11/01/2022

La Suisse ne peut plus être le mouton noir dans la prévention du tabagisme

Il faut appeler les choses par leur nom, l'attitude de la Suisse officielle à l'égard de l'industrie du tabac est un scandale. D'abord, il est inacceptable que notre pays n'ait pas encore ratifié la Convention-cadre de l'OMS relative à une attitude préventive minimum quant aux dégâts liés au tabagisme. Malheureusement, tout se passe comme si le parlement fédéral était à la botte des cigarettiers et de leurs lobbyistes, de longue date. Triste.

Ce parlement a adopté une révision de la loi en octobre dernier mais c'est en fait un alibi. Elle maintient l’autorisation de faire de la publicité auprès des jeunes, notamment sur internet - on sait l'importance des réseaux sociaux dans leur vie et leurs pratiques et il est démontré que la publicité a un impact fort. La loi maintient l’autorisation de sponsoring et même la distribution de gadgets, dans des festivals par exemple. Inadmissible.

Sur la route d'une situation plus présentable de notre pays, un premier pas indispensable est d'accepter le 13 février l'initiative « Oui à la protection des enfants et des jeunes contre la publicité pour le tabac ». La liste des institutions qui la soutiennent est impressionnante, avec au premier rang des associations médicales, celles des pédiatres, médecins de famille, spécialistes des poumons et la FMH, parmi beaucoup d’autres. Qui contrairement au parlement entendent mettre les intérêts de la santé avant le profit d’une industrie délétère.

Voter oui est un impératif médical et de santé publique, un impératif éthique aussi vis-à-vis de nos jeunes.

 

 

La beauté et la poésie pour nous aider (suite)

Beauté des photos… En Espagne, à Valencia, j'ai vu il y a peu la "World Press Photo Exhibition", qui chaque année tourne dans une centaine de villes avec des photos jugées les meilleures… Elles sont belles du point de vue de l'art photographique, tout en dépeignant souvent des situations humaines et environnementales très difficiles, scandaleuses, marquées par la guerre ou le terrorisme, l'oppression des êtres humains, la misère matérielle et psycho-sociale. Contribution de telles photos au "sauvetage" nécessaire ? Oui si au-delà de notre indignation immédiate nous saisissons les moyens de soulager l’inacceptable. Compliqué souvent, même si une bonne manière d'agir est le "simple" soutien financier à celles et ceux qui s'engagent pratiquement.

Nécessaire poésie. Le philosophe Edgar Morin, centenaire aujourd'hui, observateur très aiguisé, écrivait en 2002: " La politique de civilisation nécessite la pleine conscience des besoins poétiques de l'être humain. La vraie vie est absente là où il n'y a plus que la prose" (lire: considérations matérielles) (2). Et, prémonitoire par rapport aux « Grandes Accélérations » délétères actuelles : il s’agit de "répondre à la grande décélération nécessaire, du point de vue sociologique, écologique, psychique, des processus déchaînés qui nous conduisent aux désastres."

Beauté et poésie contre l’hubris (démesure, arrogance) ? "La beauté de la nature nous enseigne l'harmonie, l'équilibre, la juste mesure qui font défaut dans le comportement humain (…) Investir dans la nature est pour moi un acte social " (Hulot) "Le seul sacrifice qui compte dans les sagesses orientales, c'est celui de l'ego, permettant à l'humain de comprendre qu'il fait partie de la nature, d'un tout (...) La beauté devrait être une priorité de l'éducation" (Lenoir). Avec l'ethnopsychiatre Tobie Nathan, peut-on penser que « Parfois la beauté est plus violente que la force ».

PS: J'aime la phrase de Charles-Ferdinand Ramuz "C'est parce que tout doit finir que tout est si beau". Ramuz refuserait-il à la beauté de nous aider à maintenir un monde vivable à long terme ? Il pensait plutôt, je crois, à nos trajectoires individuelles, à notre finitude et pas à celle de la biosphère.

  1. Hulot et F. Lenoir. D’un monde à l’autre – Le temps des consciences. Paris : Fayard, 2020.
  2. Morin E. Pour une politique de civilisation. Paris: Arléa , 2002, pages 52 et 75.

 

10/01/2022

La beauté nous aiderait-elle à renouer avec la nature et avec l’équilibre ?

" La beauté sauvera le monde" (Dostoïevski, dans L'idiot) - on aimerait que cela soit vrai. Pierre Rabhi, l'agro-écologue français: "La beauté qui sauvera le monde, c'est la générosité, le partage, la compassion."

Je viens de lire un dialogue entre Frédéric Lenoir, philosophe et connaisseur des spiritualités d'Asie, et Nicolas Hulot, le journaliste réalisateur de « Ushuaia » devenu plus tard ministre de l’écologie du président Macron (1). Hulot a été un acteur majeur, même si on regrette de relever qu’il est accusé en ce moment d’abus à caractère sexuel.

Beauté. "Un de mes premiers guides a été la beauté. Source d'humilité sur le mystère du monde. Je suis convaincu que c'est la beauté qui relie tous les êtres humains. Celle de la nature est un signe tangible vers l'incommensurable." (Hulot) "Si la beauté ne sauve pas le monde, au moins elle contribue à nous réorienter vers l'essentiel», dit Lenoir, qui cite Rachel Carson, la biologiste américaine qui la première a rendu attentif aux dégâts des pesticides (DDT), dès 1962, avec son livre Silent Spring: « Il y a quelque chose qui guérit dans les refrains répétés de la nature, il y a une beauté symbolique aussi bien que réelle. »  

Ici et ailleurs. L'émerveillement ainsi exprimé est bien plus aisé à vivre quand son propre lieu d'existence comprend une nature pas trop malmenée - c’est la chance des Suisses. Mais aujourd'hui la majorité de la population mondiale vit en milieu urbain, dont une bonne partie de bidonvilles où les ruisseaux sont des égouts et les montagnes des déchets. Alors, la beauté qui sauve ? Le sage indien Krishnamurti : « Si vous n'avez aucune relation avec la nature, vous n'aurez pas de relation avec l'homme » - pourtant, dans des slums sans arbres ni jardins, les humains interagissent aussi (à suivre)