17/11/2020

Prendre la mesure de ce que nous vivons (II)

L'attitude éclairée – et affirmée – d’un banquier

Patrick Odier est le patron d'une importante banque privée genevoise, il a présidé l’Association suisse des banquiers. Il a une sensibilité et un intérêt pour les enjeux climatiques, entre autres, et le démontre dans une prise de position récente (Reconnaitre la valeur du capital naturel. Le Temps, 2 novembre 2020). « Notre dépendance à l’égard de la nature a été révélée de manière flagrante cette année avec la pandémie de Covid-19. Le saut des agents pathogènes de la faune vers l’homme est probablement une conséquence du déplacement des espèces ou de la perte de leur habitat. Aujourd’hui, nous nous rappelons à nos dépens que la santé humaine, le bétail, la faune sauvage, notre alimentation et l’environnement sont tous interconnectés. » On croirait lire un leader écologiste ou un responsable de santé publique.

Et de rappeler que le 22 août 2020 la planète atteignait le jour du dépassement, celui où les ressources naturelles de la planète allouées pour toute l’année ont été épuisées. Cela vaut pour le monde ; pour des pays gros consommateurs/gaspilleurs comme la Suisse, ce jour était dans le courant du printemps ! « Concrètement, notre pays doit se préparer à la multiplication des dangers naturels. Les vagues de chaleur qui ont conduit aux périodes de canicule record de 2003 et de 2018 pourraient devenir la norme. »

Le PIB, un mauvais indicateur qu’il faut abandonner – Passage à une économie décarbonée

Odier toujours : « Étendard des indicateurs économiques, le produit intérieur brut (PIB), développé en 1937, fait toujours foi pour mesurer la croissance économique d’un pays. Or il est inutile face aux enjeux de la durabilité, car le capital naturel n’y est pas intégré (…) Alors qu’une grande partie de notre économie dépend directement du capital naturel, bon nombre des industries qui en dépendent se comportent comme s’il s’agissait d’une ressource gratuite et illimitée. »

Le changement climatique a des répercussions directes et indirectes sur les activités et les infrastructures humaines. « Des modèles d’affaires appropriés pour préserver et régénérer le capital naturel sont essentiels. Donner un juste prix à la valeur de la nature permet d’utiliser les instruments économiques pour la protéger. »

« Le passage à une économie décarbonée, soit à zéro émission nette, ne se produira pas sans une remise en question des [activités économiques] et de leur relation avec la nature. » En fait, il faut que tous, secteurs publics comme privés, se mobilisent pour la transition d’un modèle basé sur le gaspillage des ressources et les déchets « vers une économie circulaire, efficiente, inclusive et propre ».

Difficile de dire mieux.

 

22/10/2020

Peut-on parler de "après le coronavirus"? Pas évident...

Les Editions d'en bas, à  Lausanne,  viennent de publier un ouvrage collectif intitulé "Tumulte postcorona - Les crises, en sortir et bifurquer".  Je le recommande autour de moi (tout en étant subjectif, j'ai l'honneur d’être parmi la cinquantaine de co-auteur-e-s).  Et je reçois des commentaires tout à fait substantiels. Ainsi, ce message d'un ami:

"J'ai commandé "Tumulte postcorona". Je suis toujours à la recherche de ce genre de réflexions sur l'avenir. Peut-être un petit peu tôt pour parler de postcorona, alors que nous sommes encore en plein dedans...

Ceci dit, je ne suis pas sûr que les fabricants d'armes, de médicaments, de pesticides, de pétrole, de gadgets inutiles et autres imbécilités, soutenus par les banques et la finance, aient envie de changer quoi que ce soit. Il n'y a qu'à constater que les sondages sont serrés avant l'initiative pour des multinationales responsables. Cela signifie que la moitié (j'espère moins que cela, le 29 novembre) de la population se fout comme de l'an quarante de l'évolution actuelle. Le "moi d'abord, les autres s'il en reste" est malheureusement encore très vivant.

Depuis 1972, quand les époux Meadows ont publié "Limits to Growth" (ça va bientôt faire 50 ans !), une grande partie du monde est convaincue que la technologie va sauver la planète. Et ça, ça fait peur. La grande majorité des gens n'ont pas vraiment compris ce que signifie avoir une seule Terre. En bref, je suis moyennement optimiste pour que les changements nécessaires soient mis en pratique avant la grosse casse."

Si juste. Cela étant, mon correspondant et moi, on espère être trop pessimiste. Mais, en tout cas, nous sommes des optimistes inquiets.

07/05/2020

Il ne faut pas de "retour à l'anormal" !

C'est en tout cas le sens du propos de l'économiste  Mohamed Yunus, Prix Nobel, dans le journal "Le Monde" du 6 mai. Sommes disposés à lire et écouter ?

"L’épidémie de Covid-19 est en train dinfliger à notre monde des dégâts incommensurables. Mais si considérables que soient ces dommages, cest également une occasion unique qui se présente à nous. Il ne sagit pas de savoir comment relancer l’économie. La vraie question est celle-là : faut-il revenir au monde tel quil était avant larrivée du SARS-CoV-2 ? Ou bien le repenser ?

Inutile de le rappeler, le monde davant le coronavirus nous était néfaste. Lhumanité se préparait à une avalanche de tragédies. La catastrophe climatique allait rendre la planète impropre à la vie humaine ; lintelligence artificielle nous conduisait tout droit vers le chômage de masse ; la concentration des richesses atteignait des niveaux explosifs. La décennie qui venait de commencer était celle de la dernière chance, nous ne cessions le répéter. Après elle, tous nos efforts nauraient que des effets dérisoires, insuffisants pour sauver la planète. Est-ce là le monde auquel nous voulons revenir ? Cest un choix qui ne dépend que de nous."