25/03/2021

"Faits alternatifs", complexité - La dévalorisation du statut de la vérité

Impressionnante, la perte de crédibilité des notions de vérité ou de réalité - basée sur les faits scientifiques notamment.

Au début, je n'ai pas vraiment compris ce qui se passait - tout de même, la réalité est vérifiable !... Le phénomène, devenu mondial, a beaucoup prospéré avec l'arrivée au pouvoir d'un Donald Trump, menteur pathologique (plusieurs dizaines de mensonges par jour sûr son site Twitter durant sa présidence). Son entourage a mis au goût du jour la notion de "alternative facts", nouveauté interpelante. Ce qui inquiète c’est que près de la moitié de la population états-unienne s’est accoutumée à ces fausses nouvelles et, pire, y croit.

Au nom de la liberté (de dire n’importe quoi), certains voudraient que les médias accordent autant de place aux avis discordants qu’aux faits - ou à ce que pensent des personnes aux compétences reconnues.

Les médias ont pour mission d'observer objectivement le tumulte sociétal, d’en rendre compte et de le commenter sur des bases fondées. Ce n'est pas ce qui se passe sur les réseaux sociaux, la parole la plus saugrenue semblant y avoir par principe autant de poids, voire davantage, que celle d'un groupe d’experts (on peut penser ici au GIEC à propos de climat), ou d’un élu ou dirigeant ayant la charge d’évaluer et gérer une situation dans ses origines et conséquences factuelles.

D'accord bien sûr, il est normal de questionner les avis des experts ou des "sages", mais on devrait pouvoir attendre des voix critiques qu'elles manifestent un minimum d’objectivité, et de bon sens. Le covid-19 a entraîné une floraison d'idées et d'allégations sur diverses dimensions de la pandémie, avec souvent des ingrédients conspirationnistes. Ainsi les menées exprimant des craintes d'un système souterrain téléguidant le monde dans sa marche - des manipulations massives dont la plupart d’entre nous seraient totalement inconscients... Au plan global, le succès de mouvements comme QAnon est très préoccupant.**  

Le problème : vous avez une bonne chance d’être cru si vous affirmez des choses invraisemblables mais qui pointent avec aplomb là où est le bien, et où est le mal. La vidéo « Hold up », qui se veut un documentaire (« docu-menteur », selon un observateur) et a été très regardée, est une collection de tels messages non fondés mais simplistes.

Or, la vie, le monde, sont marqués par la complexité - comme cherche depuis des décennies à le faire comprendre Edgar Morin. Mais ce qui est complexe perturbe notre tranquillité d’esprit.

Exemple d’actualité, la vaccination anti-covid. Tous les avis entendus vont dans le sens d'une non-obligation de se vacciner (je suis sûr que c’est juste - j'ai été instrumental dans l'abrogation dans le canton de Vaud de la dernière vaccination obligatoire - celle contre la diphtérie, avant d'entrer à l'école). Mais une initiative étonnante est lancée pour ancrer cette non-obligation dans la Constitution. Comme s’il fallait contrer une machination imminente. Tempête dans un verre d'eau à la suisse… Les initiants prétendent notamment interdire tout traitement différent de personnes qui refusent la vaccination. A première vue une demande raisonnable. Mais... si une compagnie aérienne exige des passagers qu'ils soient vaccinés, ou si un Etat étranger l'impose aux personnes arrivant sur son territoire pour vacances, comment la Confédération s'y opposerait-elle ?

S'il s'agit d'éviter, sur la base de données fiables, que des non-vaccinés mettent sérieusement en danger les autres, ces mesures "discriminantes" auront une logique.  La vie en société requiert de trouver un équilibre adéquat entre droits et devoirs des citoyens. Là encore, il importe que des informations compréhensibles soient disponibles - et bien communiquées.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

15/03/2021

Une Task force fédérale "Climat et biodiversité" ?

Les phénomènes alarmants que sont le dérèglement climatique et la baisse de la biodiversité préoccupent les médecins et soignants, entre autres parce que ces changements auront de sérieuses conséquences en termes de mortalité et morbidité - d'un ordre de grandeur bien plus important que les conséquences, pourtant graves, du covid.

Le 23 février dans son émission matinale d’informations, la radio "La Première" diffusait une séquence sur la demande de personnalités scientifiques, dont Marcel Tanner, président des Académies suisses des sciences, pour la création d'une "Task force climat et biodiversité" - sur le modèle de celle chargée de conseiller le Gouvernement à propos du covid. Cette dernière fait l'objet de critiques, elle privilégierait les aspects sanitaires par rapport à la reprise de l'économie. Dans l'ensemble, il parait clair qu'elle fait son travail - et, dans tous les cas, son rôle n'est pas facile, celui du Conseil fédéral encore moins.

S'agissant des enjeux liés au climat et à l'environnement sont majeurs, l'idée d'une Task force "dédiée" est très bonne, pour assurer une approche structurée et coordonnée des problèmes. Ses promoteurs soulignent que son rôle serait strictement de fournir des avis scientifiques et qu'elle ne saurait avoir des pouvoirs opérationnels (comme établir des prescriptions par ex.). Elle ne devrait pas non plus être activiste - éviter le risque du "Gouvernement par les experts " ou de la "République des Sages"... Cependant, il serait bon que son mandat inclue d’examiner les effets en termes climat/biodiversité des projets de lois mis en consultation par le Conseil fédéral - tout comme sont évaluées systématiquement leurs conséquences financières.

Soutien bienvenu : dans un communiqué de presse du 22 février, la Commission de gestion du Conseil des Etats demande que le Conseil fédéral renforce sans délai les mesures de protection de la biodiversité, ce qui a été fait jusqu’ici demeurant insuffisant.

J 'ai eu le privilège de faire partie de deux instances comparables : la Commission fédérale sida dans les années 1980-1990 et la Commission fédérale pour la médecine humaine, créée en 2003. Notre rôle, là aussi, était de conseiller mais on peut dire que les rapports et recommandations de ces commissions ont joué un rôle significatif : en procédant à des évaluations interdisciplinaires sur des thèmes sociétaux, en clarifiant les enjeux, en développant une vision à moyen et si possible long terme. Sans doute aucun, sur les questions liées au climat, mettre sur pied une telle instance ne serait pas un mauvais usage de quelques ressources.

 

06/11/2020

Etats-Unis

Ouf.... Ouf !   OUF !!!