14/12/2020

Nous avons demandé des signes (II)

Un rappel, par ces connaisseurs des influenceurs et des politiques qui se laissent suborner par eux : « Un incident critique a été la saisie des notes concernant les dégâts provoqués par l’énorme marée noire de la plateforme Deepwater Horizon, en 2011. Malgré les protestations de la communauté savante, les océanologues concernés se sont inclinés devant les pressions (...) Puis ont été votées des législations qui limitaient ce que les scientifiques pouvaient étudier et comment. Ainsi la tristement célèbre loi de Caroline du Nord, en 2012, niant la hausse du niveau de la mer ». 

Ce devant quoi on reste songeur – notre plus grand défi en réalité : « Pour qui qui étudie cette période tragique [début du XXIe siècle], le plus stupéfiant est que les victimes savaient ce qui se passait et pourquoi (...) La civilisation occidentale possédait les capacités requises pour effectuer une transition ordonnée mais les technologies disponibles n'ont pas été mises en œuvre à temps. » 

Nous avons été piégés par une croyance fondamentaliste au marché comme solution à tout problème. Klaus Schwab, patron du WEF de Davos, dans le magazine Time du 2 novembre : « Le même système économique qui a créé tant de prospérité à l’âge d’or américain crée maintenant des inégalités massives, le changement climatique et la discorde sociétale [à large échelle]. » 

Le grand Leonard Cohen chantait « Nous avons demandé des signes. Les signes ont été envoyés ». Sur quoi des sociologues ont introduit le concept de « signaux précoces, leçons tardives ». Avec, par exemple, le référendum lancé contre la loi CO2 (insuffisante mais qui va dans le bon sens), on s’obstine dans le refus de tirer des leçons. Heureuses Fêtes.

 

 

08/12/2020

Nous avons demandé des signes, les signes ont été envoyés… (I)

Les Américains Naomi Oreskes et Erick Conway publient un petit livre intitulé « L’effondrement de la civilisation occidentale » (Ed. Les liens qui libèrent, 2020). Rappelons qu’ils sont les auteurs du formidable "Les marchands de doute " (2012), démontrant - et démontant - l'impact des lobbys dans notre monde.

Dans "L'effondrement", ils mettent en scène un historien futur étudiant un passé qui est notre présent et notre avenir (possible). Ainsi, à propos de la Conférence de Copenhague sur le climat qui a été un échec retentissant : « C'est en 2009 que le monde occidental a eu sa dernière chance sérieuse d'organiser son salut »... Trois grands chapitres : 1) L'avènement de la période de la Pénombre (début du XXle siècle); 2) La frénésie des énergies fossiles; 3) L'échec du marché. Avec un lexique des termes "archaïques" (sic !).

Ardu de résumer les descriptions faites des évolutions de la biosphère liées aux conséquences dévastatrices d'un système néo-libéral que la lenteur de la prise de conscience politique et sociétale ne permet pas d'enrayer. 

ll y a lieu de reconsidérer sérieusement l’influence que le cartésianisme, aspirant à la connaissance par la seule raison, de façon mécaniste, insistant sur la dualité Homme-Nature, a exercée durant des siècles.  Les auteurs mettent en évidence ses effets retardateurs, contre-productifs, dans les réponses aux défis actuels. « Si ce réductionnisme s'est révélé puissant dans bien des domaines, il a entravé la recherche sur les systèmes complexes. Il a aussi rendu difficile d'énoncer clairement la menace du changement climatique (...) Même les chercheurs qui avaient une vision d’ensemble répugnaient à la formuler publiquement : cela les aurait contraints à sortir des limites spécialisées de leur champ d'expertise ». Sensibilités académiques classiques aux conséquences regrettables

Ce qui doit être promu (selon l’observateur futur) : « Certains ont préconisé une science de la complexité, une science du système Terre », mais ils l’ont fait sans être suffisamment inclusifs. « Ces approches dites holistiques, presque entièrement concentrées sur les systèmes naturels, passaient sous silence les composantes sociales ». Ainsi les scientifiques n'osaient guère insister sur le fait que le dérèglement climatique « est causé par des gens », est d'origine anthropique. « Les scientifiques tels que les physiciens sont restés attachés à des méthodologies réductrices qui empêchaient de comprendre les interactions vitales entre le physique, le biologique et le social. » Tout est interactions.

21/11/2020

Les philosophes ont les mains blanches et/mais ils n'ont pas de mains ??

A propos de l'initiative sur les multinationales responsables, éclairant article sur les manoeuvres des opposants pour faire taire les Eglises qui, très majoritairement, se sont déclarées favorables à ce texte et le soutiennent activement.

On entend "Les Eglises n'ont pas à se mêler de politique..." C'est inepte. Les Eglises font partie de la société, elles en sont une composante qui a le droit et même le devoir de se manifester (on peut rappeler le rôle de l'Eglise catholique dans la lutte contre le communisme en Pologne ou beaucoup d'autres qui, avec moins de succès malheureusement, on promu la théologie de la libération en Amérique latine).

Les opposants sont terribles, y compris terribles de mauvaise foi. Ce qu'on regrette infiniment est qu'une Conseillère fédérale tombe dans ce travers en affirmant des choses contraires à la réalité (certains disent qu'elle le sait). Quand même préoccupant. Triste.

Il faut défendre très vigoureusement la notion que, quand les Eglises s'engagent sur des sujets de société à composante éthique, solidaire, de droits humains, de décence en matière entrepreneuriale et commerciale etc,  elles font leur boulot. Elles ne le feraient pas si elles se taisaient benoîtement.

Tou-te-s les chrétien-ne-s ne sont pas de cet avis, il y a même quelques éminen-t-e- s représentant-e-s de la tendance indûment "puriste", qui voudraient que les Eglises soient du genre "Les philosophes ont les mains blanches et/mais ils n'ont pas de mains". En pays démocratique, il faut faire avec, bien sûr. Mais cela ne veut pas dire les suivre.