08/08/2022

Laver, c'est salir !

Cela n'aura pas échappé aux lecteurs/trices de notre quotidien national vaudois...  mais pour les autres  je ne résiste pas au plaisir de citer  le courrier de lecteur de mon excellent confrère François Burnier, de Pampigny, dans 24 heures du vendredi 5 août.
 
"Sécheresse - Laver, c'est salir de l'eau
En cette période de canicule et de sécheresse, plus que jamais, souvenons-nous que l'eau est un bien trop précieux pour que nous la salissions avec une voiture".
 
Merci , François. Bref, parfaitement clair et pertinent.
 

02/08/2022

1er août - Un PLR suisse à côté de la plaque... méconnaissant l'enjeu majeur

Bien étonnant communiqué de Thierry Burkart, président du PLR, à l'occasion de la Fête nationale. Logiquement, le propos est de motiver les troupes, de dire que nous sommes les meilleurs et qu'on va savoir gérer les défis de l'époque. L'éminent parlementaire fédéral y parle de guerre en Ukraine, de sécurité, de neutralité, de l'excellence suisse. De notre économie très orientée vers l'international, de nos compétitivité et talent d'innovation technologique. En bref, du "modèle à succès suisse".
 
Une cinquantaine de lignes ronflantes, de généralités tellement biendisantes; sans accroche dans la pratique toutefois - alors que  notre incomparable pragmatisme est souligné à plusieurs reprises. Le parti saura "se positionner face aux énormes changements actuels".  A propos d'énormes enjeux, savez-vous quoi ? Pas un mot sur le dérèglement climatique et la chute de la biodiversité, dont les enfants de six ans aujourd'hui savent que ce sont des menaces majeures pour l'habitabilité de cette planète dans les très prochaines décennies - qu'il en va de notre survie dans des conditions acceptables
 
Problématique "inconnue au bataillon" à l'état-major du PLR ? Self-satisfied business as usual, il suffit de poursuivre avec les mêmes manières de faire d'un libéralisme qui nous a apporté tant de bienfaits (libéralisme parfois néo- et donc prédateur, sorry). Que la biosphère se débrouille comme elle peut.
 
Après les prises de position vertes de Petra Gössi (dont on a pu douter quelque temps de la sincérité mais qui se sont avérées être un engagement sérieux), il y a eu reprise en main par les éléments "traditionnels" du parti... oserait-on dire que ce sont des personnalités qui prétendent se concentrer vers l'avenir alors que, à plusieurs égards, elles sont fixées sur le rétroviseur ?
 
Beaucoup de PLR avaient apprécié les orientations de la présidence Gössi qui s'appuyaient sur des sondages de la base qui avaient donné des résultats étonnants, défrisants pour la vieille garde. Que vont penser ces citoyen-nes du propos du 1er août, ultra-convenu et myope, de leur président ?
 
S'étonnera-t-on à la prochaine échéance, à l'automne 2023, que le parti perde encore quelques plumes - et un Conseiller fédéral ?

25/07/2022

Biosphère, climat, où allons-nous ?  Un académique sans langue de bois

Denis Duboule est professeur de génétique et de génomique à l’Uni de Genève, à l’EPFL et au Collège de France, fréquemment dans les médias. Il était l’invité de Manuela Salvi sur RTS La Première, dimanche 24 juillet, dans le cadre de la série très écoutée « A voix haute » et sous le titre " La planète, le vivant et nous".

Denis Duboule est un académique et chercheur reconnu ; gardant en général une posture technophile et rationaliste, il ne s’est que peu exprimé jusqu’ici sur les enjeux qui sont ceux, urgemment, de la planète et de l’espèce humaine. L’entretien avec Manuela Salvi a apporté des enseignements éclairants.

