18/08/2020

D'un mal , essayons de faire un bien

C'est le titre d'un éditorial du Prof. Henri Bounameaux (Faculté de médecine de Genève), président de l’Académie suisse des sciences médicales, dans le dernier Bulletin de l'ASSM:

"Puisse la crise du Covid-19 être le détonateur d'un grand examen de conscience. C'est la gouvernance du monde qu'il faudrait revoir, mais commençons déjà par l'Europe et le Suisse. C'est notre système de santé qu'il faut repenser, ses priorités qu'il faut redéfinir, les politiques qu'il faut recentrer."

Difficile de mieux dire. Il est impératif de ne pas "retourner à l’anormal". Pourvu que de telles requêtes éclairées d'académiques (mais bien sûr, pas d'eux seulement) fassent réfléchir les responsables de l 'économie et de la politique - et autres "gnomes".

13/08/2020

Pourquoi oeconomie plutôt que économie

Un ami scientifique attire mon attention sur le « Petit traité d’oeconomie » de Pierre Calame (Editions de la Fondation Charles Léopold Mayer, 2018).  Calame est ingénieur, ancien haut fonctionnaire français, et appelle à revenir à la notion d’oeconomie, plus proche de la vie quotidienne, plus inclusive. Quelques extraits :

Jean-Jacques Rousseau utilisait les deux orthographes : «Le mot d’économie ou d’œconomie vient de oïkos (maison) et de nomos (loi), et ne signifie que le sage et légitime gouvernement de la maison, pour le bien commun de toute la famille. Il a le souci d’en faire une science. Linné parle lui aussi d’œconomie. »

Dans un livre du XVIIe siècle, Calame a trouvé les éléments de l’agro-écologie et de l’économie circulaire (en termes d’aujourd’hui). « Avec le souci de tirer tous les bénéfices possibles pour la famille élargie des ressources d’un grand domaine agricole tout en en préservant la fertilité à long terme. On parlerait aujourd’hui de la connaissance du fonctionnement des écosystèmes et de leurs interactions avec l’activité humaine. »

Aujourd’hui, le mot économie a triomphé et on mesure les conséquences de la perte du petit «o ». Les systèmes juridiques occidentaux, rompant avec la longue histoire où individus et sociétés s’étaient vus comme partie intégrante d’une communauté englobant toute la biosphère, ont introduit une distinction radicale entre les êtres humains et le reste de la communauté, animaux, plantes et lieux, réduits au statut d’objets à disposition.

Le mouvement des communs. "Ce mouvement, avec l’élan donné par le prix Nobel d’Elinor Ostrom, a permis de réunir des réflexions et expériences jusque-là éparses, ayant pour caractéristique d’imaginer des modes de gestion différents du marché et de l’action publique. Ces formes de gestion communautaire d’un bien ou service qui bénéficie à tous, mais ne peut être approprié par aucun, étaient déjà nombreuses ; le mouvement des communs leur donne une nouvelle jeunesse. C’est la résistance à la privatisation de la gestion de l’eau, en Italie, qui a fédéré des énergies et lancé le mouvement. Aujourd’hui, l’idée de communs englobe aussi bien les jardins urbains partagés que les semences paysannes ou les logiciels libres."

On peut relever que, au lendemain du Sommet de la Terre de 1992, les agendas 21 locaux étaient considérés comme une simple déclinaison des agendas nationaux. Aujourd’hui, les réseaux de « territoires en transition » sont devenus le fer de lance de la transition elle-même.

NB : Calame parle d’œconomie plutôt que de développement durable, du fait de l’origine de ce dernier concept. « Il a en effet été forgé au début des années 1980, pour concilier la reconnaissance des impasses auxquelles conduisaient nos modèles de développement et celle du 'droit au développement' de régions aspirant au niveau de vie occidental. C’est donc un oxymore: en juxtaposant deux notions contradictoires, développement et durabilité, on a fait comme si la contradiction était magiquement résolue. »

 

 

 

 

03/08/2020

Thérapie de famille - Une contributon bienvenue et substantielle

Nahum Frenck, pédiatre connu de Lausanne, et le psychologue Jon Schmidt sont tous deux sont thérapeutes de famille. Ils publient un ouvrage sur leurs philosophie et manières de travailler, présentant seize histoires tirées de leur pratique et les enseignements y relatifs. lllustrant la palette des difficultés qui perturbent, agitent, la vie des familles.*

L’approche systémique voit la famille comme un ensemble d’éléments reliés les uns aux autres. Les auteurs prennent l’exemple d’un mobile : le fait de toucher une des pièces fait inévitablement bouger l’ensemble de la structure mais le mobile trouve toujours un équilibre (homéostasie).

Facettes des situations, parfois des « syndromes » qui font l’objet d’un récit : l’enfant roi, celui à haut potentiel, ou hyperactif ; le patient désigné ; l’adolescent en quête d’identité (coming out à propos d’homosexualité). L’enfant adultifié, parentifié, ou à l’inverse l’adulescent : la personne de trente ou quarante ans qui vit comme un ado, sans assumer les tâches habituelles de l’adulte - passant son temps à des jeux vidéo par ex. Sont abordées les tensions voire ruptures du couple, les familles recomposées, l’adoption.

Les relations avec les grands-parents sont bien présentes : défis liés à un modèle patriarcal, aux origines culturelles différentes. Les contentieux non réglés sont un enjeu : les auteurs parlent du « grand livre » de la comptabilité familiale... 

Dans la conclusion : « Les échanges nous ont forcé à nous interroger quotidiennement et à cibler nos interventions, trouver les mots justes. Nous questionnant devant nos patients, tout en les invitant à se joindre à la discussion. En vue de permettre à chacun de définir et négocier son rôle et sa place, entre les libertés et les contraintes du quotidien. »

Défis de familles est une stimulante exposition aux préoccupations multiples rencontrées aujourd’hui - même si beaucoup de problématiques sont de toujours. Ce livre sera lu avec profit par celles et ceux qui connaissent ou ont connu des moments difficiles, mais aussi, sans doute aucun, par d'autres dont la vie serait plutôt un fleuve tranquille.

*Défis de famille - 16 histoires de thérapie systémique. Le Mont-sur-Lausanne: Editions LEP, 2019.