11/05/2020

Surtout pas de match corona-climat – Il faut traiter les deux défis conjointement

Un des grands dangers pour la vie de nos sociétés dans l’avenir proche est que des milieux politico-économiques s’échinent à vouloir opposer les défis posés par la pandémie et par le dérèglement climatique - et leurs effets respectifs. Sur Allnews le 5 mai dernier, le professeur de Sciences Po Jean Pisani-Ferry s’exprimait. Extraits :

« La pandémie nous a fourni un cours intensif sur les effets collectifs des comportements individuels. Chacun de nous a pris conscience que son devoir n’était pas seulement de se protéger lui-même mais aussi de protéger les autres. Hier encore on pouvait considérer qu’il suffisait pour être un bon citoyen de payer ses impôts et d’effectuer quelques dons. Dans la crise sanitaire pas plus que dans une crise climatique, on ne peut se borner à payer pour être quitte.

La solution au défi actuel ne peut pas venir seulement d’une bonne combinaison de décrets gouvernementaux et d’incitations de marché. Des communautés dont les membres adoptent un comportement responsable est une composante indispensable. Capital social et normes sociales sont fondamentaux. Et ceci s’applique aussi au changement climatique. 

L’action contre le changement climatique a, par nature, un caractère global, là où la lutte contre le virus présente un caractère plus localisé. La lutte contre le changement climatique réclame des accords mondiaux. Malgré les interactions internationales, on ne peut pas dire la même chose de la lutte contre l’épidémie.

En guise de conclusion: comme le relève l’économiste du climat Gernot Wagner, la pandémie est une sorte de réplique en accéléré du changement climatique. Ce n’est donc pas sans raisons que l’opinion mondiale considère, dans sa majorité, que le réchauffement climatique est aussi important que le COVID-19, et souhaite que les gouvernements donnent priorité au changement climatique dans le relèvement de l’activité. » Néanmoins, il est fort possible que la contradiction entre ceux qui s’inquiètent de la fin du mois et ceux qui se soucient de la fin du monde s’intensifie – c’est ce que des gouvernants et leaders de l’économie qu’on souhaite lucides doivent absolument s’efforcer d’éviter. 

 

01/04/2020

Lutter contre les "fake news" - D'autant plus important en période de pandémie

 

Le contrôle de qualité de ce qu'on peut trouver sur le net est un sujet aigu. Les fausses informations sont particulièrement préoccupantes dans le domaine médico-sanitaire et les médias fiables rendent attentif à leur fréquence. Près de moi vers le 11 mars, des connaissances ont disséminé de bonne foi une info angoissée prétendument issue de Chine qui, avec certaines choses correctes, en disait d’autres erronées - dont une recommandation de boire des boissons chaudes pour se protéger du virus ! C’était un hoax (canular). Ce qui attirait l’attention sur la fragilité du message, c ’est que l’envoyeur allégué était une association contre la thrombose vasculaire…

Les mesures fortes ordonnées par les gouvernements ont étonné voire stupéfié les populations - et passablement de responsables économiques ou politiques. Logiquement, beaucoup ont fait une analogie avec le dérèglement climatique, qui demande des décisions aussi fortes dans leur ordre de grandeur - même si elles n’ont pas à être prises dans les 24 ou 48 heures. Mais, dans les deux cas, les actions adéquates vont déstabiliser le modèle actuel de fonctionnement de la société. Peut-être la crise liée au coronavirus aura-t-elle le mérite de nous préparer à ce que requiert la transition énergique indispensable pour lutter contre le réchauffement ?

« C’est là que cette crise sanitaire rejoint l’autre, climatique. Si nous pouvons vivre avec l’annulation des vols, la fermeture d’écoles, pourquoi ne pas accepter, plus tard, les restrictions rendues nécessaires par la réduction des émissions de CO2? », dit Serge Michel, rédacteur en chef du site heidi.news, le 14 mars.

Pour les deux problématiques, se pose de manière aiguë la question des fake news. Ainsi, un ancien de l’EPFL, à Lausanne, inonde les rédactions de messages erronés, prétendant sur la base de travaux d’il y a plusieurs décennies - infirmés depuis, que le changement climatique n’est pas dû aux gaz à effet de serre et n’est pas d’origine anthropique. Il arrive que des journaux publient ces allégations, trompés par la référence à une Haute Ecole.

Le nécessaire contrôle de la qualité des informations sur les réseaux sociaux et autres médias a encore beaucoup de pain sur la planche.

 

 

21/03/2020

Corona-mesures, corona-gentillesse (II)

Diriger une collectivité n'est pas simple. Voir les critiques encore récentes (on les oublie mais il y en a eu, il y a dix jours encore) de milieux qui considéraient que nos autorités perdaient le boule en en faisant trop. Je ne suis pas du côté de critiques du Conseil fédéral.

Une chose encourageante:ce que les Américains se sont mis à appeler la "corona-kindness", la corona-gentillesse. Bien bon de voir que beaucoup d'initiatives de ce genre se développement chez nous: tous ces gestes et manifestations de solidarité, d'aide de voisinage, de soutien moral, notamment à l'endroit des personnes âgées, pour leur faciliter une vie "confinée". Gestes, paroles, etc, mais bien sûr à distance et sans embrassades !....  Penser aussi, bien sûr, à toutes celles et ceux qui doivent continuer à travailler en dépit de la situation actuelle de nécessité : employés des magasins d'alimentation et boulangeries, policiers et autres chargés de sécurité, toutes celles et ceux qui oeuvrent au sein du système de santé, dans les hôpitaux, EMS, soins cabinets médicaux, sois à domicile etc.

Ce que je sais aussi, c'est que dans un mois ou quelques mois, les personnes ainsi intensément impliquées dans cette crise majeure s'en souviendront comme de leur "Guerre de Troie" : le Conseiller fédéral en charge de la santé, ses collègues du Gouvernement, en passant par les autorités sanitaires cantonales, et ceux que je viens d'évoquer. Et bien sûr, la collectivité se souviendra d'avoir été plongée dans une situation véritablement inouïe - au sens étymologique du terme.