25/07/2022

Biosphère, climat, où allons-nous ?  Un académique sans langue de bois

Denis Duboule est professeur de génétique et de génomique à l’Uni de Genève, à l’EPFL et au Collège de France, fréquemment dans les médias. Il était l’invité de Manuela Salvi sur RTS La Première, dimanche 24 juillet, dans le cadre de la série très écoutée « A voix haute » et sous le titre " La planète, le vivant et nous".

Denis Duboule est un académique et chercheur reconnu ; gardant en général une posture technophile et rationaliste, il ne s’est que peu exprimé jusqu’ici sur les enjeux qui sont ceux, urgemment, de la planète et de l’espèce humaine. L’entretien avec Manuela Salvi a apporté des enseignements éclairants.

D'abord, il se distancie vivement de l'idée que homo sapiens est au sommet de l'évolution... Pourquoi penser cela, qu'entend-on par sommet ? (en aucun cas au sommet de la sagesse). « Ce n'est pas là qu'on devrait se placer, on se met tout en haut parce que c'est nous qui avons établi l'échelle (...) Le monde du vivant n'est pas hiérarchisé, toutes ses parties sont d'une importance égale ». En général, dit-il, les gens ne sont pas assez conscients qu'il est indispensable que l'équilibre global de ce monde soit préservé - pour cela, corriger « la part prépondérante et nocive qu'a prise l'espèce humaine ».

"La position que nous prétendons prendre dans le monde du vivant n'est pas légitime". Il évoque les nouveaux mouvements philosophiques et/ou militants qui veulent rétablir les équilibres ; pour stopper - au moins freiner - le dérèglement climatique, préserver la biodiversité, vouloir la santé planétaire (celle des écosystèmes et de la biosphère en général, dont la santé humaine dépend - bien plus qu'elle ne dépend des hôpitaux et des système médicaux - note de J.M.).

Pour le professeur Duboule, certaines manifestations des mouvements radicaux vont trop loin, mais il exprime une claire sympathique et un respect pour leur engagement à défendre des causes essentielles (des démarches radicales sont nécessaires, elles font bouger les lignes).

Sommes-nous à un point de bascule ? Sans doute, dit Denis Duboule. « On est dans une période critique. On ne va pas aller vers le meilleur… on est vraiment entré dans quelque chose qui va vers le pire. La question maintenant est 'Qu'est-ce qu'on fait de ce point de bascule ? ».

 Le potentiel de la technologie ? Oui... mais autour de moi, y compris chez les scientifiques technophiles et œuvrant dans ce monde, "on en est en train de sortir de l’idée que la technologie va nous sauver; elle seule ne va pas permettre de nous en sortir. Et c'est un autre point de bascule". 

Quant à ces questions, avez-vous changé au cours de votre carrière ? Pensez-vous autrement ? "Totalement... à un point tel qu'on se demande comment on a pu penser certaines choses" !

Impressionnant. Il me semble (J.M.) qu'on peut parler d'un coming out, dont il faut hautement se féliciter. Il en faut d’autres. Bon, les scientifiques, y compris ceux de très haut vol, ne sont pas les décideurs de la marche générale de la cité, ce sont plutôt les grands Messieurs-Dames de l'économie et de la politique. Mais si, en plus des climatologues, les académiques et autres chercheurs de toutes disciplines se mettent en nombre suffisant à sonner l'alarme, vigoureusement, les chances seront accrues de voir survenir les évolutions indispensables. De manière à corriger la course folle actuelle vers la croissance/production/consommation/exploitation à tout prix, qui se fait sans égard aux "hénaurmes " externalités nuisibles qui sont produites, notamment aux atteintes à l'environnement et à l'accroissement des inégalités tous azimuts.

À propos de ses réflexions ci-dessus, le professeur Duboule estime un peu déprimant qu'il ait cru longtemps à des idées si discutables voire erronées, mais que cela a aussi un côté encourageant :  "Cela montre qu'on peut changer. Et c'est un devoir [de ceux qui sont habilités à s'exprimer et disposent de tribunes où le faire] de communiquer et de promouvoir les prises de conscience indispensables".

Well (J.M.)… , une hirondelle ne fait pas le printemps, mais je trouve que l'entretien évoqué ici est une jolie hirondelle.

Il y a un demi-siècle, lors de mes études de santé publique aux Etats-Unis, j'avais glané cette formule "Les scientifiques ont fait des choses merveilleuses en regardant dans le microscope, il importe qu'ils regardent par la fenêtre aussi ". Si juste. Ouvrir les yeux sur les points de bascule, sur les funestes glissades actuelles vers l'inconnu (non, pas vers l'inconnu, vers des conséquences trop prévisibles !). En passant, qui croit encore que la canicule 2022 n'est qu'une simple variation ponctuelle sans signification particulière

https://www.rts.ch/audio-podcast/2022/audio/a-voix-haute-denis-duboule-la-planete-le-vivant-et-nous-comment-definir-le-vivant-25840386.html

 

 

 

16/06/2022

Etienne Klein sur la Première

Le jeudi 16 juin au matin, l'invité de "La Première" de la radio romande était Etienne Klein, physicien et philosophe des sciences français, un grand de la science et de la réflexion, interrogé sur la crise climatique. Réponse: on ne peut pas proprement parler de crise parce que le problème est connu et démontré à l'envi depuis quarante ans.... LE problème, il n'est de loin pas le seul à le dire, est que nous ne croyons pas ce que nous savons, et que la plupart des politiques et des patrons de l'économie ne veulent simplement pas accepter les faits - aussi aberrante que soit cette cécité. Intéressant, non ?

 

12/05/2022

Rencontre Climat au Palais fédéral - Une première à renouveler

Le 2 mai, les président.e.s des deux Chambres invitaient leurs collègues à une première, un dialogue entre politiques et scientifiques. Dans une optique de « formation continue » des parlementaires à des problématiques urgentes, liées au dérèglement climatique et à la biodiversité. Passons sur la vision attristante d’une moitié quasiment vide de l'hémicycle, mais respect pour la dizaine d’élus de droite qui, à la différence de leurs collègues, ont estimé pouvoir améliorer encore leurs connaissances.

Même si elle n'est qu’un demi-succès, cette rencontre formelle, au Parlement même, entre politiques et scientifiques est une nouveauté significative et nécessaire. Les élus doivent bien sûr s'intéresser à tout dans la collectivité... mais, ils n'ont pas plus envie que tout un chacun d'entendre de mauvaises nouvelles. Or, en matière de climat, elles ne manquent pas, ni ne manqueront de s’aggraver si nous ne réagissons pas fort et vite.

Certains élus auront tendance à dire « chacun son métier : aux scientifiques de chercher, à nous de débattre et décider ». Malheureusement, un problème est que nous ne croyons pas ce que nous savons ! C’est plus que préoccupant : comment agir juste si on n’admet pas les faits ! Pour s’entendre sur une vision objective, des occasions périodiques de contact direct entre élus et celles et ceux qui étudient la réalité de notre milieu physique (climat) et biologique (biodiversité) seraient précieuses. On veut croire que tous nos élus le comprendront et le demanderont. Le temps presse, personne ne peut plus prendre ces enjeux à la légère.