26/03/2019

Abus sexuels - Un propos fort qui demande transparence et réparation

Ex-tra-or-di-nai-re conversation ce matin, sur RTS La Première vers 7 h. 30, entre Romaine Morard et une religieuse de Collombey, sur le thème lourd  - souvent dans les médias à combien juste titre, des abus sexuels au sein de l'Eglise. Dont les victimes sont des enfants mais aussi, on a su récemment l'ampleur de ce drame, des religieuses.

Soeur Marie-Paul (dont je n'ai pas précisément saisi si elle-même a été victime de tels sévices) s'est exprimée de manière extrêmement claire, très ferme, à l'endroit des (ré)actions insuffisantes de l'Eglise catholique jusqu'ici. Même si un certain nombre de choses ont été dites (beaucoup) et d'autres faites (moins) pour s'attaquer au problème et lui trouver des solutions (en commençant par reconnaitre les violences et soulager les victimes).

Impressionnant d'entendre cette personne, qui a consacré sa vie à Dieu dans un esprit d'obéissance, prendre pourtant vivement à partie la hiérarchie, qui continue à ne pas véritablement prendre la mesure du scandale.

A noter que, comme le père Ducarroz récemment dans la presse écrite, elle a souligné que, bien sûr, il faut commencer par permettre aux prêtres (ceux qui le souhaitent) d'avoir des relations sexuelles licites, en les autorisant à se marier. C'est l'évidence même, mais ceux qui devraient apporter ce changement regardent ailleurs.

12/03/2019

Un guide stimulant en vue de la retraite

A propos de: Jean-Pierre Fragnière, La retraite - Quels projets de vie ?

Lausanne : Editions Socialinfo, 2019, 154 pages.

L'auteur, spécialiste des enjeux liés à ce qu’il appelle la « société de longue vie », a enseigné les sciences sociales, particulièrement la politique sociale, à la HES de travail social de Lausanne et aux Universités de Genève et Neuchâtel.

Son dernier ouvrage est un tour d’horizon-bilan-guide sur la retraite, cette période devenue de plus en plus importante : en termes de croissance du nombre de retraités, de leur santé, bonne le plus souvent - qui leur permet de s’adonner à de multiples activités des registres culturel et sportif ; au vu aussi de leurs besoins majeurs quand vient la maladie et la dépendance. 

« Avons-nous conscience, demande l’auteur, d’être engagés dans un débat qui se fonde sur une histoire de plusieurs succès » : allongement de l’espérance de vie, autonomie accrue pour beaucoup – notamment les femmes et les personnes handicapées, possibilités de formation, amélioration de la couverture médico-sanitaire et sociale.

Il n’est pas exagéré de parler de la retraite comme d’une nouvelle vie, qui appelle quatre questions : 1) De quelles images de la vieillesse suis-je habité, me permettent-elles de construire l’avenir ?; 2) Quel contenu donner aux jours et aux années qui s’offrent ?; 3) Comment gérer les risques inhérents à ces transformations – porteuses de formes nouvelles de vulnérabilités auxquelles il faut faire face : 4) Quel sera mon statut dans un environnement qui ne va pas manquer d’étiqueter mes choix et mes attitudes ?

A propos de laisser sa place : « En période de croissance et de mobilité ascendante, la question se résout assez naturellement. Dans les temps marqués par une ‘panne de l’ascenseur social », la fin de carrière résonne des invitations à s’effacer, à faire place nette. Et la même musique peut accompagner les tentatives de conserver une part d’activité (…) Cette période est aussi habitée par la question de la transmission du savoir acquis, du savoir-faire, de l’expérience ». Le retraité doit apprendre à accueillir, conseiller et partager.  Une bonne formule de Vauvenargues : « Les conseils de la vieillesse éclairent sans échauffer, comme le soleil d’hiver. »

Il s’agit aussi de réduire les forces qui tendent à placer les diverses générations dans des ghettos. Le problème grave, universel peut-on dire, de la croissance des inégalités est souligné. A ce propos : « la pratique des solidarités est la condition de l’existence des autonomies. »

Noter cet encouragement à relativiser les choses (dans le bon sens) : « L’approche de ce temps de la vie invite à accepter des solutions approximatives, à cultiver une tolérance solide face aux hésitations et aux échecs. [Pour établir ses projets de retraité,] rédiger et réécrire plusieurs brouillons. » NB : « Parler de retraite ne saurait en aucun cas correspondre à un projet de retrait. »

Affirmer que « La retraite » perce tous les secrets d’une vie bien vécue après la cessation de l’activité de l’âge adulte serait prétentieux. Mais ce livre apporte une réelle contribution dans ce sens, de manière structurée en sections courtes et claires, agréable à lire, vivante. 

 

 

25/09/2018

Récit substantel et attachant d'un médecin de famille vaudois

A propos de: Christian Danthe - Un rescapé de l’absolu

1450 Sainte-Croix : Editions Mon Village, 2018.

Le Dr Danthe a été médecin de famille à Vallorbe, dans le Jura vaudois, durant 35 ans. Il a toujours été intéressé par la réflexion et l’écriture et, à sa retraite, a repris dans son galetas sa « nécropole de papier », les cinq cents dossiers de ses patients décédés (sur une patientèle de six mille personnes).

« Au fond de moi, j’ai conscience d’être habité par ceux que j’ai rencontrés. Je suis tissé des autres. Les métamorphoses de la vie active ont ébranlé mes certitudes au profit de représentations plus souples. C’est le souvenir des relations qui donne un sens à l’ensemble du cheminement. » « Ce qui apparaissait futile a gagné en gravité. La vie est transgression. Le timide a enfin osé son cri de colère, la servante s’est mise à danser, le prêtre est tombé amoureux. » « J’ai mis quelques dizaines d’années pour apprendre à m’émerveiller des ressources des personnes et à me débarrasser de mon tic spirituel qui consistait à juger, à normaliser. »

Au cours de 38 chapitres, se basant sur les histoires qui lui ont été confiées, l’auteur développe des réflexions substantielles. D’abord son enfance dans un milieu évangélique. Il est aujourd’hui agnostique mais reste marqué par les Ecritures. Les philosophes grecs et romains sont aussi présents, avec ceux de Lumières et certains modernes – mais aussi les chamanes.

Parmi les thèmes débattus : les aléas de l’existence bien sûr, la mort et l’attitude devant elle, la mort/imprévue, la croyance ou pas à une vie après la vie, la mort de l’animal compagnon. Et aussi l’amour et la perte de l’aimé, l’enfant homosexuel (il y a quelques décennies), le sida, une migrante bohémienne et les risques de racisme - et même des revenants rendant visite à un proche ! Terminant par l’actualité, « les tentations messianiques » et transhumanistes.

Mes confrères médecins ne sont pas rares qui ont, au terme de leur carrière, pris la plume pour parler de celle-ci. L’essai (en termes de rugby) de Christian Danthe est réussi. Ouvrage bien écrit, « buissonnant » comme disent les Vaudois, nourrissant par ses récits de compagnonnage avec ceux qui le consultent. Dans ses dernières lignes : « Le moment venu, j’aimerais me retirer sur la pointe des pieds en disant : ‘C’était imparfait mais c’était bien’ ».

Un rescapé de l’absolu est à recommander. Sans doute faut-il un peu de temps pour lire ces quelque 500 pages mais tentez la lecture, elle en vaut la peine.