12/07/2019

Désinformation organisée, un fléau

Démarche de salubrité publique que l’entretien de Florent Quiquerez avec Martine Rebetez (24 heures du 8 juillet). Qu’il y ait de trop nombreux lobbyistes, influençant de manière très orientée nos parlementaires et d’autres, c’est une chose, et une majorité politique n’y trouve rien à redire. Mais que des montants par millions soient consacrés à répandre des messages faux, c’en est une autre. Le fait est que les colporteurs de « fake news » et autres « marchands de doute » ont le bras long - y compris pour dévoyer des personnes ou instituts en principe scientifiques, mais qui acceptent de souligner lourdement, par exemple, qu’en science « on n’est jamais sûr de rien ». Bien sûr, le doute fait partie intégrante de la démarche scientifique mais, sur le dossier climatique, les faits sont les faits, il n’y a plus de débat (pour 97% des scientifiques !). Occasion de rappeler le mot de Daniel P. Moynihan, homme politique américain majeur il y a quelques décennies (à une époque où dans mon souvenir il y avait dans ce milieu une certaine décence), qui disait « chacun a le droit à sa propre opinion - bien entendu - mais pas à ses propres faits ». Le médecin de santé publique que je suis se doit ici de rappeler que, avant les firmes du pétrole et du charbon, l’industrie du tabac s’est particulièrement illustrée par la propagation de notions inexactes en ce qui concerne la nocivité du tabac – 10'000 morts par an en Suisse.

 

 

26/06/2019

Chez nos voisins: la désastreuse affaire Vincent Lambert

Au cours de mes rencontres récentes, j’ai encore à trouver quelqu’un qui se réjouisse de la poursuite de la saga Vincent Lambert chez nos voisins français. Que je rappelle que, suite à un accident de circulation en 2008, cet ancien infirmier est resté en état dit « végétatif. » Basé sur sa vie avec lui et ses volontés clairement exprimées à l’époque, son épouse souhaite qu‘on le laisse mourir en paix.

Les plus hautes instances judiciaires ont donné raison aux médecins qui se sont ralliés à la détermination de l’épouse (qui représente son mari). Ce à quoi s’opposent avec une virulence hors du commun les parents de Vincent L. et leurs avocats, qui ont multiplié les recours et continuent à le faire.

Comme médecin cantonal, j’ai vécu l’évolution des attitudes en rapport avec la fin de vie. Ainsi que le développement réjouissant des soins palliatifs, domaine essentiel de la médecine contemporaine. Ces enjeux sont je le crois traités avec justesse et respect chez nous. Mais j’ai toujours été impressionné, inquiet, depuis des années, de voir comment outre-Jura on ne parvient pas à dialoguer sereinement mais qu’au contraire on s’étripe (le mot est à peine trop fort) sur la place publique - sans apparemment prendre la peine de considérer la position de l’autre partie.

La lecture récente de l'ouvrage* d’une médecin britannique qui a fait carrière dans les soins palliatifs m’amène à citer des propos qu’on aimerait faire parvenir aux oreilles, à l’intelligence et aux coeurs de protagonistes dogmatiques : « Oui ou non avons-nous le droit de choisir quand mettre un terme à notre vie ? Nous sommes nombreux à avoir une opinion à cet égard, liée à des perspectives diverses quant à l’autonomie personnelle, la fragilité de la condition humaine […] Il n’y a pas de doute que, des deux côtés, ceux qui font campagne [pour ou contre l’euthanasie ou l’assistance au suicide] sont motivés par des éléments de compassion et principe. Pourtant, la discussion, si souvent polarisée et bruyante, semble avoir peu de rapport avec ce qui est vécu. Beaucoup de ceux qui travaillent quotidiennement en soins palliatifs sont exaspérés par les positions tranchées des militants de l’une ou l’autre vision, alors que nous savons que la réalité n’est ni noire ni blanche mais faite de nuances de gris. La perspective qui manque aux deux ‘bords’ est la réalité du mourir humain. »

Devant des épisodes réitérés comme ceux qui entourent le lit de Vincent Lambert, on craint vraiment que certains des acteurs ne s’intéressent qu’à leurs idées préconçues et pas à la vraie vie – ou la vraie mort. 

*Kathryn Mannix. With the End in Mind – How to Live and Die Well. Londres: William Collins, 2018.

19/06/2019

Les marchands de doute - et de choses qu'ils savent fausses

 

Samedi matin 15 juin, j’écoutais « Médialogue » sur la Première, avec un interview de Richard Eastes, scientifique français établi en Suisse. On parlait des « exploits » de la communication de groupes économiques cherchant à influencer les élus et la collectivité en général en propageant des informations fausses et/ou en instillant le doute sur des enjeux concernant leurs affaires. Référence a été faite à « Les marchands de doute », livre connu - bien en vue en ce moment dans nos librairies ; les Américains Naomi Oreskes et Erik Conway y démontrent et démontent les démarches, tendant à discréditer les acquis de la science, de secteurs craignant une baisse de leurs bénéfices. Les cigarettiers et les firmes pétrolières se sont beaucoup illustrés dans ce sens. Certains mouvements politiques ne sont pas en reste, suivant Donald Trump le grand gourou des "fake news" et de la vanité...

Tout en suivant l’émission, je parcourais le journal tous ménages « Edition spéciale » d’un grand parti nationaliste, arrivé peu avant dans ma boite à lettres. Avec des attaques en règle contre ceux qui se préoccupent des catastrophes vers lesquelles nous mène le dérèglement climatique attesté par 97% des scientifiques. Tout en refusant une quelconque responsabilité de notre pays à cet égard (trop petit pour faire une différence… comme si la Suisse n‘avait pas dans le monde une importance disproportionnée par rapport à sa taille). Avec aussi des compliments appuyés à l’action écologique d’une entreprise proche du parti…

Etonnante coïncidence… ce tous-ménages est une belle illustration des moyens mis en œuvre par les « marchands de doute ».