24/07/2022

A propos d'enjeux sociétaux majheurs, la Cour suprême américaine se trompe

Qu'il s’agisse du droit de l’interruption de grossesse (IG), de port d’arme tous azimuts, d'affaiblissement de la protection de l’environnement, leur Cour suprême fait que les Etats-Unis filent en ce moment du bien mauvais coton. D’abord, il est intéressant (!) que six personnes sur neuf (non élues, désignées simplement) puissent bouleverser à ce point le cadre de vie de la plus belle démocratie - à leurs yeux.

Cette démocratie est gravement mise à mal par des orientations extrêmes, anti-femmes, anti-climat etc. de la Cour actuelle. Ceci alors que, même si je ne propose évidemment  pas de remplacer le vote par des sondages, il est avéré que deux citoyens étatsuniens sur trois ne sont pas de l’avis de cette dernière. Par contre, de grands chrétiens influents, proches de la « Christian Right » très conservatrice, soutiennent vivement le fait que des quasi-ados puissent parader avec des armes automatiques et massacrer dans les écoles...

Sur l’interruption de grossesse : j'ai beaucoup eu à me préoccuper de cette problématique alors que j'étais médecin cantonal. Les faits m’ont fait conclure qu’un régime tel que celui que connaît la Suisse depuis 2003 est - de loin - le moins mauvais système. Parce que la réalité est qu'il n'y a pas de bon système. Tout avortement est en soi regrettable. Mais quand on sait les drames majeurs à large échelle, surtout chez des personnes précarisées, manquant de ressources et de réseaux aidants, qu'entraînent les régimes punitifs comme ceux que réintroduisent la moitié des Etats des USA, il faut s'attacher au moins mauvais système. Contre les doctrinaires de toute natur

Noter aussi que, au cours des deux dernières décennies, les chiffres montrent que le nombre d'IG est stable en Suisse (et fort bas en comparaison avec d’autres pays). On n'a pas du tout vu la hausse que craignaient les rigoristes. Cela est lié aussi, bien sûr, au fait que les services d’éducation sexuelle et de planning familial dans nos différents cantons, sont de bonne qualité.

 

 

 

 

12/01/2021

Qu'est-ce que la médecne intégrative ?

 

 

Une publication novatrice et bien intéressante

 

 

Pour le médecin qui comme moi a fait ses études il y a plusieurs décennies et sait ce que représente historiquement la Mayo Clinic, haut-lieu de la « Grande » médecine scientifique - dans le Minnesota aux Etats-Unis, c'est une surprise de voir sortir de cette institution un manuel sur les apports possibles des méthodes dites complémentaires à la pratique enseignée en faculté. Personnellement, je le salue. Même quand j'étais, comme médecin cantonal, un « gardien de l'orthodoxie médicale », j'ai voulu résister à toute chasse aux sorcières à propos d’autres manières de soigner.

Cette traduction française, qui a eu le soutien de la Fondation Leenaards notamment, bénéficie d'une préface de Pierre-Yves Rodondi, bon connaisseur du domaine qui dirige maintenant la formation en médecine de famille à l’Université de Fribourg. Extrait: « Cet ouvrage n'a pas pour objectif de séparer le bon grain de l'ivraie. Les pratiques médicales évoluent ; dans la diversité des thérapies, la recherche a montré que certaines amènent des bénéfices clairs (...) La médecine intégrative diversifie et complète la boîte à outils à disposition. Lors d'un voyage d'étude à la prestigieuse Clinique Mayo, j'y ai découvert comment, par exemple, l'acupuncteur travaille avec le gastroentérologue ou le chirurgien, sans a priori négatif. » C'est dans ce sens, explique le directeur de publication, le prof. Bauer, qu'on parle maintenant de médecine intégrative plutôt qu'alternative.

