30/11/2018

Vers le bonheur par l’IA* et Big Data ?

A Lausanne durant cette année, Cèdres Réflexion, groupe préoccupé d’éthique, conduit une série de conférences sur le thème du bonheur. Récemment, l’une avait pour titre « Le bonheur selon Google ». Y participaient Solange Ghernaouti, connue pour ses travaux en cybersécurité, Jean-Gabriel Ganascia, informaticien au CNRS, à Paris, et François Fleuret, de l’Institut Idiap-EPFL (Martigny).

Intéressants débats sur Big Data, énormes collections de données. Oui, on peut critiquer les « géants hégémoniques du net », les GAFA, de recueillir sans les payer des quantités immenses de données à notre propos. Toutefois… le fait est que, si ces firmes ne le faisaient pas, ces données resteraient ici et là, sans servir à rien ! Fleuret : « en soi, Big Data ne saurait comprendre le monde, mais les analyses qu’il rend possible permettent des prévisions souvent fiables et peuvent apporter du sens. »

Caractéristique forte d’internet, (presque) tout y est gratuit. Cela a des avantages, en permettant l’accès dans le monde entier à l’ensemble des connaissances de l’humanité, y compris aux pauvres et marginalisés. Big Data permet des avancées pour les maladies orphelines. Où sont les pièges ? On assiste à une concentration de pouvoir inouïe chez les GAFA, les atteintes à la vie privée sont un grand souci, l’addiction à internet est de plus en plus préoccupante. Le fléau des « fake news » est hypertrophié par les réseaux sociaux. J.-G. Ganascia dit sa crainte que, en acceptant ainsi les carottes que nous tendent les GAFA, nous soyons des ânes…

Parmi d’autres effets à craindre : les rapports entre les gens ne seront plus directs, face à face, mais médiatisés par des technologies ; il faudra (ré-)apprendre à se regarder dans les yeux. Une raison d’inquiétude est l’érosion des principes mutualistes de notre société, par exemple dans le domaine de l’assurance-maladie : quand en un tour de main on connaitra les facteurs de risque et l’avenir médico-sanitaire probable de chacun, combien de temps la solidarité dans un cadre comme celui de la LAMal tiendra-t-elle ?

Avancées de l’intelligence artificielle : nous nous rassurons en affirmant péremptoirement que jamais l’IA ni les machines ne parviendront à des raisonnements aussi sophistiqués que l’être humain. F. Fleuret a ses doutes, il ne voit pas de « mur computationnel » qui serait infranchissable.  Pourquoi y aurait-il là un effet de seuil, on est dans une démarche tout à fait incrementaliste, en continu. Une réflexion analogue vaut pour le transhumanisme. Beaucoup s’y opposent mais oublient la réalité que la limite est très poreuse entre homme naturel et homme « augmenté » (au plus simple, beaucoup d’entre nous portent des lunettes ou des prothèses, la suite est un continuum, de plus en plus technologique et intrusif).

Des conclusions ? Les développements technologiques ont, c’est évident, un grand potentiel. Mais aucun des orateurs ne s’est hasardé à des prédictions tant soit peu précises quant à notre futur hyperconnecté. Trop complexe… dépendant de multiples paramètres plus ou moins saisissables. Ils ne croient pas que les technologies vont « réenchanter » un monde qui en aurait pourtant besoin. Solange Ghernaouti cite cette phrase d’un collègue : « Ce que je n’ai pas trouvé dans la vie, je ne l’ai pas trouvé sur internet. »

Inutile de dire qu’on n’a pas vraiment répondu à la question de savoir si Google pourrait apporter le bonheur. Il faudrait d’abord se mettre d’accord sur ce qu’on entend par bonheur - une autre question difficile.

*IA = intelligence artificielle

08/11/2018

Ce qui bloque la prévention santé

La revue « Santé publique » est publiée par la Société française du même nom. Dans son dernier numéro, de juillet-août 2018, on trouve un éditorial de Jean-Pierre Couteron, administrateur de la Fédération française Addiction, illustrant une situation, et des contraintes, qui ne sont en rien spécifiques à la France.

« Au fur et à mesure des publications sur ses effets négatifs, le réquisitoire s’alourdit : l’alcool est dangereux pour la santé. Il ne devrait y avoir aucune hésitation à réguler l’accès à l’alcool, par des mesures recommandées par les instances internationales, et à les accompagner d’un travail d’éducation à la santé. Or cela bloque. N’est-ce pas dû au statut de marchandise qu’ont aujourd’hui les drogues ? Leur marché, légal ou clandestin, en organise la circulation, les soumet aux intérêts de l’économie mondialisée. La santé est placée au second plan. »  

« Une communication bien rodée habille de façon respectable cet impératif économique. En période d’inconfort face aux évolutions sociétales, elle valorise un ’art de vivre’, elle se donne une image ‘responsable’, faisant mine de soutenir des mesures soi-disant consensuelles. Cette rhétorique a pris le contrôle d’un packaging sémantique, à coup de ‘modération’. L’impératif économique bloque toute mesure susceptible de toucher le marché, comme :  limitation de la publicité, prix minimum, logo sur les dangers de l’alcoolisation fœtale…. »

Sentiment de déjà lu, déjà entendu, déjà vu ? La problématique est comparable en Suisse, à propos de toutes les substances - ou comportements - qui peuvent mener à l’addiction. Ceux qui oeuvrent pour la protection de la santé doivent s’engager d’autant plus pour surmonter les obstacles - et sensibiliser une partie malheureusement importante de l’éventail politique qui  regarde ailleurs quand on lui parle de cette problématique. 

 

 

15/09/2018

Climat –Aller au-delà du « green washing », vite !

 

Un courrier de la co-présidente de l'association "Grands-parents pour le climat :

 

24 heures du jeudi 6 septembre publie deux courriers delecteurs particulièrement pertinents, à propos de notre cécité - ou notre surdité, ou des deux, en ce qui concerne les enjeux du dérèglement climatique. En rappelant la responsabilité à assumer vis-à-vis de nos petits-enfants – et de ceux qui les suivront. M. Thévoz insiste sur la nécessité deparler fortement aux politiques. M. Barraud évoque le coup de semonce, vis-à-vis de ces politiques, que représente la démission  avec pertes et fracas de Nicolas Hulot. Il critique aussi la publicité directe et indirecte faite un peu partout pour les SUV (sport utility vehicle), ces voitures lourdes, larges et à la mode. A cet égard, j’aimerais relever que, ce même jeudi, une délégation des jeunes du LAC (Lausanne Action Climat) et des Grands-parents pour le climat a été entendue par la Commission des pétitions du Grand Conseil Vd. Leur pétition demande l’interdiction (ou au moins la limitation) de la publicitépour ces véhicules, si gourmands et essence et en énergie. Il sera intéressant de voirle sortqui sera le sien. 

 

A l’évidence, la lutte pour que nos descendants bénéficient d’un environnementencore vivable est ardue. L'économie et la politique continuent leur chemin en faisant surtout du "greenwashing " :recouvrant d'une légère couche de peinture verte les mêmes méthodes qu'avant, la mêmeobsession de croissance, et refusant de considérer les conséquences à long terme. Avec nos modestes moyens, nous nous engageonspour que cela change.