29/07/2020

Tout va bien ? Ce que je peux découvrir au cabinet pédiatrique

C'est le titre d'une sorte d’album-photo de 40 pages, chacune avec des informations utiles et de belles images (Creathera, Berne, 2020). Conçu par deux pédiatres praticiennes à l’intention des parents aussi bien que des enfants.

Deux parties, selon la page de couverture que l’on considère. Dans la première on trouve le contenu des examens de prévention au cabinet pédiatrique, avec des messages-clés sur les compétences que l’enfant acquiert progressivement et treize pages de photos illustrant le contact du médecin avec son patient et ses parents -  de 0 à14 ans.

Dans l’autre sens, on trouve un contenu destiné spécifiquement aux enfants, pour les familiariser avec ce qui se passe pour eux dans un cabinet médical : être pesé et mesuré, vacciné, avoir une prise de sang au bout du doigt. Devoir se déshabiller, être ausculté et palpé parler, échanger... L'original, dans les photos qui portent l’ouvrage, c’est que ce sont deux enfants de sept ans qui jouent le rôle des parents et que les patients sont des singes en peluche. Sûrement, le fait pour les parents et le médecin de discuter ces pages avec l’enfant retiendra vivement l’attention de ce dernier et le distraira. A noter qu’on ne voit dans ce livre aucune blouse blanche.

De tels outils bien informés, didactiques et déstressants pour petits et grands fréquentant le milieu médical sont très bienvenus. Ils sont heureusement disponibles en nombre croissant.

28/06/2020

Les soignant-e-s militent pour le climat, il y a urgence

Communiqué de l'ATS du 27 juin

Environ 80 professionnels de la santé ont mené une action samedi après-midi 27 juin à Lausanne. Issus de la branche médicale d'Extinction Rebellion (Doctors for XR), ils ont joué une pièce théâtrale pour alerter les passants sur les répercussions du réchauffement climatique.

Majoritairement vêtus de blouses blanches, portant des masques avec le symbole d'XR, les professionnels de la santé se sont réunis dès 14h00 sur la place de l'Europe. Tandis que deux oratrices narraient excellemment les catastrophes à venir en lien avec la crise climatique, les militants se couchaient tour à tour sur le bitume pour former le logo d'XR.

"L'humain ne peut pas survivre à partir de certaines températures. Des régions du monde vont devenir inhabitables". En guise d'accessoires, les militants portaient un cercueil avec l'inscription «Notre futur» et un thermomètre géant. Parmi les banderoles, on pouvait notamment lire «L'inaction du gouvernement tue».

 

La manifestation, autorisée par la police, a réuni des militants de tous âges, issus de divers secteurs de la santé. Parmi eux se trouvait Jean Martin, l'ancien médecin cantonal vaudois (1986-2003). «Le dérèglement climatique aura des effets dévastateurs, beaucoup plus importants par exemple que ce que nous vivons avec le Covid-19», a-t-il affirmé, interrogé par Keystone-ATS.

L'ancien député radical a estimé qu'il était difficile de «sensibiliser les pouvoirs publics» à cette problématique, raison pour laquelle il s'est joint l'an dernier aux marches pour le climat puis au mouvement Extinction Rebellion. «Je crois au système démocratique, mais le processus politique est lent. Il y a une place pour la désobéissance civile au vu de l'urgence», a-t-il jugé.

Jean Martin s'est néanmoins félicité des récentes avancées dans le domaine, notamment la loi sur le CO2 validée par le Parlement fédéral. «C'est un pas significatif dans la bonne direction».

 
 
 
 

18/06/2020

Hubert Reeves - de physicien nucléaire à écologiste, sans se renier…

 

A propos de :

« Je chemine avec… Hubert Reeves » (Entretiens avec Sophie LHuillier). Seuil : 2019, 115 pages.

Je n’ai pas une histoire de fan inconditionnel de Hubert Reeves, l’astrophysicien québécois qui a vécu et travaillé en France depuis l’âge de 33 ans. Mais j’ai beaucoup apprécié son petit livre récent. Trois parties, sur l’enfance stricte mais entourée de nature au Québec, puis la description d’un parcours académique brillant et atypique, et « Ce que j’ai récolté en chemin».

Très proche de sa mère et d’une grand-mère, il a étudié les sciences parce que c’était un domaine où son père autoritaire ne connaissait rien. Fait un doctorat à l'Université Cornell, a des contacts avec la NASA. Ses recherches scientifiques concernent la nucléosynthèse, la recherche de l’origine des éléments chimiques. ll s’établit en France en 1965 et fait alors sa carrière dans le cadre du CNRS et du CEA (Commissariat à l’énergie atomique). D’où, dit-il, il n’a pas été éjecté ni même censuré quand il s’est mis à tenir des propos anti-nucléaires.

Les castes en France. Académique, il formule des critiques sur le système français. Il n’a pas vraiment participé à mai 68 ; cependant : « Une cause me semblait juste, c’était la rébellion contre cette presque dictature des enseignants sur les élèves."

« La grande différence, ce sont les castes. Il y a beaucoup moins de cela en Amérique du Nord. Aux Etats-Unis, nous mangions en toute simplicité avec des sommités (…) Cette réalité des castes n’est pas étrangère au mauvais classement des universités françaises. » Plus loin : « J’avais l’espoir à mon échelle de faire changer les choses en France, c’était une illusion. Sur ce sujet j’ai perdu mon temps. »

« Enseigner, c’est enseigner quelque chose à quelqu’un. Ce n’est pas la peine de changer les programmes continuellement tant qu’on n’a pas admis l’importance du contact avec son auditoire.

L’orientation vers l’écologie. Tournant de sa vie, ces trente dernières années. Dans les années 1960, un de ses collègues enseignants à New York était James Hansen, physicien qui se préoccupait déjà vivement de gaz carbonique et d’effet de serre. Reeves note que, alors, avec d’autres, « Nous n’étions ni convaincus ni tracassés ». Ensuite, de plus en plus il milite pour le milieu de vie et, en compagnie notamment de Théodore Monod, il a un engagement social.

Les relations avec ses enfants. « J’avoue que je ne suis pas très à l’aise avec cette question, parce que je n’ai pas été assez disponible pour eux. (…) Il y a eu une période de crise où le dialogue a été difficile. Mes enfants eux, aujourd’hui, s’occupent beaucoup de leurs enfants. Mais je n’ai jamais fait cela et me le reproche.». Situation loin d’être exceptionnelle.

Que dire à un (futur) scientifique de 18 ans ? « Méfie-toi, ne cherche pas à tout prix à être le meilleur, c’est destructeur. La chose contre laquelle je me suis toujours battu, c’est ma propre compétitivité. Être compétitif, c’est une qualité mais ça peut aussi te ruiner la vie. »

Quelle question poser pour trouver du sens dans le choix de son métier ? Réponse : « Comment habiter poétiquement le monde ?». Reeves fait partie des scientifiques qui considèrent qu’intelligence et émotion sont complémentaires. « La planète sera-t-elle habitable dans 50 ans ? Je me demande quelle vie auront mes petits-enfants. Il y a cent ans, tu connaissais concrètement le travail de tes parents et tu le poursuivais. Maintenant il n’y a plus de modèle. L’avenir est un grand blanc, les jeunes n’arrivent pas à y projeter des images. » Toutefois, avec Edgar Morin, se souvenir que « la réalité a plus d’imagination que nous. »