04/12/2012

Rite liturgique pour les couples homosexuels ? Débat dans l'EERV

 

Un point fondamental, d’un point de vue médical, éthique et, je le crois, protestant, est de ne pas donner dans une idéologie qui fait fi de la réalité scientifique. L’Eglise au cours du temps s’est illustrée de manière inepte en s’opposant aux connaissances qui se sont avérées correctes : procès de Galilée, résistance bruyante par plusieurs Eglises à la théorie de l’évolution de Darwin, parmi d’autres. Il y a lieu de prendre du recul par rapport à l’Ancien Testament notamment : sur la base de l’une ou l’autre phrase, on voue aux gémonies l’homosexualité ou l’onanisme, en omettant opportunément à de rappeler que d'autres passage ne voient pas d'inconvénient à polygamie, adultère, prêt de son épouse à un autre, esclavage, lapidation et autres exécutions sommaires.

 

Il y a déjà une quarantaine d’années que l’Association américaine de psychiatrie, puis l’OMS , ont biffé l’homosexualité de la liste des maladies. Il y a aujourd’hui consensus quant au fait que l’homosexualité n’est pour l’essentiel pas un choix. Quelques confrères le contestent, c’est leur droit ; j’estime qu’ils prennent des positions dogmatiques qui s’écartent des règles que la profession est censée appliquer.

 

Pour l’essentiel nos congénères gays sont « faits comme cela ». Il n'y a pas lieu de contester qu'il y ait des situations d'ambivalence où la personne peut décider de l'orientation qu'elle choisit mais elles sont une minorité. Ici , rappeler cette phrase du maître qu'a été à Lausanne le Professeur de médecine Edouard Jequier-Doge: "Jamais et toujours n'existent pas en médecine". Jamais et toujours n'existent pas non plus dans la vie et la société. La vie n'est pas en noir et blanc, elle est faite de nuances de gris, de gris très clair à gris très foncé. C'est une position idéologique que de n'accepter de voir, en matière de sexualité, que la stricte division entre hétérosexualité  +++ et homosexualité +++. Cela ne correspond simplement pas à ce que nous sommes, à ce que les humains vivent. Dans le domaine de la sexualité aussi, il y a des continua. 

 

Qui peut dire légitime de rejeter certains pour un fait qui n’est pas de leur libre arbitre (de là à mettre à l’écart ceux qui sont porteurs d’autres caractéristiques qui ne plaisent pas, le pas ne serait pas grand). 

 

Il y a les grands débats théologiques, il y a aussi la sagesse. Remarque d’un ami senior, aux racines terriennes et plutôt conservatrices, lors de notre récente assemblée paroissiale : « Mais bien sûr qu’il faut accepter un rite pour les homosexuels. Ils ont tellement souffert durant tant de temps. Ils ont plus besoin d’une bénédiction que nous ».

 

 

 

17/08/2010

La RSR « la Première » lundi matin 16 août

L’heure d’actualité et débat de la RSR entre 7 et 8 heures chaque matin est le plus souvent bien intéressante. Lundi 16 août, prises de positions particulièrement claires, fermes, crédibles, de Léonard Gianadda d’une part, d’Elmar Ledergerber, ancien maire de Zurich, d’autre part.

 

Le premier, qui a créé la Fondation Pierre Gianadda avec le succès qu’on sait, poursuit aujourd’hui son mécénat dans sa bonne ville de Martigny dans le domaine social, notamment  en ce qui concerne des logements. Impressionnant d‘entendre – ce n’est pas la première fois – la solide et active gratitude qu’il manifeste à la cité suisse qui a accueilli son grand-père immigrant piémontais. Citoyen d’un canton voisin et ami, il m’est arrivé de me dire qu’il pourrait répartir plus largement, géographiquement, ses bonnes oeuvres… Mais qu’à cela ne tienne, on se réjouit de la chance de Martigny. Respect pour Léonard G.

 

Juste après, billet hebdomadaire d’Elmar L. (heureuse initiative de la radio d’inviter régulièrement ainsi de distingués Confédérés « d’outre en là »). A propos du commerce international des matières premières et de la nourriture (blé spécialement), il a eu des mots forts et bienvenus contre les spéculateurs – évoquant les perturbations majeures qui seront liées aux désastres naturels en Russie en ce moment (incendies etc.). Dont ces spéculateurs profiteront comme d’habitude - sauf changement de coeur pas terriblement probable, pour le grand malheur de populations et régions qui ont faim.

 

 

 

21/05/2008

Homosexualité et Eglise réformée : une position équilibrée

 

 

Le Synode de l’Eglise réformée vaudoise (EERV) a accepté à une large majorité, en janvier dernier, cinq résolutions à cet égard. Impressionnant de voir comment, sur la base d’une compréhension incomplète voire erronée, certains stigmatisent les positions prises.

 

 

Je n’évoque ici que la question des ministres (pasteurs, diacres - hommes ou femmes) homosexuels, la plus discutée à ce stade. Lors du débat, en général de haute tenue, du 26 janvier, on a entendu articuler des idées qui semblaient avoir une « logique » mais sont tout à fait inapplicables. Ainsi, il a été suggéré que seule telle instance (par exemple la commission de consécration) soit autorisée à prendre connaissance de l’orientation sexuelle des candidat(e)s. Surréaliste. Faut-il rappeler que l’orientation sexuelle d’une personne n’est pas inscrite sur son front et se marque pour l’essentiel dans des comportements très privés sur lesquels l’employeur, aussi éminent soit-il, ne saurait exiger d’être informé et dont il ne saurait en principe se mêler. Mettre un(e) pasteur ou une(e) diacre à la question pour qu’il/elle « avoue » sa préférence sexuelle ? Pas possible au vu du respect nécessaire des droits de la personnalité, et impraticable : vérifier l’orientation sexuelle ne peut se faire comme mesurer la taille et le poids ; les critères seraient sujets à grande caution et les attitudes des personnes peuvent changer au cours du temps (imagine-t-on cette vérification chaque mois, chaque année ?...).

 

 

C’est là que le Synode a fait preuve  de sagesse en adoptant une résolution qui inclut : « De même que l’EERV, à quelque niveau ou moment que ce soit, ne saurait mettre un ministre ou candidat en demeure de dévoiler son orientation sexuelle, de même un ministre ne saurait mettre en demeure l’EERV de se prononcer sur son orientation sexuelle. Pour sa part, le ministre ne saurait utiliser sa fonction comme lieu  de revendications ou de militance ».

 

 

Equilibre judicieux, respectueux des intérêts et des personnes. L’institution n’a pas à se montrer inquisitoriale quant à  des aspects strictement privés. Mais, en miroir, le ministre ne saurait en aucune manière alléguer qu’il a été engagé dans l’Eglise « en tant  que » homosexuel. Et, dans la foulée, le Synode rappelle que tout chrétien doit constamment  donner attention à ne pas devenir pierre d’achoppement, objet de scandale, pour celles et ceux qui sont autour de lui.