’adieu du soldat », évocation du départ des mobilisés en 1939. Superbe. Ai retenu cette formulation de ce qu’ils perdent en partant (temporairement - contrairement aux soldats des pays voisins dont beaucoup ne sont jamais revenus) : « Ma femme, mon clocher, ma vigne ». Oui, c’est cela…

 

 

J’ai de la tendresse pour ce coin de pays, ses habitants, la manière dont on y « fonctionne », ses qualités et ses petitesses. Cet attachement est pour beaucoup lié à ce que j’ai vécu durant mes vingt premières années, dans les années 1940 et 1950, dans le milieu familial et social - vigneron, dans la région de Morges - qui était le nôtre ; environnement qui, pour une bonne part une fois encore, s’en est allé pour ne plus  revenir. Je comprends bien que mes enfants vibrent aujourd’hui à d’autres choses. Ce qui n’empêche pas de vouloir leur dire combien je vibre à notre Gilles national, en leur recommandant de l’écouter, à l’occasion, s’ils ont une demi-heure (tout en les priant de ne pas me dire si ça ne leur fait rien du tout).

 

 

A mon service funèbre, j’ai dit souhaiter de la musique de J.S. Bach. En fait, j’aurais encore plus de plaisir avec des chansons de Gilles ; il faudra que je réfléchisse auxquelles choisir.

 

 

 

23:32 Publié dans Vaud | Lien permanent | Commentaires (1)