12/06/2020

Trois Chefs d’Etat avec du courage - Climat et corona

Pour une bonne surprise, c’est une bonne surprise, cette prise de position des Président-e-s de Suisse, d’Allemagne et d’Autriche pour une politique climatique digne de ce nom (24 heures du 5 juin). Ceci alors que, avec le déconfinement, on entend trop de personnes d’importance qui voudraient nous convaincre que, même s’il y a un souci climatique, il passe largement après des intérêts à court terme. A juste titre, les trois Chefs d’Etat soulignent qu’on ne saurait opposer les défis lancés par le covid-19 et ceux du dérèglement climatique. Les uns sont aigus depuis trois mois mais - cela ne peut pas être contesté - les effets dévastateurs du virus sont bien moins lourds que ceux à venir du bouleversement climatique - en termes de vies humaines perdues ou gravement altérées.

Dans ma 80e année, j’apprécie le soin diligent qui a été pris des vieux dans la période récente, mais je crois aussi que ce que Simonetta Sommaruga et ses homologues veulent promouvoir est fondamental : « les personnes âgées doivent faire œuvre de solidarité avec les jeunes en leur laissant une planète où il vaut la peine de vivre ».

A ce stade, on a peu de garanties quant à l’étendue et au sérieux des actions que Confédération et cantons prendront en matière de climat (la loi sur le CO2 que vient d'accepter le Conseil national est menacée pas un référendum lancé par l'UDC). A noter encore que, de la même manière qu’on doit gérer conjointement les problématiques corona et climat, il s’agit dans la lutte pour le climat d’avoir une stratégie considérant adéquatement les enjeux liés aux inégalités sociales.

11/05/2020

Surtout pas de match corona-climat – Il faut traiter les deux défis conjointement

Un des grands dangers pour la vie de nos sociétés dans l’avenir proche est que des milieux politico-économiques s’échinent à vouloir opposer les défis posés par la pandémie et par le dérèglement climatique - et leurs effets respectifs. Sur Allnews le 5 mai dernier, le professeur de Sciences Po Jean Pisani-Ferry s’exprimait. Extraits :

« La pandémie nous a fourni un cours intensif sur les effets collectifs des comportements individuels. Chacun de nous a pris conscience que son devoir n’était pas seulement de se protéger lui-même mais aussi de protéger les autres. Hier encore on pouvait considérer qu’il suffisait pour être un bon citoyen de payer ses impôts et d’effectuer quelques dons. Dans la crise sanitaire pas plus que dans une crise climatique, on ne peut se borner à payer pour être quitte.

La solution au défi actuel ne peut pas venir seulement d’une bonne combinaison de décrets gouvernementaux et d’incitations de marché. Des communautés dont les membres adoptent un comportement responsable est une composante indispensable. Capital social et normes sociales sont fondamentaux. Et ceci s’applique aussi au changement climatique. 

L’action contre le changement climatique a, par nature, un caractère global, là où la lutte contre le virus présente un caractère plus localisé. La lutte contre le changement climatique réclame des accords mondiaux. Malgré les interactions internationales, on ne peut pas dire la même chose de la lutte contre l’épidémie.

En guise de conclusion: comme le relève l’économiste du climat Gernot Wagner, la pandémie est une sorte de réplique en accéléré du changement climatique. Ce n’est donc pas sans raisons que l’opinion mondiale considère, dans sa majorité, que le réchauffement climatique est aussi important que le COVID-19, et souhaite que les gouvernements donnent priorité au changement climatique dans le relèvement de l’activité. » Néanmoins, il est fort possible que la contradiction entre ceux qui s’inquiètent de la fin du mois et ceux qui se soucient de la fin du monde s’intensifie – c’est ce que des gouvernants et leaders de l’économie qu’on souhaite lucides doivent absolument s’efforcer d’éviter. 

 

07/05/2020

Il ne faut pas de "retour à l'anormal" !

C'est en tout cas le sens du propos de l'économiste  Mohamed Yunus, Prix Nobel, dans le journal "Le Monde" du 6 mai. Sommes disposés à lire et écouter ?

"L’épidémie de Covid-19 est en train dinfliger à notre monde des dégâts incommensurables. Mais si considérables que soient ces dommages, cest également une occasion unique qui se présente à nous. Il ne sagit pas de savoir comment relancer l’économie. La vraie question est celle-là : faut-il revenir au monde tel quil était avant larrivée du SARS-CoV-2 ? Ou bien le repenser ?

Inutile de le rappeler, le monde davant le coronavirus nous était néfaste. Lhumanité se préparait à une avalanche de tragédies. La catastrophe climatique allait rendre la planète impropre à la vie humaine ; lintelligence artificielle nous conduisait tout droit vers le chômage de masse ; la concentration des richesses atteignait des niveaux explosifs. La décennie qui venait de commencer était celle de la dernière chance, nous ne cessions le répéter. Après elle, tous nos efforts nauraient que des effets dérisoires, insuffisants pour sauver la planète. Est-ce là le monde auquel nous voulons revenir ? Cest un choix qui ne dépend que de nous."