Titres de quelques grands chapitres : Au centre des soins : nutrition, exercice, prévention du stress; Techniques corps-esprit (relaxation, méditation, biofeedback, hypnose); Chiropraxie et ostéopathie; Acupuncture; Plantes et compléments alimentaires. Au début de chaque chapitre, un « Rendez-vous avec le/la Dr... », un-e praticien-ne du domaine à la Mayo Clinic. Un chapitre présente la manière dont les méthodes complémentaires (souvent associées entre elles) peuvent apporter d'utiles contributions dans la prise en charge de pathologies notoirement difficiles : arthrose, polyarthrite rhumatoïde, fatigue chronique, douleurs chroniques, fibromyalgie, côlon irritable entre autres.

C'est un ouvrage substantiel, avec une présentation aérée fait de sections courtes, de nombreux sous-titres permettant de s'orienter facilement. A noter une absence qui surprendra (en tout cas de ce côté de l'Atlantique) : aucune mention de l'homéopathie. Ce Guide aura utilement sa place au cabinet du médecin « conventionnel » qui entend mener son activité dans un sens holistique, avec un éventail large de préoccupations.

* Brent A. Bauer (Ed.) Guide de médecine intégrative de la Clinique Mayo. 1226 Chêne-Bourg: Éditions Planète Santé, 2020, 341 pages.

 

 

 

 

 

02/09/2019

Dignité, dialogue et autonomie en fin de vie

A propos de : Kathryn Mannix, With the end in mind - How to live and die well (London: William Collins, 2018).

Je viens de lire cet ouvrage passionnant. La Dre Mannix est une spécialiste de soins palliatifs qui a gravi les échelons au sein du National Health Service britannique. « Au cours des 30 ans de ma carrière, il m’est devenu de plus en plus clair que quelqu’un devait dire à la communauté ce qu’est le mourir (dying) normal. » Six parties, 36 chapitres ; chacun d’entre eux rapporte l’histoire d’un-e patient-e et de son entourage, en hospice (dédié aux soins palliatifs), ou à domicile. Large éventail dans les âges des malades, qui souffrent de cancer, maladies neuro-musculaires dégénératives ou insuffisance respiratoire. « Auparavant, c’était une expérience commune d’observer la mort, de se familiariser avec les ‘séquences’ de l’affaiblissement menant à la fin. » Les progrès de la médecine ont changé cela. 

« La plupart des gens imaginent que mourir est déchirant et manque toujours de dignité. Ce n’est pas ce que nous observons (…) La manière de décliner suit en général un profil relativement uni. Vers la fin le niveau d’énergie est au plus bas, signe que le temps est court. » C’est le moment de (se) rassembler, de dire des choses importantes non encore dites.

On relève les récits où le/la patient-e tout comme l’entourage veulent s’épargner en se cachant la gravité de la situation alors que tous en fait savent – arriver à en parler est une délivrance. « Les personnes qui approchent de la mort mettent l’accent sur le fait d’aimer leurs proches et cette gentillesse rayonne sur ceux qui sont alentour. » En fait, la plupart d’entre nous, dit l’auteure, feront l’expérience d’une progression surprenante de douceur vers la mort. Mannix rappelle ce qu’il importe de pouvoir dire/élaborer, de part et d’autre, avant de se séparer: « Je vous aime », « Je regrette », « Merci », « Je vous pardonne », « Adieu/au revoir ». 

« Je suis fascinée par l’énigme de la mort : par le changement indicible de vivant à non-vivant ; par le défi d’être honnête tout en étant empathique. » Sur l’immortalité : « Les histoires de chaque société incluent des désirs d’immortalité qui presque toujours ont une issue funeste. Ou bien les immortels sont condamnés à la solitude ou ils finissent par sacrifier leur immortalité pour vivre une vie de mortels… La sagesse des civilisations reconnaît l’immortalité comme une coupe empoisonnée, et la mort comme une composante nécessaire et même bienvenue de notre condition humaine, qui rend le temps et les relations entre nous infiniment précieux. »

With the End in Mind apporte une contribution importante aux débats actuels sur la mort et le mourir, dans un système de santé critiqué pour son « maximalisme » et son attention insuffisante à ce qui se passe - ou pas - entre soignés et soignants.