D'abord, il se distancie vivement de l'idée que homo sapiens est au sommet de l'évolution... Pourquoi penser cela, qu'entend-on par sommet ? (en aucun cas au sommet de la sagesse). « Ce n'est pas là qu'on devrait se placer, on se met tout en haut parce que c'est nous qui avons établi l'échelle (...) Le monde du vivant n'est pas hiérarchisé, toutes ses parties sont d'une importance égale ». En général, dit-il, les gens ne sont pas assez conscients qu'il est indispensable que l'équilibre global de ce monde soit préservé - pour cela, corriger « la part prépondérante et nocive qu'a prise l'espèce humaine ».

"La position que nous prétendons prendre dans le monde du vivant n'est pas légitime". Il évoque les nouveaux mouvements philosophiques et/ou militants qui veulent rétablir les équilibres ; pour stopper - au moins freiner - le dérèglement climatique, préserver la biodiversité, vouloir la santé planétaire (celle des écosystèmes et de la biosphère en général, dont la santé humaine dépend - bien plus qu'elle ne dépend des hôpitaux et des système médicaux - note de J.M.).

Pour le professeur Duboule, certaines manifestations des mouvements radicaux vont trop loin, mais il exprime une claire sympathique et un respect pour leur engagement à défendre des causes essentielles (des démarches radicales sont nécessaires, elles font bouger les lignes).

Sommes-nous à un point de bascule ? Sans doute, dit Denis Duboule. « On est dans une période critique. On ne va pas aller vers le meilleur… on est vraiment entré dans quelque chose qui va vers le pire. La question maintenant est 'Qu'est-ce qu'on fait de ce point de bascule ? ».

 Le potentiel de la technologie ? Oui... mais autour de moi, y compris chez les scientifiques technophiles et œuvrant dans ce monde, "on en est en train de sortir de l’idée que la technologie va nous sauver; elle seule ne va pas permettre de nous en sortir. Et c'est un autre point de bascule". 

Quant à ces questions, avez-vous changé au cours de votre carrière ? Pensez-vous autrement ? "Totalement... à un point tel qu'on se demande comment on a pu penser certaines choses" !

Impressionnant. Il me semble (J.M.) qu'on peut parler d'un coming out, dont il faut hautement se féliciter. Il en faut d’autres. Bon, les scientifiques, y compris ceux de très haut vol, ne sont pas les décideurs de la marche générale de la cité, ce sont plutôt les grands Messieurs-Dames de l'économie et de la politique. Mais si, en plus des climatologues, les académiques et autres chercheurs de toutes disciplines se mettent en nombre suffisant à sonner l'alarme, vigoureusement, les chances seront accrues de voir survenir les évolutions indispensables. De manière à corriger la course folle actuelle vers la croissance/production/consommation/exploitation à tout prix, qui se fait sans égard aux "hénaurmes " externalités nuisibles qui sont produites, notamment aux atteintes à l'environnement et à l'accroissement des inégalités tous azimuts.

À propos de ses réflexions ci-dessus, le professeur Duboule estime un peu déprimant qu'il ait cru longtemps à des idées si discutables voire erronées, mais que cela a aussi un côté encourageant :  "Cela montre qu'on peut changer. Et c'est un devoir [de ceux qui sont habilités à s'exprimer et disposent de tribunes où le faire] de communiquer et de promouvoir les prises de conscience indispensables".

Well (J.M.)… , une hirondelle ne fait pas le printemps, mais je trouve que l'entretien évoqué ici est une jolie hirondelle.

Il y a un demi-siècle, lors de mes études de santé publique aux Etats-Unis, j'avais glané cette formule "Les scientifiques ont fait des choses merveilleuses en regardant dans le microscope, il importe qu'ils regardent par la fenêtre aussi ". Si juste. Ouvrir les yeux sur les points de bascule, sur les funestes glissades actuelles vers l'inconnu (non, pas vers l'inconnu, vers des conséquences trop prévisibles !). En passant, qui croit encore que la canicule 2022 n'est qu'une simple variation ponctuelle sans signification particulière

https://www.rts.ch/audio-podcast/2022/audio/a-voix-haute-denis-duboule-la-planete-le-vivant-et-nous-comment-definir-le-vivant-25840386.html